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chronique

La logique de Gary Bettman, l’élimination des Blue Jackets

Charlie McAvoy donne un coup d'épaule à la tête de Josh Anderson.
Charlie McAvoy donne un coup d'épaule à la tête de Josh Anderson. Photo: Getty Images / Kirk Irwin
Martin Leclerc

BILLET - Avec horreur, les Blue Jackets de Columbus et leurs partisans ont découvert lundi soir toute la duplicité dont les dirigeants de la LNH sont capables lorsqu'ils rédigent leur livre de règlements. Les gens de Columbus auront maintenant tout l'été pour y réfléchir.

Le 1er mai dernier, au moment où il comparaissait devant un sous-comité des Communes qui se penche sur le problème des commotions cérébrales dans le sport, Gary Bettman s’était fait poser une question fort simple : pourquoi ne pas systématiquement bannir (en les punissant sévèrement) tous les coups à la tête du hockey?

Dans une réponse surréaliste, le commissaire de la LNH avait argué que si une telle règle était instaurée, les joueurs de grande taille seraient constamment punis en faisant des mises en échec sur des joueurs plus petits qu’eux. Et que, ultimement, bannir les coups à la tête entraînerait une disparition de tous les contacts physiques dans la pratique du hockey.

Lorsqu’un député lui a demandé quels changements à la réglementation pourraient être envisagés pour réduire le nombre de coups portés à la tête des joueurs, le commissaire a répondu : « Actuellement, je ne crois pas qu’on puisse faire grand-chose. »

Le hasard faisant parfois bien les choses, moins d’une semaine plus tard, les amateurs de hockey ont constaté à quel point la réglementation de la LNH reflète l’inquiétante logique de Bettman.

***

Lundi soir, les Blue Jackets de Columbus perdaient 2-3 dans la série les opposant aux Bruins de Boston. Ils faisaient donc face à l’élimination.

Les Bruins détenaient une mince avance de 1-0, et il ne restait que 20 secondes à disputer au deuxième engagement quand Josh Anderson, un attaquant de 1,90 m (6 pi 3 po) et 100 kg (220 lb), s’est présenté dans le territoire des Bruins en possession de la rondelle. Anderson, qui patinait sur le flanc droit, était pourchassé par le défenseur bostonien Zdeno Chara, qui tentait de lui ravir le disque.

Le partenaire de Chara, le défenseur Charlie McAvoy, est alors venu à la rescousse en appliquant à Anderson la mise en échec la plus sournoise qu’on puisse voir dans le hockey. Arrivant à grande vitesse, McAvoy a pointé l’épaule droite vers sa cible et a directement atteint Josh Anderson (qui ne l’avait pas vu venir) au visage. Clairement blessé, Anderson s’est immédiatement écroulé sur la glace, face au sol.

Un joueur étendu sur la glace reçoit l'aide d'un soigneur.Josh Anderson étendu sur la patinoire après la charge de Charlie McAvoy. Photo : Getty Images / Kirk Irwin

Ce geste de McAvoy était l’incarnation parfaite du règlement 48, intitulé à juste titre Contact illégal avec la tête, et qui définit l’infraction comme suit : une mise en échec dont le résultat est un contact avec la tête qui aurait pu être évité, et dont la tête s’avère le principal point d’impact, n’est pas permis.

Posté tout près de la scène, l’arbitre Kelly Sutherland a immédiatement levé un bras et sifflé pour souligner qu’une infraction avait été commise. Pour n’importe quel amateur, il était clair que McAvoy, le meilleur défenseur des Bruins, venait de commettre un geste extrêmement grave et qu’il allait être puni en conséquence.

Toutefois, l’arbitre Sutherland, un vétéran, s’est alors retrouvé aux prises avec les articles subséquents du règlement 48. Incroyablement, ces dispositions stipulent qu’une pénalité mineure peut être décernée pour un tel coup à la tête, mais qu’une pénalité majeure ou une inconduite de partie ne font pas partie du répertoire de sanctions mis à la disponibilité des officiels!

Dans le pire des cas, si un arbitre juge que l’intention de blesser était bien réelle, il peut infliger une punition de match. Mais dans ce cas, le joueur fautif est simplement chassé de la rencontre et son équipe ne se voit décerner aucune pénalité et ne se retrouve pas en désavantage numérique.

Vous avez bien lu. En résumé, dans la LNH, on peut recevoir une pénalité de cinq minutes pour avoir donné du genou, pour avoir commis de l’obstruction ou même pour avoir accroché un rival. Mais pour avoir assommé un joueur en lui servant un coup d’épaule directement à la tête? C’est impossible.

***

Kelly Sutherland a donc signifié une pénalité de deux minutes à Charlie McAvoy. Les Blue Jackets ont vigoureusement protesté, en vain.

Au lieu de voir le meilleur défenseur des Bruins quitter le match, et au lieu de bénéficier d’un avantage numérique de cinq minutes pour amorcer la période la plus importante de leur saison, les Blue Jackets se sont retrouvés en supériorité numérique pendant deux petites minutes. Ils n’ont pas marqué. Et ils ont eu McAvoy dans la face pour les 18 minutes restantes.

Les Blue Jackets ont donc été expédiés en vacances en vivant exactement le contraire de l’immense controverse qui avait provoqué l’élimination des Golden Knights de Vegas au premier tour.

Dans les dernières minutes du septième match opposant Vegas aux Sharks de San José, le capitaine des Sharks, Joe Pavelski, avait été blessé lors d’une mise au jeu à la suite d'une collision tout à fait accidentelle. La séquence leur ayant totalement échappé, les arbitres Éric Furlatt et Dan O’Halloran ont constaté que Pavelski était blessé, et présumé qu’un geste grave avait été commis. Ils ont décerné une pénalité majeure pour double-échec à l’attaquant Cody Eakin. Et durant cet avantage numérique providentiel, San José a marqué quatre fois, éliminant en fin de compte les Golden Knights.

Dans le cas des Golden Knights, les officiels auraient rendu la bonne décision en étant appuyés par une simple reprise vidéo. Les Blue Jackets, eux, seraient peut-être encore en vie si le livre des règlements était cohérent.

Malheureusement, tant pour le sport et pour les athlètes qui le pratiquent, Gary Bettman ne croit pas qu’il puisse faire grand-chose.

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