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Les meilleures hockeyeuses en sabbatique dans l’attente d’une ligue unifiée

Le reportage de Jean-François Poirier
Radio-Canada

Plus de 200 joueuses de la défunte Ligue canadienne de hockey féminin (LCHF) et de la Ligue nationale de hockey féminin (NWHL) ont annoncé jeudi qu'elles ne joueront dans aucune ligue l'an prochain, le temps de mettre en place les structures d'un circuit nord-américain unifié et « durable ».

« Nous unissons nos forces, non pas en tant que joueuses individuelles, mais en tant qu’une seule voix collective pour progresser et protéger les besoins des joueuses, peut-on lire dans leur communiqué, appuyé par de grandes vedettes du hockey féminin: Marie-Philip Poulin, Mélodie Daoust, Hillary Knight, Brianne Jenner et Shannon Szabados, entre autres.

« Nous ne pouvons gagner notre vie dans l’état actuel du hockey féminin professionnel. N’ayant pas d’assurance maladie et ne gagnant que 2000 $ par saison, les joueuses ne peuvent pas s’entraîner adéquatement et se préparer à jouer au plus haut niveau. »

Pour cette raison, les joueuses, ensemble, ne joueront dans aucune ligue professionnelle en Amérique du Nord cette saison avant d’avoir obtenu les ressources dont le hockey professionnel a besoin et mérite.

Extrait du communiqué commun des joueuses

Radio-Canada Sports révélait mercredi que les joueuses et les équipes de la LCHF allaient prendre une année sabbatique pour mettre en place une structure pour une ligue nord-américaine unifiée.

Le mouvement annoncé jeudi est beaucoup plus large et regroupe aussi des joueuses de la NWHL. Ces dernières « ont tenu à se rallier et dire que la situation ne peut pas durer », a expliqué à Radio-Canada Sports Karell Émard, représentante des Canadiennes de Montréal, de la défunte LCHF.

« Des groupes se sont formés, ils ont grandi, précise-t-elle. Maintenant, on est ralliés à plus de 200 filles, que ce soit de NWHL, de la LCHF, des universités et d’Europe. C’est une majorité de filles qui sont en faveur du boycott. »

Cet exil imposé n'est que la première étape d'un plan qui mènera le hockey féminin vers un bel avenir, a dit Marie-Philip Poulin en entrevue à Radio-Canada Sports.

« À première vue, ça fait peur. Mais je pense qu’un pas de recul, c’est plusieurs de l’avant. On sera pas sur notre sofa à rien faire. On va s’améliorer, on aura des entraînements avec Hockey Canada, avec USA Hockey et avec l’Association de hockey de l’Ontario. On aura plusieurs options de pouvoir jouer et faire grandir le hockey féminin. »

Au fil des nombreuses réunions qui les ont occupées la semaine dernière, il était devenu évident que la nouvelle ligue unifiée que souhaitent les joueuses ne pouvait voir le jour à l'automne. Elles ont ensuite décidé de faire front commun avec cette année sabbatique.

On montre nos couleurs, notre volonté de faire quelque chose de vrai, pas que ça soit fait à moitié ou que ça soit un petit fix d’une ligue pour l’année prochaine. On veut quelque chose de viable, de durable.

Karell Émard

Du hockey féminin tout de même

« C'est sûr qu'il y aura du hockey l'an prochain, mais pas dans une ligue », a répondu Karell Émard lorsque questionnée sur ce que feront les joueuses au-delà de leurs engagements en équipe nationale, et des défis que pose l'entraînement au-delà de la structure des clubs.

« Il va y avoir des matchs, peut-être des festivals, les prochains mois serviront à décider ça », a-t-elle laissé tomber.

« C’est sûr qu’il y aura quelque chose en place, a ajouté Poulin. Ça va être une année très importante pour nous. Une saison, une ligue rentable, ça ne se fait pas en quelques mois, ça prendra du temps pour bâtir quelque chose de solide. On pense non seulement à nous, mais aussi à la nouvelle génération, aux filles qui rêvent de jouer dans cette ligue-là, on va tout faire pour aider les fans à nous voir. »

Les joueuses des équipes nationales qui participent au mouvement seront par ailleurs libres de participer aux compétitions internationales, que ce soit la Coupe des quatre nations ou le Championnat du monde.

« C'est sûr qu'il y aura ces grands tournois pour les filles des équipes nationales, mais notre mouvement est plus grand que ça, a indiqué Poulin. On a beaucoup de filles qui ne sont pas dans les équipes nationales, on doit se tenir ensemble. »

Ce soutien, pour Marie-Philip Poulin, comprend aussi de ne pas quitter pour l'Europe l'année prochaine, même si de telles occasions se présentaient à elle. En 2003, Hayley Wickenheiser a tenté de percer en deuxième division finlandaise, en hockey masculin. Elle a quitté l'équipe avant la fin de la saison.

Ce mouvement a été créé pour faire changer les choses ici. C’est un mouvement très positif. Jouer au hockey en Europe [avec les hommes], ce serait une très belle opportunité, mais je veux être ici et participer aux efforts de ce groupe-ci qui est uni. On va aller de l’avant de cette façon-là.

