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Laurence Vincent-Lapointe, la pionnière accrochée au sommet

La canoéiste Laurence Vincent-Lapointe, treize fois championne du monde, estime avoir vécu une année exceptionnelle.

Photo : Radio-Canada

Alexandre Gascon

Si l'on vous demandait qui est l'athlète canadien le plus dominant de la dernière décennie, vous répondriez Mikaël Kingsbury, Sidney Crosby ou Penny Oleksiak. Et l'on saluerait votre effort.

Cependant, aucun de ces sportifs d’exception, si hégémonique soit leur règne, ne s’est approché de la souveraineté de Laurence Vincent-Lapointe dans sa discipline : le canoë.

La Trifluvienne de 26 ans survole la compétition aux C-1 200 m et C-2 500 m, les deux épreuves ajoutées au programme olympique qui ouvrira ses portes pour la première fois au canoë féminin en 2020 à Tokyo.

Sa récolte s'élève à 13 médailles d’or aux Championnats du monde, dont 7 individuelles de 2010 à 2018.

Vincent-Lapointe a donné ses premiers coups de rame quand les femmes qui choisissaient le canoë étaient encore l’objet de railleries, prises pour de simples amatrices au passe-temps biscornu.

Laurence était là quand la Fédération internationale a ajouté le volet féminin aux mondiaux en 2010. Elle y était, et elle y a gagné l’or… à 18 ans.

Au 200 m, une épreuve de sprint et sa distance de prédilection, cette médaille lui a échappé une seule fois depuis ses débuts. C’était en 2015, et elle y rêve encore la nuit.

« J'ai manqué un coup de rame et j'ai perdu à peu près un mètre par seconde de vitesse. J’avais une unité GPS sur mon bateau, et après on a regardé les résultats. J’ai ralenti là d’un coup. En un coup de rame. J’ai paniqué », se souvient-elle.

Un seul visiblement, puisqu’une telle erreur engendre une défaillance apparemment fatale dans une course d’à peine plus de 45 secondes. Et comme elle détient une fiche quasiment immaculée, des coups de rame, elle n’en a pas manqué beaucoup dans sa carrière.

« Il y a des gens qui ont des carrières de trois ou quatre ans et, après, ils ont un petit down. Moi, j’ai eu un down, mais je suis revenue. C’est ça qui me rend la plus fière. Non seulement j’étais là au début, j’ai toughé jusqu’en 2014, mais je suis revenue même après une défaite qui aurait pu en arrêter de nombreux. Je suis revenue, et c’est une de mes plus grandes fiertés », raconte Vincent-Lapointe sur les berges du bassin olympique où se tiendront les essais canadiens du 10 au 12 mai.

« Il y a 10 ans, il y avait 21 filles aux Championnats du monde, mais maintenant il y a des tonnes de filles de très bonne qualité. Je suis encore là, et des fois, ça me jette à terre », dit-elle sur un ton amusé.

Laurence Vincent-Lapointe, la pionnière accrochée au sommet

Des balbutiements aux Jeux olympiques

Toutes ces années, Vincent-Lapointe a milité avec un seul objectif en tête : obtenir la plus haute marque de reconnaissance pour le canoë féminin.

La jeune femme reconnaît qu’il y avait beaucoup de chemin à parcourir il y a quelques années.

On avait 21 pays qui avaient envoyé des femmes. Là-dessus, il y en avait neuf qui savaient comment ramer.

Laurence Vincent-Lapointe à propos des premières épreuves de canoë féminin aux Championnats du monde

« J’avais placoté avec les filles qui étaient là. Tu es intéressée, tu veux savoir qui course contre toi et certaines filles m’avaient dit : "Moi, en fait, je suis une fille de kayak, il y a trois semaines mon coach m’a dit veux-tu essayer de faire du canoë parce qu’on a besoin d’une place aux Championnnats du monde." Mais comment ça se peut », raconte la canoéiste, encore amusée de l’anecdote.

« À ce moment-là, la qualité n’était assurément pas là, on était un sport naissant. »

La qualité y est maintenant. De nombreuses rivales la menacent sérieusement sur la scène internationale et sa suprématie commence à être contestée jusque dans ses terres.

L’Ontarienne Katie Vincent, sa coéquipière en C-2, lui souffle dans le cou et Vincent-Lapointe encense allégrement la jeune Sophia Jensen, 18 ans, encore d’âge junior, mais qui a les armes pour inquiéter le peloton.

Laurence Vincent-Lapointe et Katie Vincent

Laurence Vincent-Lapointe et Katie Vincent

Photo : Twitter / Katie Vincent

En plaisantant, Vincent-Lapointe affirme même qu’obtenir sa qualification canadienne est devenu presque plus ardu que de décrocher un podium en Coupe du monde.

Dans les dernières années, la qualité sur les bassins s’est décuplée suffisamment pour convaincre le mouvement olympique de faire de la place aux canoéistes féminines.

La voie royale étant maintenant dégagée, Vincent-Lapointe est convaincue que de nombreuses athlètes voudront maintenant s’y engouffrer.

« Souvent, on m’a dit qu'on ne peut pas avoir des Jeux olympiques pour des femmes en canoë s’il n’y a pas de qualité. Mais d’un autre côté, si tu n’offres pas la possibilité, la carotte, personne ne va vouloir améliorer son programme de femmes en canoë. Ça a été un combat de tous les jours », ajoute la sympathique athlète.

Un combat qu’elle a mené de front tout en se faisant lancer des : « tu rames bien pour une fille ».

« Pendant longtemps, on disait que les femmes ne pouvaient pas ramer en canoë parce que ce n’était pas bon pour les organes reproducteurs. Sors-moi des excuses, mais sors-moi autre chose », laisse tomber Vincent-Lapointe, plus consternée qu’offusquée.

Disons que ces femmes partaient de loin.

Maintenant que la voie est dégagée à gros coups de rames de Vincent-Lapointe et quelques-unes de ses émules, la Québécoise est prête à démontrer qu’elle n’est pas uniquement la pionnière qui se contentera d’être honorée dans des galas et remerciée dans des discours, mais plutôt celle qui aura ouvert la voie pour en atteindre elle-même le sommet.

« J’aimerais ça être championne olympique. La première. J’aimerais ça… »

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