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Les hockeyeuses s'éloignent de la glace avec une pensée pour les générations futures

Gigi Marvin tente un tir pendant le match des étoiles de la NWHL, à Nashville.
Gigi Marvin tente un tir pendant le match des étoiles de la NWHL, à Nashville. Photo: Associated Press / Mark Humphrey
Associated Press

Pour Kimberly Sass, la décision de rater une saison de hockey pour former une meilleure ligue professionnelle féminine revient à un choix tout simple : le compte en banque a une plus grande valeur que la feuille de statistiques.

« En avril, je me suis rendu compte qu’après les déductions fiscales comme l’équipement et les déplacements, j’ai dépensé plus d’argent à jouer au hockey que j’en ai gagné, explique la gardienne des Riveters de New York. Ne pas jouer au hockey professionnel la saison prochaine, c’est la décision responsable sur le plan financier. »

Sass, qui mène aussi une carrière d’architecte à New York, fait partie des 200 athlètes qui ont annoncé qu’elles ne joueraient pas au hockey professionnel en Amérique du Nord, la saison prochaine, dans le but de mettre sur pied une ligue unique qui serait rentable.

S’il est vrai que les membres d’équipes nationales reçoivent une allocation de USA Hockey et de Hockey Canada ainsi que des possibilités de commandite, certaines joueuses n’ont touché qu’une mince rémunération de 2000 $ pour la saison.

La décision n’a pas été facile, et elle n’a pas été unanime non plus. Le temps ne fait de faveur à personne dans le monde du sport, et il sera compliqué de garder le rythme sans s’entraîner avec ses coéquipières et sans jouer de matchs.

Les hockeyeuses internationales, pour leur part, s’entraîneront en vue de tournois comme la Coupe des quatre nations, en novembre, et le mondial de 2020. La gardienne Liz Knox, coprésidente de l’association des joueuses de la défunte Ligue canadienne de hockey féminin (LCHF), s’attend à ce que Hockey Canada et USA Hockey aident les joueuses à garder la forme.

Cela dit, bon nombre d'athlètes tentent simplement de deviner ce qui les attend, et cette réflexion n’a pas encore eu lieu. Selon Knox, la difficulté réside dans la répartition des ressources à la disposition des joueuses professionnelles. Leur arrivée dans les ligues récréatives serait injuste envers les joueuses qui y sont déjà inscrites.

« Donc, quelle est notre place dans tout ça? Je ne sais pas, reconnaît Knox. Nous essayons encore d’éclaircir la situation. »

Les meilleures hockeyeuses en sabbatique dans l’attente d’une ligue unifiée

Conciliation travail-famille-deuxième travail

Le temps presse pour les joueuses plus âgées, dont plusieurs des vedettes américaines qui ont remporté la médaille d’or tant attendue en 2018. La capitaine Meghan Duggan, qui a joué dans la LCHF et dans la Ligue nationale de hockey féminin (NWHL), aura 32 ans en septembre. Jocelyne Lamoureux-Davidson, qui a marqué le but gagnant en fusillade aux Jeux olympiques, et sa jumelle Monique auront 30 ans en juillet.

Les deux sœurs ont pris un congé sabbatique la saison dernière pour fonder leur famille respective. Elles vont donc rater une deuxième saison de suite.

Les jumelles s’entraînent avec le mari de Monique et patinent à l’aréna Ralph-Engelstad, dans le Dakota du Nord. Le défi sera de faire en sorte que les autres joueuses aient la même chance de garder la forme sur la glace.

« Souhaitons que d’autres organisations nous appuient en ce sens, et je crois que ça se discute, souligne Lamoureux-Davidson. C’est une inquiétude que partagent beaucoup de joueuses : que vont-elles faire pour être au bon niveau quand elles vont recommencer à jouer? »

Kimberly Sass connaît bien les difficultés qui viennent avec une pause du hockey. Elle a cru prendre sa retraite non pas une, mais bien deux fois.

Elle a d’abord préféré la maîtrise en architecture à une carrière dans la LCHF ou en Europe après avoir obtenu son baccalauréat de l’Université Colgate. Puis, en 2016, après la première saison de la NWHL, Sass a encore cru que sa carrière était terminée puisqu’on ne lui offrait plus de poste. Elle a reçu un appel tout juste avant la saison 2017-2018, mais elle ne s’était pas entraînée depuis qu'elle avait quitté les Beauts de Buffalo, ce qui a rendu son retour au jeu éprouvant.

Comme beaucoup de joueuses, Sass exerce un deuxième métier entre les matchs de hockey. Certains collègues lui demandent parfois pourquoi elle est architecte si elle est aussi joueuse professionnelle. Sass a raté la dernière partie éliminatoire des Riveters, en mars, parce que le voyage au Minnesota faisait passer l’équipe par la Caroline du Nord et qu’elle ne voulait pas prendre une autre demi-journée de congé à son nouvel emploi.

À 28 ans, Sass ne sait pas si elle jouera dans la nouvelle ligue que désirent les joueuses.

« Si une joueuse veut poursuivre l’entraînement pour garder une porte ouverte ou pour aider le jeu d’une façon ou d’une autre, c’est une décision bien personnelle », soutient-elle.

« Ça n'arrête jamais »

Chaque femme qui a choisi de ne pas jouer en Amérique du Nord la saison prochaine comprend que certaines collègues pourraient ne jamais profiter des retombées de cette décision. Lamoureux-Davidson estime que les joueuses ont pensé au long terme.

« Chacune comprend que ce choix est bien plus important que nos carrières respectives, et nous sommes fières d’être solidaires et, souhaitons-le, de changer les choses pour la prochaine génération de joueuses », assure-t-elle.

Ce ne devrait pas être bien difficile de faire mieux qu’un jeudi ordinaire dans la vie de Liz Knox lorsqu’elle jouait pour le Thunder de Markham dans la LCHF. Elle faisait son quart de travail dans le milieu de la construction de 6 h à 16 h, elle soupait en vitesse, elle assistait à ses cours pour devenir pompière de 19 h à 21 h, puis elle se rendait finalement à la patinoire pour l’entraînement.

Knox ne sait pas à quand remonte sa dernière nuit de huit heures de sommeil avec cette double vie.

« Ça n’arrête jamais de 6 h à 23 h, et ce ne devrait pas être le cas. »

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