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Hyperandrogénie : Caster Semenya déboutée par le TAS, l'IAAF doit changer son règlement

Elle est entourée de ses avocats.

Caster Semenya à l'entrée du Tribunal arbitral du sport à Lausanne

Photo : Getty Images / HAROLD CUNNINGHAM

Radio-Canada

Le Tribunal arbitral du sport (TAS) a rejeté mercredi le recours de la Sud-Africaine Caster Semenya contre la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), mais il oblige l'IAAF à amender son règlement obligeant les athlètes hyperandrogènes, comme elle, à faire baisser leur taux de testostérone.

Le panel chargé du dossier a exprimé « dans une sentence longue de 165 pages, de sérieuses préoccupations au sujet de la future application pratique de ce règlement », indique le communiqué transmis par le TAS.

« Le TAS n'a pas validé le règlement de l'IAAF, il a simplement rejeté les requêtes de Semenya, a indiqué Mathieu Reeb, secrétaire général de l'instance juridique. C'est à l'IAAF maintenant de travailler sur son règlement pour l'adapter en fonction des réserves posées par le TAS. »

En l'état, le règlement de l'IAAF ne s'appliquera donc pas avant que la fédération ait corrigé les aspects litigieux relevés par le TAS.

La Fédération internationale d'athlétisme voulait imposer des mesures obligeant les femmes athlètes « hyperandrogènes » à faire baisser, avec des médicaments, leur taux de testostérone pour pouvoir participer aux épreuves internationales allant du 400 m au mile (1609 m)

Trois points posent particulièrement problème aux experts. D'abord, la difficulté d'appliquer un principe de responsabilité objective en fixant un seuil de taux de testostérone à respecter, ensuite la difficulté de prouver un véritable avantage athlétique chez les athlètes hyperandrogènes sur les distances du 1500 m et du mile, enfin les éventuels effets secondaires du traitement hormonal.

Une défaite pour Semenya

L'IAAF a accueilli « avec reconnaissance » la décision « prompte et détaillée » du TAS, qui a reconnu le caractère « nécessaire, raisonnable et proportionné » de ce règlement, a précisé la fédération.

D'ici au 8 mai, l'IAAF adaptera le règlement aux réserves posées par le TAS.

S'il n'est pas une victoire pour l'IAAF, le jugement du Tribunal arbitral du sport est une défaite pour Semenya, double championne olympique du 800 m, et pour les autres athlètes hyperandrogènes qui devront se soumettre à un règlement spécifique, même une fois modifié.

Caster Semenya (à droite) et Francine Niyonsaba à la fin du 800 m des Jeux olympiques de 2016 à Rio

Caster Semenya (à droite) et Francine Niyonsaba à la fin du 800 m des Jeux olympiques de 2016 à Rio

Photo : Getty Images / ADRIAN DENNIS

Si le TAS a estimé que le règlement sur les DDS (différences de développement sexuel) était bien « discriminatoire », il a en revanche jugé, sur la base des preuves soumises par les parties au cours de la procédure, qu'une « telle discrimination constituait un moyen nécessaire, raisonnable et proportionné d'atteindre le but recherché par l'IAAF, à savoir de préserver l'intégrité de l'athlétisme féminin dans le cadre de certaines disciplines ».

Caster Semenya, comme les médaillées de bronze et d'argent sur 800 m aux Jeux olympiques de 2016, Francine Niyonsaba (Burundi) et Margaret Wambui (Kenya), ont été reconnues hyperandrogènes, c'est-à-dire générant naturellement un taux de testostérone très élevé.

« La décision du TAS ne m'arrêtera pas »

« La décision du TAS ne m'arrêtera pas », a assuré l'athlète dans un communiqué publié par ses avocats.

« Depuis une décennie, l'IAAF a tenté de me faire ralentir, mais cela m'a rendue plus forte encore », a-t-elle souligné, se réjouissant toutefois que les trois juges aient reconnu que les règles de l'IAAF sont « discriminatoires envers certaines femmes ».

Dans le même communiqué, Semenya a fait une promesse. « Une fois de plus, je vais surmonter cela et continuer d'inspirer des jeunes femmes et athlètes en Afrique du Sud et dans le monde entier », a-t-elle conclu.

L’Afrique du Sud « offusquée »

« Nous sommes extrêmement déçus. C'est un jugement décevant, qui supprime l'action de Semenya en tant que personne, en tant qu'athlète, en tant que personne qui s'entraîne dur », a déclaré la ministre sud-africaine des Femmes, Bathabile Dlamini, qui regrette que son pays doive « se conformer aux notions occidentales [...] pour que ses athlètes puissent compétitionner ».

Selon elle, il s'agit d'une « violation de ses droits en tant que femme, en tant qu'être humain ».

Le ministre des Sports Tokozile Xasa a réitéré ses critiques du règlement de l'IAAF, qui « piétine les droits de la personne et la dignité », tandis que le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC) s'est dit, dans un communiqué, « offusqué » par la décision du TAS, qui agit selon lui « d'une manière néfaste qui divise les athlètes plutôt que de les unir ».

Avec les informations de Agence France-Presse

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