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L'hyperandrogénie dérange le milieu de l'athlétisme depuis 10 ans

Caster Semenya (en avant) et Francine Niyonsaba à la fin du 800 m des Championnats du monde de 2017 à Londres

Caster Semenya (en avant) et Francine Niyonsaba à la fin du 800 m des Championnats du monde de 2017 à Londres

Photo : Getty Images / Michael Steele

Radio-Canada

Le droit de compétitionner des athlètes hyperandrogènes représente 10 ans de bataille médiatique, scientifique et juridique.

Aux Championnats du monde d'athlétisme de Berlin en août 2009, une jeune Sud-Africaine de 18 ans intersexuée à la carrure musculeuse défraye la chronique.

Inconnue un an auparavant, Caster Semenya, hyperandrogène donc, en excès d'hormones sexuelles mâles, se présente en favorite du 800 m après une progression fulgurante au chronomètre.

La Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) annonce à quelques heures de la finale qu'elle enquête sur le genre sexuel de l'athlète. Semenya remporte le titre, et le président sud-africain Jacob Zuma dénonce l'attitude de l'IAAF. « C'est une humiliation », juge-t-il.

Elle est interdite de compétition pendant 11 mois, le temps de « tests de féminité » restés secrets et vécus comme un traumatisme par la jeune femme. Puis, elle est de nouveau autorisée à courir en juillet 2010.

En mai 2011, l'IAAF met en place un premier règlement pour la participation des athlètes hyperandrogènes aux compétitions féminines et fixe un seuil de testostérone de 10 nanomoles par litre de sang.

Caster Semenya, qui doit suivre un traitement médicamenteux pour pouvoir courir, est de nouveau sacrée championne du monde en 2011, puis championne olympique en 2012 (2e sur la ligne, elle profite du déclassement de la Russe Mariya Savinova pour dopage), avant un long passage à vide.

En juillet 2015, saisi par la sprinteuse indienne Dutee Chand, le Tribunal arbitral du sport (TAS) suspend le règlement de l'IAAF. Le TAS donne deux ans à l'organisation pour présenter une étude scientifique prouvant la supériorité des athlètes hyperandrogènes.

Libérée de son traitement, Semenya est sacrée championne olympique en août 2016 à Rio, puis championne du monde un an plus tard à Londres.

Caster Semenya (à droite) et Francine Niyonsaba à la fin du 800 m des Jeux olympiques de 2016 à Rio

Caster Semenya (à droite) et Francine Niyonsaba à la fin du 800 m des Jeux olympiques de 2016 à Rio

Photo : Getty Images / ADRIAN DENNIS

En juillet 2017, la revue médicale British Journal of Sports Medecine publie une étude commandée par l'IAAF qui montre que les femmes aux plus hauts taux de testostérone en retirent un avantage « important » dans plusieurs disciplines.

En avril 2018, l'IAAF instaure un nouveau règlement (reporté jusqu'alors), qui impose aux femmes « hyperandrogènes » ou à celles avec des « différences de développement sexuel » (DSD) de faire baisser, avec des médicaments, leur taux de testostérone en dessous de 5 nmol/l pour participer aux épreuves internationales du 400 m au mile (1609 m).

L'IAAF insiste sur l'impératif « de préserver l'égalité des chances au sein des compétitions d'athlétisme ».

En juin 2018, Caster Semenya saisit le TAS, soutenue notamment par la ministre sud-africaine des Sports Tokozile Xasa.

Caster Semenya donne un discours lors du gala de l'organisme Women in Sports le 17 octobre 2018 à New York.

Caster Semenya donne un discours lors du gala de l'organisme Women in Sports le 17 octobre 2018 à New York.

Photo : Getty Images / Nicholas Hunt

En février 2019, une bataille d'experts s'engage lors des audiences. L'IAAF campe sur sa position à la faveur de son étude, dont les conclusions sont contestées notamment par des scientifiques de l'Université de Bath (Angleterre).

L'ONU épingle en mars le règlement de l'IAAF qui « pourrait ne pas être compatible avec les normes et règles internationales relatives aux droits de la personne ».

Le 1er mai, le TAS annonce rejeter le recours de l'athlète sud-africaine, mais demande à l'IAAF d'amender son règlement, préoccupé par plusieurs aspects litigieux. L'IAAF assure que son règlement entrera en vigueur le 8 mai.

Avec les informations de Agence France-Presse

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