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À quand le 100 m pour les moins de 6 pieds?

Caster Semenya avec le drapeau sud-africain

Caster Semenya avec le drapeau sud-africain

Photo : Getty Images / Michael Steele

BILLET - Est-ce que la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) a l'intention de pousser plus loin le souci d'équité qui l'a conduite à exiger de Caster Semenya qu'elle se « dope à l'envers » pour rétablir l'équilibre avec ses rivales? Parce que dans cette histoire, pour ainsi dire, même les bornes ont des limites.

Avant de faire la liste des « injustices » morphologiques à réparer dans le monde du sport, résumons un peu l’affaire Semenya.

Caster Semenya est une athlète sud-africaine, une femme d’exception, tant par ses performances que par ses particularités génétiques. Elle est hyperandrogène. Son corps produit naturellement (sans artifice ni dopage quelconque) plus de testostérone que n’en produisent ceux de ses rivales.

L’IAAF estime que cette particularité lui confère un avantage injuste. Semenya est en effet dominante dans sa distance de prédilection, le 800 m. Elle est médaillée d’or aux Championnats du monde comme aux Jeux olympiques. L’IAAF a donc créé un règlement forçant les athlètes féminines hyperandrogènes compétitionnant dans les épreuves allant de 400 m au mile à abaisser artificiellement leur taux de testostérone par la prise de médicaments. Du dopage à l’envers, quoi!

Du sur mesure

Bien que l’IAAF se défende d’avoir créé un règlement sur mesure pour Semenya, elle n’a pas cru bon l’étendre aux sprints ni aux lancers.

Ben Johnson vous dirait pourtant que la testostérone, ça aide pour le sprint. Et je ne vais pas m’appesantir sur l’influence de la substance au lancer du poids ou du marteau.

En appel

Caster Semenya a fait appel auprès du Tribunal arbitral du sport (TAS). Elle a perdu. Dans un jugement étonnant, le TAS donne raison à l’IAAF sur le principe d’équité. Mais du même souffle, il lui reproche son règlement alambiqué. Il lui fait un tas de reproches et lui donne jusqu’au 8 mai pour le réviser. Ô la belle commande!

Caster Semenya en action

Caster Semenya en action

Photo : Getty Images / AFP/Fabrice Coffrini

Amenez-en des exceptions!

Si le souci d’équité s’étend désormais aux particularités morphologiques dans le monde du sport, les catégories de poids des sports de combat vont bientôt sembler risibles en comparaison des épreuves qu’on va devoir créer.

Le sprinteur américain Tim Montgomery fait à peine 1,75 m. Usain Bolt? 1,95 m. Comment peut-on équitablement opposer deux coureurs dont les tailles sont aussi peu comparables? Montgomery a besoin de cinq foulées pour en faire quatre de Bolt.

Comme on ne peut pas rapetisser Bolt avec des médicaments, il faudra, en toute équité, créer une nouvelle épreuve, quelque chose comme « le 100 m pour les moins de 6 pieds ».

Et les gauchers?

Avez-vous pensé aux gauchers? Pourquoi court-on toujours dans le sens contraire des aiguilles d’une montre? (On fait la même chose en patinage de vitesse).

Par souci d’équité, aux 200 et 400 m, il faudrait étaler la finale sur deux courses, la première dans un sens et la seconde dans l’autre.

Les joueurs de basket trop grands? Les athlètes aux poumons démesurément grands? On en fait quoi?

En gymnastique, est-ce qu’on va lester les gymnastes les plus menues, par souci d’équité pour les autres?

En natation, où il est notoire que certains corps flottent mieux que d’autres, on fait quoi pour l’équité?

L’IAAF et le TAS ont ouvert une redoutable boîte de Pandore. Le principe d’équité est essentiel dans le monde du sport. Mais pour le défendre, jusqu’où peut-on… aller trop loin?

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