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Quand Drew Doughty tend la main à la bande de Nick Suzuki

Nick Suzuki (no 9)

Nick Suzuki (no 9)

Photo : Canadien de Montréal

Alexandre Gascon

Certains utilisent comme porte-bonheur une patte de lapin. D'autres préfèrent les rituels et enfilent toujours leurs sous-vêtements de la même façon. Pour Nick Suzuki et ses coéquipiers, le porte-bonheur, ce printemps, s'est révélé être une vedette de la Ligue nationale (LNH).

Menés 3-0 par les Knights de London au deuxième tour des séries de la Ligue junior de l’Ontario (OHL), on aurait bien vu les membres du Storm de Guelph à genoux dans les champs bucoliques du royaume de Doug Ford à la recherche de trèfles à quatre feuilles, les doigts croisés, espérant poursuivre leur saison un tant soit peu.

Que nenni!

Suzuki et ses compagnons sont demeurés prosaïques.

« Après notre défaite [au troisième match], la chambre était silencieuse. On ne se sentait pas bien. Mais dès le lendemain, on est revenus à l’aréna, on avait du fun, on plaisantait. On savait qu’on était capables de revenir grâce à notre talent et notre caractère », raconte l’espoir du Canadien à l’autre bout du fil.

Cette foi peut-être légèrement inconsciente – ne l’est-elle pas toujours direz-vous – s’est renforcée par la présence d’un visiteur inattendu.

« Un des gars [Cedric Ralph, NDLR] nous a montré une vidéo des Kings de Los Angeles et de ce qu’ils avaient réussi à faire en 2014. Après, Drew Doughty est venu dans notre vestiaire pour nous en parler [avant le quatrième match contre London]. C’était vraiment cool de l’entendre de sa bouche. À partir de ce moment-là, on s’est dit qu’on avait quelque chose de spécial. »

Comment Doughty a-t-il atterri là? Un peu de contexte.

En 2014, l’as des Kings avait été au cœur de la remontée historique de sa bande en retard 0-3 contre les Sharks de San José au premier tour. Los Angeles avait finalement soulevé la coupe Stanley.

Doughty a joué tout son hockey junior dans la petite ville du sud de l’Ontario. Ce printemps, le défenseur débarquait tout juste de la Californie, ses Kings fraîchement éliminés après une saison désastreuse, quand ses anciens hôtes, incidemment ceux de Suzuki et Isaac Ratcliffe, l’ont contacté.

Son alma mater souffrait. Beaucoup. Pouvait-il y faire un saut?

Il nous a dit qu’il l’avait fait avant. Qu’ils avaient finalement gagné la Coupe. Il nous a dit de nous concentrer sur le quatrième match, de le gagner à domicile et de ne pas penser au voyage à London. Après notre victoire au cinquième match, tout le monde était vraiment confiant, et je pense qu’on avait réussi à semer une idée dans la tête de tous qu’on allait revenir dans cette série.

Nick Suzuki à propos de la visite inattendue de Drew Doughty

Le Storm s’était fait dominer 17-6 au total des buts dans les trois premiers matchs. Il a rugi avec quatre victoires d’affilée et une domination, à son tour, de 18-10. Suzuki a amassé 11 points dans ces 4 duels.

Rebelote en demi-finales où le Storm était devancé 3-1 par le Spirit de Saginaw.

Lundi soir, Guelph a atteint la grande finale après avoir éliminé le Spirit, également en sept rencontres. La troupe de George Burnett va bien finir par croire la prophétie de son illustre bienfaiteur.

Dans les 7 matchs où il a contemplé l’élimination, Nick Suzuki a inscrit 7 buts et 10 passes. Ses 31 points en 18 rencontres le placent loin devant au 1er rang des marqueurs de toute la Ligue canadienne (LCH).

