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chronique

Les sept ans de montagnes russes de Marc Bergevin

Marc Bergevin

Marc Bergevin au bilan de saison du Canadien en avril

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Martin Leclerc

BILLET - Dans la LNH, les directeurs généraux sont rois. Mais les faiseurs de rois (les « kingmakers ») sont ceux qui recrutent le talent dans les rangs amateurs.

Ce jeudi marque le septième anniversaire de la nomination de Marc Bergevin à titre de directeur général du Canadien de Montréal. Ce n’est pas banal. Son règne est déjà le quatrième de l'histoire de l’organisation pour sa durée, derrière ceux de Frank Selke (17 ans, 10 mois et 6 jours), de Sam Pollock (14 ans, 3 mois et 23 jours) et de Serge Savard (12 ans, 5 mois et 20 jours).

Après toutes ces années, lorsqu’on analyse l’ensemble de son oeuvre, on en vient à se demander ce qu’aurait pu accomplir Bergevin si son organisation avait été pleinement fonctionnelle et s’il n’avait pas mis autant de temps à se rendre compte qu’elle ne l’était pas.

Durant le septennat de Bergevin, le CH a participé aux séries éliminatoires quatre fois et n’a remporté que trois séries. Bien qu’elle soit décevante, cette statistique place le Tricolore au 12e rang parmi les 30 équipes de la LNH avec 19 victoires décrochées dans les séries.

En saison, par ailleurs, Montréal apparaît au 11e rang de la ligue avec une fiche combinée de 283-198-59.

***

Quand il est entré en poste en 2012, Bergevin a hérité d’un noyau de jeunes joueurs plutôt intéressant. Max Pacioretty, P.K. Subban et Lars Eller étaient âgés de 23 ans et atteignaient leur apogée. David Desharnais et Carey Price avaient 25 ans. Et à 26 ans, Alexei Emelin avait encore beaucoup de kilométrage devant lui.

Par ailleurs, Brendan Gallagher (20 ans) s’apprêtait à faire ses débuts dans la LNH. Idem pour Alex Galchenyuk qui, à 18 ans, est passé à l’histoire comme le premier joueur sélectionné au repêchage durant le règne de Bergevin.

Faites le décompte. Outre Eller (acquis dans un échange), toute cette relève avait été dénichée par le département de recrutement amateur de l’organisation. En ajoutant les noms d’Andrei Markov, de Tomas Plekanec et de Ryan White à cette liste, près de 50 % de la composition de la formation pouvait être attribuée à l’autre architecte de l’équipe, Trevor Timmins.

Toutefois, Bergevin ignorait probablement à l’époque que son jeu de cartes était complet et qu’il n’y avait plus d’as dans la pile.

Outre Gallagher et Galchenyuk (qui sont déjà mentionnés plus haut), le département de recrutement amateur n’a procuré que deux autres joueurs partants au CH entre 2008 et 2014 : Artturi Lehkonen et Nathan Beaulieu.

Un autre espoir, Sven Andrighetto, a séjourné à Montréal. Mais il a été cédé au Colorado parce qu’il était incapable de faire partie de la formation. Quant à Beaulieu, qu’on utilisait au sein d’un troisième duo, il a finalement été liquidé contre un choix de troisième tour des Sabres de Buffalo en raison de son attitude.

Les conséquences de cette période de sécheresse ont été nombreuses.

***

En manque de talent, le club-école du Canadien n’a pas participé aux séries sept fois au cours des huit dernières années. Et la seule fois où il s’est qualifié pour les séries, il a été victime d’un balayage.

Alors que d’autres DG estiment primordial de développer leurs jeunes dans un environnement gagnant, Bergevin a longtemps minimisé les insuccès de son équipe de la Ligue américaine. La seule chose qui importait, disait-il, était que les joueurs rappelés à Montréal soient capables de faire le travail.

Outre le cas de Nathan Beaulieu (et encore, il est permis d’en débattre), cette condition minimale n’a pas été remplie.

Ce n’est finalement qu’au printemps 2018, avec l’embauche de Joël Bouchard, que la direction du CH s’est sérieusement penchée sur l’encadrement fourni à ses jeunes espoirs et sur l’importance de rehausser les standards de performance.

Marc Bergevin (à gauche) et Joël Bouchard

Marc Bergevin (à gauche) et Joël Bouchard

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

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La main dont Bergevin avait hérité au départ comprenait l’un des futurs cinq meilleurs buteurs de la LNH (Pacioretty), un futur lauréat du trophée Norris (Subban) et un futur gagnant des trophées Hart et Vézina (Price).

