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chronique

La débandade du Lightning : parfois, il n’y a rien à expliquer

Déçu, Nikita Kucherov regarde dans le vide. Derrière lui, les joueurs des Blue Jackets célèbrent leur victoire.
Nikita Kucherov quelques secondes après la fin du premier match Photo: Getty Images / Mike Carlson
Martin Leclerc

BILLET - Comment le Lightning de Tampa Bay se relèvera-t-il d'un effondrement pareil?

En regardant les Blue Jackets de Columbus célébrer leur étonnant balayage contre la meilleure formation de la LNH mardi soir, j’ai tout de suite pensé au directeur général du Lightning, Julien BriseBois. Dans la catégorie des rendez-vous ratés, que peut-il arriver de pire à un homme de hockey dans la vie? Et dans la catégorie des chutes vertigineuses, est-il seulement possible de tomber de plus haut?

À sa première année à la barre d’une équipe de la LNH, BriseBois se retrouve dans une situation sans précédent.

En saison, sa formation a dominé dans à peu près toutes les catégories statistiques, allant jusqu’à égaler le record de 62 victoires que détenaient les Red Wings depuis le milieu des années 1990. Dans un contexte d’extrême parité et de contraintes attribuables au plafond salarial, cette performance était tout simplement titanesque.

Julien BriseBoisJulien BriseBois Photo : Associated Press / Dirk Shadd

En séries, le rouleau compresseur a fonctionné pendant une seule période : la première. Après 20 minutes de jeu, Tampa Bay dominait sans partage et détenait une avance insurmontable de 3-0 face aux Blue Jackets. La férocité avec laquelle les hommes de John Tortorella ont répliqué à cette gifle a toutefois surpris le Lightning. L’infernal échec avant de Columbus a systématiquement pilonné la défense de Tampa Bay durant les 40 dernières minutes, et le retard de 0-3 s’est transformé en une incroyable victoire de 4-3.

Les détenteurs du trophée des Présidents ne s’en sont jamais remis. Comme si leurs patins de géants avaient été remplis d’argile.

***

Avant le Lightning, depuis la première expansion de 1967-1968, aucune équipe n’avait été victime d’un balayage après avoir bouclé le calendrier au premier rang. En apparence, le massacre que vient de subir cette équipe demande de fortes mesures réparatrices. Mais lesquelles?

Ceux qui prétendent que le Lightning n’a pas été bâti pour s’illustrer dans le style rugueux des séries font fausse route. Depuis cinq ans, à travers la LNH, seuls les Penguins de Pittsburgh et les Capitals ont disputé plus de matchs et remporté plus de victoires que Tampa Bay durant le tournoi éliminatoire.

Qui plus est, le Lightning a pris part à deux finales d'association et à une finale de la Coupe Stanley lors des quatre dernières saisons. Et à l’exception du capitaine Steven Stamkos (âgé de 29 ans), le formidable noyau offensif de l’équipe est encore dans la jeune vingtaine.

Malgré la spectaculaire débandade que vient de subir son équipe, Julien BriseBois se retrouve exactement devant le même dilemme que dans les semaines précédant la date limite des échanges. Comment fait-on pour améliorer une équipe qui n’a pas de failles évidentes?

Vos joueurs ont marqué 319 buts (meilleure attaque) et n’en ont accordé que 221 (7e défense). Vous misiez sur les meilleures unités d’avantage et de désavantage numérique de la ligue. Votre gardien est l’un des meilleurs de la LNH, votre défenseur numéro un est l’actuel détenteur du trophée Norris et vous avez trois marqueurs de 40 buts.

Steven Stamkos l'air dépité devant les joueurs des Blue JacketsSteven Stamkos l'air dépité devant les joueurs des Blue Jackets Photo : Getty Images / Mike Carlson

Une mauvaise semaine efface-t-elle sept mois de quasi-perfection? Et si oui, quelle tête coupez-vous en premier? Bonne chance.

