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Raphaëlle Tousignant, jeune pionnière de hockey sur luge

Raphaëlle Tousignant

Raphaëlle Tousignant

Photo : Radio-Canada / Kolya Hubacek-Guilbault

Michel Chabot

Raphaëlle Tousignant est une fille de 16 ans qui ne manque pas de confiance en elle. Mais se retrouver parmi les premières femmes invitées au camp de l'équipe de développement canadienne de hockey sur luge lui apparaît comme un rêve incroyable.

Pour la toute première fois, des femmes se retrouvent au sein d’un camp qui jusque-là n’était réservé qu’aux hommes. Parmi ce quintette de pionnières, il y a une seule Québécoise et elle profite à plein de cette expérience unique. Elle se souvient de sa réaction en recevant l’invitation.

Mise à jour : L'équipe de développement canadienne de hockey sur luge a annoncé mardi que Raphaëlle Tousignant faisait partie des 18 joueurs retenus à l'issue du camp d'entraînement. Une autre des quatre joueuses présentes au camp l'accompagne, Christina Picton.

« Je n’y croyais pas, j’en tremblais, raconte-t-elle. Mon Dieu, je m’en vais au camp. J’ai presque pleuré. J’étais très heureuse. Obtenir cette chance est tout simplement génial. »

Je n’aurais jamais pensé me retrouver dans une telle position, vivre une expérience aussi belle et devenir un modèle dans mon sport.

Raphaëlle Tousignant

Même si elle ne pratique ce sport que depuis quelques années, l’adolescente de Terrebonne est bien dans son élément.

« Je suis très à l’aise parce que je joue déjà avec des hommes au sein de l’équipe provinciale, précise-t-elle. Je veux autant qu’eux et je vais le montrer. Je vais prendre ma place et m’imposer. Je préfère le jeu robuste. C’est une facette du hockey luge que j’adore. Ça ne me fait pas peur. »

Une épreuve inattendue

Raphaëlle était une enfant sportive avant que le destin ne la frappe douloureusement, il y a un peu plus de six ans.

« Une semaine avant mes 10 ans, on m’a diagnostiqué un sarcome, un cancer des os dans ma hanche droite. C’était une bosse qui poussait vers l’extérieur. Ça me faisait mal seulement quand je ne bougeais pas. Être assise, j’en aurais été incapable. »

Après quelques mois de chimiothérapie, la tumeur n’avait pas diminué. Deux choix s’offraient alors à elle : vivre avec une jambe qu’elle n’allait pas sentir (parce que le nerf sciatique était au cœur de la tumeur) ou l’amputation.

« Pour moi, c’était assez simple, j’allais pouvoir remarcher, avec une prothèse si je me faisais amputer. La seule chose qui me stressait à ce moment-là était de ne pas pouvoir faire du sport à nouveau. »

Quelques mois se sont écoulés. Après d'autres traitements de chimiothérapie, son père lui a proposé d’essayer le hockey sur luge. Le coup de foudre a été instantané ce samedi matin là pour celle qui jouait auparavant à la ringuette.

Cinq ans plus tard, elle se déplace avec aisance et fluidité sur la glace.

« Ça prend environ 10 pratiques avant que tu sois vraiment confortable dans la luge et que tu puisses vraiment contrôler la rondelle, faire des passes et commencer à jouer. »

N’empêche, devenir handicapée à un jeune âge est une expérience qui comporte son lot de défis. Et Raphaëlle a dû en relever plusieurs.

« Si je vivais la même chose maintenant, je ne réagirais peut-être pas de la même façon. À 10 ans, tu ne penses pas vraiment que tes amis vont arrêter de te parler ou que les gens vont tout le temps te regarder. Tu ne penses qu’au fait que tu ne pourras plus marcher ou faire de sport. »

Au début, elle n’osait pas sortir de son lit d’hôpital par peur d’afficher son handicap.

