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La natation québécoise en perte de vitesse

La nageuse Sandrine Mainville s'élance du plot de départ.
Sandrine Mainville, médaillée de bronze en relais aux Jeux de Rio, est à la retraite, comme Audrey Lacroix. Photo: La Presse canadienne / Andrew Vaughan
Radio-Canada

Le Canada sera fort bien représenté en natation aux Championnats du monde à Gwangju, en Corée du Sud, en juillet. Les Penny Oleksiak et autres Kylie Masse laissent entrevoir une récolte de plusieurs médailles. Mais il n'y aura pas de Québécois dans l'équipe, pas plus qu'aux mondiaux juniors à Budapest en août.

Un texte de Michel Chabot avec les informations d'Olivier Pellerin

Aucun nageur québécois n'a réussi à se tailler une place au sein de l'équipe canadienne lors des récents essais pour les Championnats du monde. La situation sème l'inquiétude dans le milieu.

« Il y a une élite très performante que nous avions ces dernières années sur laquelle nous nous sommes trop reposés, croit Nicolas Zazzeri, directeur technique de la Fédération de natation du Québec (FNQ). Nous avons eu des nageurs exceptionnels avec des médailles olympiques, avec Katerine Savard et Sandrine Mainville, qui ont été l’arbre qui cachait la forêt. »

On a eu tendance à se croire trop beau, trop fort et peut-être n’avons-nous pas suffisamment travaillé notre relève.

Nicolas Zazzeri, directeur technique de la Fédération de natation du Québec

Le Canada a toujours compté des nageurs de la Belle Province dans ses rangs depuis 1975. En 2011, ils étaient 10 dans l'équipe nationale. Ce nombre avait diminué de moitié en 2017.

Audrey Lacroix a pris sa retraite après les Jeux de Rio. Idem pour Sandrine Mainville. Mary-Sophie Harvey, ralentie par des problèmes d'épaule, n'a pu décrocher un billet pour Gwangju. Katerine Savard ne sera pas non plus des mondiaux.

Et pour trouver la dernière grosse pointure québécoise du côté masculin, il faut remonter à Yannick Lupien, membre des équipes olympiques de 2000 et de 2004.

L'équipe canadienne avec des drapeaux, sourit pour les camérasYannick Lupien (à gauche) aux mondiaux FINA de 2005, à Montréal Photo : Getty Images / Nick Laham

« Honnêtement, ça me fait mal au cœur, se désole Erik Kramer, qui a œuvré dans le réseau de la natation québécoise de 1980 à 2001 et qui travaille actuellement au club des Lasers de Saskatoon. J’ai quand même la flamme québécoise. Et voir ça, depuis cinq, six ans que ça dépérit au Québec, je pense que c’est un manque de leadership, de passion. Il y a de très bons athlètes au Québec. Mais quelque part, il y a un manque. Et ces jeunes-là, ils tombent et on ne les voit pas. »

Une fois que tu as perdu les yeux qui brillent, le désir, tu ne retrouves pas ça. Je ne vois pas beaucoup de compétitions au Québec, alors je ne vois pas la dynamique des jeunes et le langage du corps. À court terme, je ne vois pas. Mais 2024, c’est là-dessus qu’il devrait y avoir un focus.

Erik Kramer

« Le Québec sous-performe »

John Atkinson, directeur de la haute performance à Natation Canada, est conscient du problème.

« Je crois que le Québec sous-performe en ce moment comparativement aux autres provinces, mais nous allons travailler avec la Fédération québécoise et voir ce que nous pouvons faire pour produire la prochaine génération de jeunes athlètes du Québec qui pourront se qualifier au sein des équipes nationales juniors et seniors », dit-il.

« Nous avons perdu notre centre national au profit de Toronto, rappelle Nicolas Zazzeri. Il y a des provinces qui travaillent fort et qui ont vraiment des résultats exceptionnels, comme l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique, avec ses deux centres nationaux. Nous, avec nos moyens, il faut qu’on arrive à exister de nouveau sur l’échiquier national. »

Zazzeri, en poste à la FNQ depuis novembre 2017, refuse toutefois que le milieu de la natation québécoise s’apitoie sur son sort.

« Nous avons des structures performantes dans lesquels les nageurs québécois peuvent s’épanouir, estime-t-il. Il faut faire attention à ce que dans l’imaginaire des gens, l’idée de haute performance soit automatiquement reliée avec le fait de s’entraîner à Toronto. Il est surtout là le danger. Concrètement, nous arriverons à redresser la barre même sans centre national. »

La FNQ ébauche un plan de redressement afin de trouver des solutions au problème. De nouvelles mesures seront mises en place dès septembre, nous assure-t-on, sans dévoiler trop de détails. L’essentiel de la réforme sera toutefois appliqué après les Jeux olympiques de Tokyo en 2020.

« Une des clés sera de mieux utiliser les moyens à notre disposition, soutient Nicolas Zazzeri. Nous avons au sein de notre natation de belles qualités et de superbes ressources. Nous devons mieux utiliser les infrastructures que nous avons, mieux utiliser nos moyens financiers et surtout le savoir-faire que nous avons un peu partout au Québec. Il faut faire en sorte que les connaissances et les bonnes pratiques puissent se répandre. Le partage sera déterminant pour la suite. »

« Je ne suis pas sûr de la solution, admet Erik Kramer, qui a notamment été entraîneur de Patricia Noall, gagnante d’une médaille de bronze au relais 4 x 100 m quatre nages aux Olympiques de 1988. Il y a du travail à faire. Maintenant, ce sont des décisions de la fédération et des entraîneurs provinciaux et des entraîneurs qui ont des athlètes à l’échelle nationale. Ils devraient s’asseoir ensemble et trouver des façons pour améliorer la situation parce que ce n’est pas positif pour le moment. »

Elle sort la tête de l'eau dans une épreuve en style papillon.Audrey Lacroix a pris sa retraite quelques mois après les Jeux de Rio Photo : Getty Images / Gregory Shamus

Les entraîneurs

Selon John Atkinson, les entraîneurs du Québec font partie de la solution.

« Quand on regarde plus en profondeur, ça nous ramène aux entraîneurs dans les clubs, dit-il. C’est de là que vient la prochaine génération de nageurs. C’est plus important que les centres d’entraînement ou les écoles. »

Que font les entraîneurs de ces clubs pour produire cette nouvelle cuvée d’athlètes? Il y a des jeunes très talentueux. Nous devons nous assurer que les provinces créent les occasions pour que cette nouvelle génération puisse s’épanouir.

John Atkinson, directeur de la haute performance à Natation Canada

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