Certains diront que l’entraîneur Jon Cooper mériterait de passer sous la guillotine pour ne pas avoir su réagir à temps. Mais Cooper n’est pas devenu incompétent en une semaine. L’encre du contrat (de plusieurs saisons) qu’on vient de lui accorder n’est d’ailleurs pas encore sèche. Si on le vire, Cooper se trouvera du boulot dans les 48 heures suivantes. Et rien ne garantit que son successeur fera mieux.

Les souliers de Cooper ne sont pas faciles à chausser. Outre Scotty Bowman, il est le seul entraîneur de l’histoire à avoir soutiré 60 victoires d’une équipe dans une saison.

***

Dans les circonstances, céder à la panique ou à la pression populaire serait donc la pire réaction que pourrait avoir Julien BriseBois.

Avec sagesse, peut-être devrait-il s’inspirer de la ligne de conduite adoptée par la haute direction des Bruins de Boston après leur humiliante élimination aux mains des Flyers de Philadelphie en 2010.

Les Bruins détenaient une avance de trois victoires à zéro dans cette mémorable série. Les Flyers avaient toutefois renversé la vapeur en remportant les trois matchs suivants. La septième partie était disputée à Boston, et les Bruins semblaient avoir définitivement stoppé l’hémorragie et réglé la question en se forgeant rapidement une avance de 3-0.

Les Flyers ont toutefois réduit cette priorité à deux buts à la fin du premier vingt. Puis, dès le début du deuxième engagement, Scott Hartnell a complété des manoeuvres de Daniel Brière et de Ville Leino pour réduire l’écart à un seul filet.

Dans sa biographie intitulée Mister Playoffs, Brière raconte la suite : « À partir de ce moment, le match a complètement changé. Je n’avais jamais été témoin d’une réaction collective semblable au cours d’un match. C’était comme si les Bruins avaient soudainement peur de se retrouver en possession de la rondelle. Je me rappelle particulièrement de bons joueurs comme Zdeno Chara et Dennis Wideman, pourtant reconnus pour gérer la rondelle efficacement, qui semblaient pris de panique et qui ne voulaient pas se retrouver en possession du disque.

« C’était étrange. Malgré l’importance du match que nous étions en train de disputer, j’essayais de prendre des notes. Et je me disais que si je devais un jour me retrouver dans la même position que les Bruins, il me faudrait absolument réagir différemment. Ils étaient littéralement paralysés par la pression. Six minutes après le but de Hartnell, nous avons égalé la marque 3-3. »

Les Flyers ont finalement éliminé les Bruins. Ils se sont par la suite rendus jusqu’en finale.

Connaissant le tempérament bouillant du président des Bruins, Cam Neely, la tentation de procéder à des changements majeurs a sans doute été extrêmement forte. Et non sans raison : ça faisait trois années de suite que son équipe s’inclinait dans un septième match.

Dans le monde du hockey, personne ne se serait étonné que Claude Julien perde son emploi après un effondrement pareil. Or, le DG Peter Chiarelli a plutôt opté pour la confiance et la patience. Il a en été récompensé au centuple puisqu’un an plus tard, en 2011, les Bruins ont remporté la Coupe. Puis en 2013, cette conquête a été suivie d’une autre participation à la grande finale.

***

L’histoire du sport, toutes disciplines et toutes catégories confondues, est remplie de récits de victoires remportées par des athlètes ou des équipes négligés contre des adversaires largement favoris ou considérés comme étant invincibles.

Une bande de collégiens a déjà vaincu l’Armée rouge aux Jeux olympiques d’hiver. Lafleur a déjà été censé mettre Gretzky dans sa petite poche arrière. Jaroslav Halak a déjà éliminé les puissantes attaques des Capitals et des Penguins. Alouette!

En ce sens, la débandade du Lightning n’est pas très originale. Leur piédestal était juste un peu plus haut que les autres.

La plupart du temps, le sport s’explique logiquement avec des statistiques, des reprises au super ralenti, des graphiques ou des statistiques avancées. C’est très réconfortant.

En d’autres occasions, la seule explication qui tienne, c’est que l’adversaire était trop fort à un moment précis et que « shit happens », comme disait Forest Gump.

Les dirigeants et les joueurs du Lightning sont les derniers en lice à pouvoir en témoigner.

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