Les trois premières années de son administration (63 points en 48 matchs en 2012-2013, puis 100 et 110 points lors des deux saisons suivantes) ont constitué la meilleure séquence de l’organisation depuis la fin des années 1980. Au printemps 2014, le CH aurait peut-être même pu participer à la finale de la Coupe Stanley si Carey Price n’avait pas été blessé au premier match de la finale d'association face aux Rangers.

Ne recevant pas d’appui de la part de Timmins, Bergevin n’a pas eu le luxe d’injecter une nouvelle vague de jeunes talents repêchés par l’organisation pour appuyer et entourer la prometteuse base dont il avait hérité en 2012.

Pour garder la tête hors de l’eau, il s’est mis à magasiner sur le marché secondaire de l’autonomie (Semin, Malhotra, Douglas Murray, Brière, Gilbert, Alzner etc.).

Bergevin a aussi été forcé de conclure une hallucinante série d'échanges, aussi secondaires, pour mettre la main sur de simples joueurs de soutien (Thomas, Flynn, Gonchar, Smith-Pelly, Davidson, Reilly, Weaver, Drewiske, Schlemko, et j’en passe).

Pour régler des crises ou pour corriger des lacunes, le DG a aussi fait quelques échanges percutants (Pacioretty contre Tatar et Suzuki; Sergatchev contre Drouin; Subban contre Weber). L'échange de Pacioretty semble prometteur, mais il est encore trop récent pour se prononcer sur ses dividendes. En ce qui concerne les deux autres acquisitions, le jury délibère encore, mais il est acquis que le verdict ne sera pas unanime.

Au final, le Tricolore a raté les séries trois fois au cours des quatre dernières années.

La fenêtre, qui semblait tellement grande en 2012, s’est vite refermée. Le passage à vide du département de recrutement amateur a fait mal.

***

Les experts en sociologie soutiennent qu’après quelques mois de lune de miel, les personnes vivant en couple expérimentent une lente et constante dégradation de la qualité de leur relation. Les irritants s’accumulent ainsi jusqu’à la septième année. Et généralement, c’est dans cette période cruciale que les couples se séparent ou finissent, malgré tout, par s’adapter et se souder.

Voilà une façon imagée d’analyser l’allure prise par l’étroite relation professionnelle de Marc Bergevin et de Trevor Timmins depuis 2012.

Depuis le début, les irritants ont été nombreux. Et au printemps 2018, tout a failli se briser. L’insatisfaction populaire était telle qu’on a cru que Geoff Molson allait vider les bureaux du septième étage. Une profonde réflexion organisationnelle s’en est suivie.

Cette saison, malgré le fait que l’équipe ait raté de justesse une participation aux séries, on a senti l’espoir renaître.

Seulement cinq choix de repêchage ont endossé l’uniforme de façon constante cette saison. Toutefois, la roue a recommencé à tourner. Depuis 2015, le département de recrutement amateur du CH a rajusté son tir et l’équipe grimpe lentement les échelons de notre classement annuel (matchs disputés dans la LNH par les choix de repêchage de chaque organisation).

Par ailleurs, depuis 2017, le Canadien empile stratégiquement les choix de repêchage pour permettre à Trevor Timmins et à Shane Churla (le directeur du recrutement amateur) de mieux alimenter l’organisation en jeunes talents. En leur offrant l’occasion de se présenter à la plaque plus souvent, Bergevin accroît leurs chances de frapper en lieu sûr. En vue de la séance de juin prochain, le Bleu-blanc-rouge a d’ailleurs 10 choix en banque.

***

La saison prochaine, Max Domi, Jonathan Drouin et Artturi Lehkonen auront 24 ans. Jesperi Kotkaniemi et Ryan Poehling seront respectivement âgés de 19 et 20 ans. Nick Suzuki, un dominant centre ontarien de 20 ans, pourrait aussi devenir membre de la formation. À la ligne bleue, Noah Julsen (22 ans) et Victor Mete (21 ans) incarneront l’avenir et Josh Brook, 20 ans, pourrait aussi se faufiler dans la formation. À 26 ans, Phillip Danault entreprendra les meilleures années de sa carrière. Brendan Gallagher n’a que 27 ans.

Contrairement à 2012, le CH ne mise pas encore sur un jeune défenseur dominant. Mais on sait déjà qu’à l’automne 2020, le jeune surdoué russe Alexander Romanov, sélectionné en juin 2018, débarquera à Montréal.

Après sept ans de montagnes russes, Marc Bergevin se retrouve en quelque sorte à la case départ.

Une participation aux séries est loin d’être acquise la saison prochaine. Loin de là. Toutefois, si l’organisation tire des leçons du passé et qu’elle s’assure cette fois de méticuleusement cultiver son jardin, les sept prochaines années risquent d’être nettement plus intéressantes que les sept dernières.

Marc Bergevin gesticule en point de presse

Marc Bergevin en point de presse

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

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