Ce n’est pas du niveau d’un Martin St-Louis, d’un Martin Gélinas, d’un Martin Brodeur ou de n’importe quel autre talentueux Martin, mais Suzuki commence à faire parler de lui comme de l’homme des grandes occasions. En anglais, on parle de clutch player.

« Pas une mauvaise marque de commerce », soutient-il. En effet.

La grande finale

Après avoir écarté les 2e et 3e formations du classement général de l’OHL, le Storm se mesurera, dès jeudi, à la quintessence de la ligue cette saison : les 67's d’Ottawa.

Les hommes du Québécois André Tourigny ont balayé leurs trois séries jusqu’à présent. Une reluisante fiche de 12-0 qui ne témoigne pas « du cheminement et de l’ardeur au travail de nos joueurs », selon l’entraîneur.

« On a eu beaucoup d’adversité dans ces matchs-là. On l’a surmontée », ajoute-t-il en entrevue à Radio-Canada Sports.

Beaucoup de repos aussi. Parfois une arme à double tranchant.

Il ne dira évidemment pas le contraire, mais Tourigny se méfie du Storm. Guelph a subi son lot de blessures cette saison et joue à effectifs complets, exception faite de l’espoir du Canadien Cam Hillis, pour la première fois depuis des lustres. Avec les ajouts de Suzuki, Sean Durzi et MacKenzie Entwistle depuis le début janvier, l’équipe montre un tout autre visage.

« Ils ont une équipe vraiment, vraiment puissante […] On n’est pas surpris de jouer contre Guelph. Une équipe qui est très imposante physiquement, beaucoup d’habiletés, beaucoup de profondeur, défense exceptionnelle. Ce n’est pas surprenant », laisse tomber Tourigny.

Suzuki et ses compagnons de trio, Entwistle et Ratcliffe, seront assurément l’objet d’une attention soutenue.

Un éclair de génie de l’espoir du Tricolore a d’ailleurs transpercé la Toile samedi soir.

Suzuki a mis le sixième match hors de portée de Saginaw après un jeu tourniquet à un contre un et un bijou de tir du revers. Sa jambe droite plie de façon si incongrue sur la séquence qu’elle nous a fait douter de l’intention initiale du jeune homme de 19 ans.

« Ce n’était pas le plan A », nous a rassurés Suzuki.

« Je suis arrivé avec beaucoup de vitesse. Je voulais feinter un lancer et me dégager une ligne de tir de mon côté naturel, mais le défenseur a fait du bon travail et mon instinct m’a dit d’envoyer la rondelle de l’autre côté. Heureusement, j’ai pu la récupérer du revers et lancer le plus fort possible. »

Avec le résultat que l’on sait. Marc Bergevin était d'ailleurs dans les gradins pour l’occasion.

Tout ça pour dire que Tourigny a tenu à rappeler que « tu lui donnes juste un peu d’espace et il est capable de faire de petits bijoux ».

« On sait que ça va être une tâche ardue de le contrer. On a confiance en nos moyens et notre équipe. Des joueurs de ce calibre, tu veux les limiter. Tu veux bien les stopper, mais c’est plus facile à dire qu’à faire. On va essayer de limiter son temps et son espace. On sait très bien que c’est un joueur de premier plan », a-t-il admis.

Un joueur de premier plan qui vivra un été crucial pour son développement, peu importe que sa saison prenne fin dans une semaine ou à la Coupe Memorial à Halifax à la fin mai.

Suzuki se préparera pour le camp d'entraînement du CH et sa première saison professionnelle, qu'elle se déroule à Montréal ou à Laval, étant donné le luxe inespéré du Bleu-blanc-rouge au poste de centre.

L'on verra tout ça bien assez tôt. En attendant, le fantôme de Drew Doughty, au plus grand plaisir de Suzuki, plane toujours au-dessus d’une formation qui était moribonde il y a moins de trois semaines.

« Je ne veux pas que ma carrière junior prenne fin tout de suite », conclut-il.

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