Marie-Philip Poulin

« La beauté de la chose c’est que ces joueuses-là [des équipes nationales] sont venues vers nous en disant qu’elles étaient dans la même réalité que nous et qu’elles voulaient former un groupe uni, a expliqué Émard. On est allés vers elles avec les mêmes idées. L’une n’est rien sans l’autre, ça a été très homogène comme réaction. Toutes les joueuses n'ont pas la même ambition. Pour certaines, on ne pense plus aux Jeux olympiques. Mais on joue toutes au hockey par amour du sport. »

L'ancienne joueuse de tennis américaine Billie Jean King, pionnière du mouvement pour l’égalité des sexes dans le sport, a donné son appui aux démarches des hockeyeuses.

« Les femmes athlètes méritent de vivre la vie qu’elles envisageaient quand elles étaient enfants : vivre du sport qu’elles aiment, a écrit la fondatrice de la WTA sur Twitter. Je suis avec toutes les femmes athlètes dans leur quête d’équité salariale et d’un avenir solide. »

Des joueurs de la LNH ont également signalé leur appui au mouvement. « C'est génial. Elles sont les meilleures du monde et devraient être compensées comme tel, a dit le défenseur Ian Cole, de l'Avalanche du Colorado. Elles ont accès à une plateforme [avec ce mouvement] et elles l'utilisent vraiment bien. J'ai une soeur, je sais à quel point ce qu'elles font est important. »

Même son de cloche pour J.T. Compher, dont la sœur joue avec l’Université de Boston. « Elles travaillent toute leur vie, elles s’entraînent, elles vont à l’université pendant quatre ans dans l’espoir de jouer pour leur équipe nationale. Il faut continuer de faire grandir le hockey féminin. C’est bon pour la LNH, c’est bon pour le hockey en général. »

La LCHF a annoncé à la fin mars qu'elle cessait ses activités. Le circuit comptait six équipes : quatre au Canada (les Canadiennes de Montréal, les Furies de Toronto, l'Inferno de Calgary et le Thunder de Markham), une aux États-Unis (les Blades de Worcester) et une autre en Chine (les KRS Vanke Rays de Shenzhen).

Une fausse bonne nouvelle

Trois jours après l'annonce de la dissolution du circuit, la NWHL avait dit vouloir élargir ses cadres en ajoutant deux équipes canadiennes à Montréal et à Toronto. Cette nouvelle n'a pas été bien accueillie parmi les joueuses de la défunte Ligue canadienne.

« Quand on a su qu'il y aurait une expansion, ça a été annoncé le lendemain de la fin de notre ligue. On était surprises, a assuré Émard. Pourquoi est-ce que nous annonçait ça par les réseaux sociaux? Il n'y a pas eu d'annonce faite aux joueuses. On a trouvé ça irrespectueux, tellement que la NWHL s'est excusée. La décision a été prise et approuvée par le conseil d'administration de la ligue, mais sans analyse de marché.

« La nouvelle a été interprétée comme la NWHL qui sauvait les équipes de Montréal et Toronto. Mais ça fait 22 joueuses par équipe pour deux équipes... Les quelque 100 autres, on les oublie? Oui, on pouvait voir ça dans les médias comme une bonne nouvelle, mais nous, on voyait ça un peu comme une trahison. »

Par ailleurs, des trophées individuels et d'autres articles de la LCHF ont même été mis en vente aux enchères la semaine dernière. La coupe Clarkson est cependant restée entre les mains de l'ex-gouverneure générale Adrienne Clarkson.

« C'était vraiment désagréable de voir ça, a reconnu Émard. On n'a pas été mises au courant. On était dégoûtées de voir ça. Mais en même temps, certaines personnes ont créé des pages de sociofinancement pour garder ces items. Ce sont des fans, des gens de notre entourage, mais qui n'avaient rien à voir nécessairement avec notre association. Ils se sont mobilisés pour garder ces objets historiques. »

Avant l'annonce du boycottage, la LNH avait indiqué qu'en l'absence d'une option pour les joueuses, elle serait prête à s'engager dans une ligue de hockey féminin.

« La LNH a dit qu’elle n’allait pas se mettre dans le chemin des ligues féminines, mais il y a un intérêt. Certaines équipes mettent de l’argent dans le hockey féminin, a dit Émard. C’est sûr qu’on n’attend pas à côté du téléphone, mais d’avoir un groupe comme la LNH, ça serait merveilleux.

« Il faut créer quelque chose qui est digne d’une ligue professionnelle. Les gens assument qu’on a un super bon salaire, les mêmes ressources que le Canadien, mais ce n’est pas notre réalité. On n’est pas payées des millions. La plupart d’entre nous ont des emplois de 40 heures semaines et après ça on joue au hockey. La ligue était créée dès le départ pour cette réalité. On ne vit pas de notre sport, et on aimerait essayer de créer ça. Si on avait la chance de ne pas travailler autant, ou même de ne pas travailler du tout, ça ferait un produit sensationnel. »

Ce sont des joueuses qui ont créé la LCHF. Elles ont créé un héritage. C'est triste que ça prenne fin comme ça. Mais maintenant, c'est à nous de bâtir sur ce qu’elles ont fait pour la petite fille qui s’en vient. Si elle ne peut pas voir ce qu’elle peut devenir, comment peut-elle y rêver?

Karell Émard

(Avec les informations de Simon Cremer)

Avec les informations de Associated Press

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