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Blitz de négociations entre la LCF et ses joueurs : « On est prêts s’il faut faire la grève »

Randy Ambrosie
Le commissaire de la LCF, Randy Ambrosie Photo: La Presse canadienne / Adrian Wyld
Antoine Deshaies

La Ligue canadienne de football (LCF) et l'Association des joueurs (AJLCF) ont entamé un marathon de négociations, à cinq jours de l'échéance de la présente convention collective.

Selon deux sources, les deux parties discutent depuis dimanche soir. Une rencontre prévue mardi soir serait la dernière avant samedi, journée où le contrat de travail prendra fin.

Cela dit, il est possible que d’autres réunions soient ajoutées au courant de la semaine. La LCF refuse de commenter les négociations.

« J’ai toujours espoir que ça se règle, mais difficile de mettre en chiffres les probabilités d’un règlement dans les prochains jours, estime Marc-Olivier Brouillette, représentant des joueurs des Roughriders de la Saskatchewan. Personne ne gagne s’il y a un arrêt de travail. »

En 2014, une grève avait été évitée après des ruptures de négociations et des menaces d'arrêt de travail de la part des joueurs. Le dernier conflit de travail dans la Ligue canadienne est survenu en 1974.

Si une entente ne survient pas d’ici mardi soir, un avis de grève sera envoyé aux équipes et à la ligue. Les joueurs des équipes du Québec, du Manitoba, de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique seraient en grève dès l’ouverture des camps, dimanche.

Leurs confrères d’Edmonton, de Calgary, d'Ottawa, de Toronto et de Hamilton devront quant à eux s'y rapporter, parce qu’ils ne seront pas en position de grève légale avant le 23 mai.

« C’est dommage, mais toute organisation ou tout syndicat qui se respecte doit un jour en arriver là, explique Nicolas Boulay, techniquement représentant des joueurs pour les Alouettes de Montréal même s’il appartient maintenant au Rouge et Noir d’Ottawa. On a besoin de crédibilité. On veut faire partie de la solution, mais on veut se faire respecter. »

« On a démontré notre solidarité quand 97 % de nos membres ont voté en faveur d’un mandat de grève, ajoute Brouillette, avocat au cabinet Robinson Sheppard Shapiro depuis l’annonce de sa retraite cet hiver. On risque beaucoup chaque fois qu'on embarque sur le terrain. On a la chance de négocier une convention qui va nous protéger à long terme. »

Les longues heures passées à la table pourraient être interprétées comme un signe positif par les observateurs.

La semaine dernière, Brian Ramsay, directeur du syndicat des joueurs, avait toutefois peint un portrait plutôt sombre quant à l’allure des négociations. Après trois jours de pourparlers, il a déclaré que les deux parties étaient loin d’une entente.

Ramsay a cependant spécifié que la priorité de l'Association des joueurs était d’en venir à une entente juste et équitable avec la LCF.

La sécurité et les salaires au coeur des négociations

En 2018, le plafond salarial était fixé à 5,2 millions de dollars par équipe avec un salaire minimum établi à 54 000 $. Les joueurs espèrent bien évidemment faire des gains.

« C’est surtout le salaire minimum qui préoccupe la plupart de nos membres, confie Boulay. On veut trouver une solution qui ne vise pas qu’à augmenter le plafond salarial, sans quoi l’argent sera dirigé majoritairement vers les joueurs vedettes. On veut assurer la sécurité financière de nos recrues. »

La sécurité physique et les assurances des joueurs sont aussi au coeur des préoccupations. L’AJLCF utilise l’exemple de l’ancien joueur américain des Alouettes Jonathan Hefney, dont la carrière a pris fin sur un jeu en 2015. Lors d’une tentative de plaqué, il s’était fracturé trois vertèbres du cou.

Encore aujourd’hui, l’ancien demi défensif n’a pas retrouvé toute la mobilité de son bras droit. Un an après une blessure, les joueurs ne sont plus couverts par les assurances de la LCF, selon Marc-Olivier Brouillette.

« Il doit payer des traitements de sa poche aux États-Unis et je ne crois vraiment pas que ce soit la bonne solution, dit-il. C’est important d’être couvert à long terme. La majorité des travailleurs sont couverts par des lois provinciales, mais les joueurs de football n’ont pas le droit à ces protections-là. »

« C’est injuste, ajoute Boulay. On donne beaucoup à la ligue et on mérite d’avoir une couverture en cas de catastrophes comme le cas Hefney. On aime la ligue, on joue par passion, on veut être compensé de la bonne manière et protégé à long terme. »

Le ratio de joueurs canadiens est aussi au coeur des négociations. Dans l’ancienne convention collective, sept joueurs canadiens devaient être partants chaque match. Selon Nicolas Boulay, la ligue a proposé de réduire ce chiffre à cinq.

« C’est un enjeu extrêmement important pour nous et notre position est ferme. On ne va pas céder d’emploi dans cette négociation-là, explique Boulay. On a fait une contre-offre pour permettre l’ajout de joueurs internationaux. On propose simplement de hausser le nombre de joueurs en uniforme chaque match de 44 à 46 comme c’est le cas dans la NFL. Notre position est ferme. »

Les joueurs estiment que la LCF est en santé financièrement et citent en exemple son projet d’expansion dans les Maritimes. Il est toutefois difficile d’avoir un portrait clair puisque certaines équipes sont de propriété publique, tandis que d’autres sont strictement privées et ne sont pas soumises aux mêmes règles de transparence.

Le message des joueurs, lui, ne peut être plus clair. Le fond de grève est garni.

« On a appris nos leçons du passé, confie Marc-Olivier Brouillette. On est prêts s’il faut faire la grève. »

Le compte à rebours est commencé.

Avec les informations de Canadian Press

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