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chronique

Le printemps des chats de ruelle

Un joueur félicité pour un but devant le banc de son équipe.

Les Islanders, qui ont surpris les Penguins en quatre matchs, entre dans ce que Martin Leclerc appelle les « chats de ruelle » des séries.

Photo : Getty Images / Justin Berl

Martin Leclerc

BILLET - Le plagiat a toujours été très à la mode dans la LNH. Lorsqu'une équipe qui s'est éloignée des sentiers battus connaît un long parcours éliminatoire, des organisations rivales finissent par copier la recette, espérant ainsi rééditer l'exploit. Cette année, ces pratiques soulèvent une intéressante question : on copie ça comment, l'anarchie?

Après un seul tour, les séries éliminatoires du printemps 2019 sont déjà considérées comme les plus incohérentes de l’histoire de la LNH.

Le Lightning de Tampa Bay a été balayé en quatre matchs après avoir marqué 319 buts et avoir égalé le record de 62 victoires en saison. L’équipe dominante de l’Ouest, les Flames de Calgary, s’est fait sortir en cinq matchs, avec une facilité déconcertante, par l’Avalanche du Colorado. L’Avalanche était pourtant la formation la moins performante à s’être qualifiée pour le tournoi éliminatoire.

Les champions de la Coupe Stanley, les Capitals de Washington, ont été évincés par les Hurricanes de la Caroline, qui n’avaient pas participé aux séries pendant une décennie. Par ailleurs, aucun champion de division ne participera au deuxième tour éliminatoire. Pareil cataclysme n’est jamais survenu dans l’histoire de la ligue.

Comme si ce n’était pas suffisant, les Sharks de San José ont profité d’une épouvantable erreur d’arbitrage pour mettre fin au conte de fées des Golden Knights de Vegas et pour passer au deuxième tour.

Les grandes erreurs d’arbitrage s’expliquent généralement – et simplement – par l’humanité des officiels qui les commettent. Il est normal qu’une séquence ou une infraction échappe au regard d’un arbitre. Personne n’est parfait.

Dans le cas des Golden Knights, les arbitres Éric Furlatt et Dan O’Halloran ont toutefois inventé une infraction. Ils ont puni Cody Eakin pour un geste qu’ils n’avaient pas vu et qu'Eakin n’avait pas commis. Ils ont ainsi déclenché une séquence d’événements qui a changé l’issue de la série et l’allure du tournoi éliminatoire.

Tout comme les Golden Knights, les deux officiels en question ne participeront pas au deuxième tour éliminatoire. Cette décision de la LNH est lourde de sens.

***

À la ligne de départ du second tour des séries, on attendait des félins racés issus de programmes sportifs patiemment et minutieusement concoctés au fil des ans. On aura plutôt droit à une sorte de rassemblement de chats de ruelle.

Lorsqu’on regarde le portrait dans son ensemble, il est fascinant de constater qu’au cours de la dernière année, la vie de la plupart des huit équipes survivantes n’a pas été un long fleuve tranquille. Loin de là!

Dans son livre intitulé David and Goliath: Underdogs, Misfits, and the Art of Battling Giants, l’auteur Malcolm Gladwell évoque le concept des « difficultés désirables ». Selon ce principe, des individus parviennent à atteindre des niveaux d’excellence inespérés après avoir vécu des épreuves difficiles qui les forcent à compenser quelque chose dont ils ont été privés.

Vues sous cet angle, les séries 2019 de la Coupe Stanley intéresseraient sans doute Gladwell.

***

La moitié des huit formations participant au deuxième tour (Islanders de NY, Caroline, Dallas et Saint Louis) sont dirigées par de nouveaux entraîneurs. La majorité s'est battue jusqu’aux derniers jours du calendrier pour assurer leur place dans les séries. Les deux tiers ont éliminé des équipes qui les avaient devancées au classement. Encore plus incroyable : seulement trois de ces équipes (Columbus, Boston et Dallas) bénéficient de la présence d’un véritable gardien numéro un devant leur filet.

Bonne chance à ceux qui tenteront de copier ces modèles d’affaires!

Les Stars de Dallas ont éliminé les Predators de Nashville malgré le fait que leur attaque se situait au 29e rang de la LNH. Au cours de la saison, les leaders de cette équipe ont tour à tour été critiqués publiquement par leur propriétaire, leur directeur général et leur entraîneur. D’autres équipes se sont effondrées pour moins que ça.

Trois joueurs se félicitent devant leurs partisans en liesse.

Les Stars éliminent les Predators et avancent au deuxième tour des séries éliminatoires.

Photo : usa today sports / USA Today Sports

Les Blues de Saint Louis occupaient le dernier rang de la LNH au début de janvier. Un changement d’entraîneur (l’arrivée de Craig Berube) et le rappel de Jordan Binnington, un gardien de 25 ans qui semblait destiné à passer sa vie dans les ligues mineures, les a miraculeusement propulsés aux avant-postes.

Les Islanders présentaient la saison dernière la pire défense de la LNH. Ils ont en plus perdu leur meneur offensif, John Tavares, au cours de l’été 2018. Ils ont vu débarquer un nouveau directeur général, Lou Lamoriello, et un nouvel entraîneur, Barry Trotz. Leur attaque est pauvre, mais leur défense est désormais la plus étanche de la ligue. Les voilà au deuxième tour.

Les Blue Jackets de Columbus savent depuis le début de la saison que leur meilleur attaquant, Artemi Panarin, et leur gardien vedette, Sergei Bobrosvky, ne seront pas de retour la saison prochaine. Sur le point de se prévaloir de leur autonomie, les deux Russes ne veulent rien savoir de poursuivre leur carrière dans l’Ohio. Au lieu de les échanger pour purifier l’air, leur DG Jarmo Kekalainen en a plutôt remis en allant chercher deux autres joueurs autonomes en devenir, soit Matt Duchene et Ryan Dzingel.

Matt Duchene

Matt Duchene

Photo : La Presse canadienne / Jay LaPrete

Cette équipe bigarrée vient étonnamment d’offrir une impressionnante démonstration de cohésion et de causer l’une des plus grandes surprises de l’histoire des séries éliminatoires.

Et que dire de l’Avalanche du Colorado? Cette organisation, qui mise essentiellement sur un seul trio, s’est totalement écroulée en décembre et en janvier (affichant le pire dossier de la LNH durant cette période: 7-14-3). L’Avalanche est parvenue à renaître de ses cendres et à redevenir l’une des plus prolifiques machines de hockey de la ligue dans la dernière ligne droite du calendrier.

Deux joueurs célèbrent un but victorieux.

Nathan McKinnon (à gauche), de l’Avalanche, célèbre son but victorieux avec son coéquipier Gabriel Landeskog.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Parmi ces « chats de ruelles », les seuls qui détonnent sont les Bruins de Boston, qui étaient considérés comme de sérieux aspirants au titre dès le premier jour du camp. Et les Sharks de San José, bien sûr, pour les raisons que l’on connaît.

Les séries de 2019, c’est un peu comme si un groupe d’élèves ayant passé leur dernière année du secondaire en adaptation scolaire étaient miraculeusement parvenus à se faire admettre à Harvard.

C’est tout à fait inhabituel. Soit. Mais ça annonce une remise des diplômes vachement intéressante.

Mes prédictions :

  • Les Islanders de New York en 6 matchs contre les Hurricanes de la Caroline
  • Les Blue Jackets de Columbus en 6 matchs contre les Bruins de Boston
  • Les Blues de Saint Louis en 7 matchs contre les Stars de Dallas
  • L’Avalanche du Colorado en 6 matchs contre les Sharks de San José

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