« Je suis assez orgueilleuse, donc ç’a été assez long avant que je décide de me lever, de marcher et faire des progrès. Mes parents n’étaient pas du style à dire : "C’est correct, tu peux prendre ton temps." Ils disaient plutôt : "Si tu veux t’en venir à la maison, fais ce que tu as à faire et vas-y." Mes parents m’ont inspiré à le faire. »

Un talent indéniable

Cette invitation au camp de l’équipe canadienne, la jeune Tousignant ne l’a pas volée. En plus de sa place au sein de l’équipe mixte du Québec, la jeune attaquante joue un rôle prédominant avec la formation féminine du Canada.

Et ses habiletés ne sont pas passées inaperçues dès le premier jour du camp vendredi passé.

Raphaëlle Tousignant

Raphaëlle Tousignant

Photo : Radio-Canada / Kolya Hubacek-Guilbault

« Ses habiletés sont vraiment à point », dit le responsable du camp, Brandon Reid.

« Je suis satisfait de sa façon de patiner, elle a une bonne technique. Elle a aussi un gros caractère. Elle parle beaucoup avec les gens, ajoute l’ancien des Canucks de Vancouver. On ne dirait pas que c’est son premier camp. Quand tu vois ça de n’importe quel joueur, c’est plaisant. »

Le niveau de confiance personnelle de cette future étudiante en communications est élevé. Questionnée sur le calibre de jeu du camp, elle admet candidement qu’elle s’attendait à plus.

« C’est sûr que c’est une petite coche au-dessus [du Québec]. Mais je pense que je me suis assez bien débrouillée. Pour une première pratique, ça ne m’a pas trop déstabilisée. »

Raphaëlle Tousignant reconnaît toutefois que son tir est sa principale lacune.

« Je suis capable de lever la rondelle, mais j’ai souvent de la difficulté à la mettre dans le but quand je ne m’attends pas à la recevoir. Et la technique où je mets mon poids sur la palette, j’ai encore de la difficulté avec ça. »

Elle ne ménage pas les efforts pour s’améliorer et s’entraîne en gymnase quelques fois par semaine afin de prendre du muscle et de la force.

Copier le modèle américain

Le Canada n’est pas le premier pays à inviter des femmes dans ses rangs. L’équipe de développement des États-Unis leur a déjà ouvert la porte. Et ce n'est pas une opération médiatique, nous assure-t-on.

Tous ceux qui sont ici vont avoir une chance d’être choisis. Que ce soit une fille ou un gars, on veut avoir les meilleurs joueurs.

Brandon Reid

Le hockey sur luge féminin ne figure pas au programme des Jeux paralympiques et une place au sein de l’équipe masculine fait rêver la pétillante athlète.

« Avec ce que je vois aujourd’hui, tout est possible, croit-elle. Je n’aurais jamais pensé faire ce camp il y a trois ans et je n’aurais pas pu penser que ça aurait été possible dans l’histoire du parahockey au Canada. Si on s’entraîne, si on croit en nous, ça se peut. Dans deux ans, quatre ans ou six ans, ça se peut qu’on voie une fille au sein de l’équipe nationale qui va aller aux Paralympiques. Je suis super confiante. »

Côtoyer l’élite de son sport lui donne aussi beaucoup d’espoir pour sa vie à l’extérieur de la patinoire.

« J’ai plus de confiance parce que j’ai connu des handicapés comme moi qui jouent au hockey, qui ont une belle vie. Ils ont de bonnes carrières, une famille et une vie amoureuse. Ça m’a inspiré à devenir qui je suis. Je ne vais pas me laisser freiner par une amputation. Je vais aller loin, croire en moi. »

Fière de son parcours, elle tient elle aussi à envoyer un message positif aux enfants qui vivent avec un handicap.

Croyez en vous-mêmes! Poursuivez vos rêves et n’écoutez pas ceux qui vous disent que vous ne pouvez pas le faire. Vous pouvez accomplir tout ce que vous désirez, rien ne peut vous arrêter.

Raphaëlle Tousignant

Présenté dans le cadre du Défi sportif, le camp se poursuit toute la semaine à l’aréna Howie-Morenz de Montréal. Des matchs entre les Rouges et les Blancs sont au programme presque chaque jour.

Vendredi, samedi et dimanche, des rencontres avec l’équipe américaine seront ensuite disputées dans le petit amphithéâtre de la rue Querbes.

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