•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
chronique

Gênante confusion au Championnat du monde de hockey féminin

Les Américaines avec leur médaille d'or
Les Américains ont décroché un cinquième titre de suite. Photo: Getty Images / AFP/Mikko Stig
Martin Leclerc

BILLET - Quel gâchis! Comment un Championnat mondial de hockey peut-il se terminer dans une confusion pareille? Comment a-t-on pu priver les Finlandaises de leur miracle sur glace?

Devant des Américaines médusées, l’attaquante finlandaise Petra Nieminen a secoué les cordages après 11 minutes de jeu en prolongation, dimanche, croyant ainsi avoir concrétisé une victoire de 2-1, et surtout, la plus grande surprise de l’histoire du hockey international féminin.

Les Finlandaises, qui disputaient cette finale historique devant leur public (une foule survoltée), ont aussitôt enjambé la bande pour se ruer vers leur héroïque gardienne Noora Raty, qui venait de résister à un bombardement de près de 50 tirs. L’exploit n’était pas banal. Aucun pays européen n’avait encore participé à la finale du Championnat mondial féminin. Et la Finlande, croyait-on, venait de battre les championnes olympiques en titre et l’équipe ayant remporté sept des huit tournois précédents.

Les célébrations allaient bon train. Le compte Twitter de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) en a même diffusé des images, ainsi commentées : « Finland @leijonat ARE YOUR #WomensWorlds CHAMPIONS!!!! »

Les joueuses lèvent les bras en triomphe.Les Finlandaises pensaient avoir gagné le match en prolongation. Photo : Getty Images / AFP/Mikko Stig

Sauf que le juge vidéo en devoir pour la finale, après d’interminables délibérations, a décidé que le but devait être refusé. Et ce qui est absolument rocambolesque, c’est qu’il a fallu contourner les règlements pour justifier cette décision.

***

La séquence s’est déroulée ainsi :

  • a) La capitaine finlandaise Jenni Hiirikoski a percé la défense américaine à pleine vitesse, ce qui lui a permis de décocher un tir à bout portant et de bénéficier d’une excellence chance de marquer.
  • b) En réalisant l’arrêt, la gardienne américaine Alex Rigsby a accordé un long retour tout en étant déportée vers la gauche, à l’extérieur de son demi-cercle.
  • c) Poursuivant sa course pour tenter de récupérer la rondelle, Hiirikoski est entrée en contact avec Rigsby, éloignant ainsi davantage la gardienne de son filet. Postée tout près de la scène, jugeant que la gardienne américaine venait de faire trébucher Hiirikoski, une arbitre a levé le bras pour annoncer une pénalité.
  • d) Dans la même fraction de seconde, Petra Nieminen s’est emparée du retour et a logé la rondelle dans le filet.

Le jugement de l’arbitre s’appuyait sur les règles de l'IIHF spécifiques au gardien, notamment l’article 185 iii, qui prévoit : « Un attaquant entrant accidentellement en contact avec un gardien se trouvant à l’extérieur de son demi-cercle alors que les deux tentent de prendre possession de la rondelle ne sera pas pénalisé. Si un but est marqué à ce moment, il sera valide. »

Le juge vidéo s’est plutôt appuyé sur la règle 186 v, qui dit : « Un attaquant qui entre en contact de façon non accidentelle avec un gardien se trouvant hors de son demi-cercle durant le jeu, ou qui empêche le gardien de jouer sa position adéquatement, se verra décerner une pénalité mineure pour obstruction. Si un but est marqué à ce moment, il sera refusé. »

L'IIHF refuse le but de la Finlande en prolongation.Petra Nieminen marque pendant la période supplémentaire. Sur la même séquence, juste avant le but, une joueuse finlandaise entre en contact avec la gardienne américaine Alex Rigsby. Photo : The Associated Press / Mikko Stig

***

Imaginez un peu le bordel!

Le juge vidéo, dont le mandat consiste essentiellement à constater des faits et qui n’a en principe pas le pouvoir de décerner des pénalités, a substitué son jugement à celui de l’arbitre postée sur la patinoire.

L’arbitre a jugé que le contact était non intentionnel de la part de l’attaquante finlandaise et que la gardienne l’avait fait trébucher pour l’empêcher de rejoindre la rondelle. Le juge vidéo a opté pour une interprétation totalement inverse, à savoir que le contact n’était pas accidentel et que c’était l’attaquante qui devait être punie.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ni l’une ni l’autre des solutions n’a été appliquée! Le but a été refusé aux Finlandaises, mais la gardienne Rigsby a tout de même été punie. Une vraie maison de fous.

Les Finlandaises ont ensuite été incapables de profiter de leur avantage numérique, et le match s’est soldé par une victoire des États-Unis en tirs de barrage.

Les joueuses finlandaises dépitéesLes joueuses finlandaises dépitées au banc Photo : Getty Images / AFP/Mikko Stig

« Je maintiens que nous avons remporté ce match », me disait lundi matin la directrice générale de l’équipe finlandaise, Tuula Puputti. Cette dernière est elle-même une ancienne gardienne de l’équipe nationale finlandaise. Durant sa carrière d’athlète, elle a notamment remporté quatre médailles de bronze.

« Nous avons demandé à la IIHF la permission de loger un protêt et on nous a dit que ce n’était pas possible. Nous avons ensuite eu droit à une rencontre avec le président René Fasel et les responsables de l’arbitrage, qui nous ont expliqué le quiproquo. Nous sommes d’avis que c’est le jugement et la décision réglementaire de l’arbitre qui aurait dû prévaloir », soutient Tuula Puputti.

***

Cette invraisemblable conclusion du Championnat mondial féminin laisse un goût amer aux organisateurs et aux supporteurs finlandais. Mais elle ne doit pas faire oublier la spectaculaire révolution à laquelle on a assisté au cours de la dernière semaine.

Avant de croiser le fer avec les Américaines en finale, les Finlandaises avaient triomphé du Canada au compte de 4-2 en demi-finales. Ces résultats laissent croire que le grand jour est arrivé et que le hockey féminin ne sera bientôt plus un sport où les deux mêmes pays, le Canada et les États-Unis, se disputeront continuellement les grands honneurs.

« Les résultats de ce Championnat mondial ne sont pas survenus accidentellement. Nos joueuses sont désormais capables de patiner avec les Canadiennes et les Américaines », souligne Tuula Puputti.

Avec ses programmes féminins, la Fédération finlandaise semble par ailleurs être en voie de répéter le même genre d’exploits qu’avec ses équipes nationales masculines. Pour parvenir à rivaliser avec les grandes nations de hockey malgré un bassin de joueurs de plus petite taille que celui du Québec, la Finlande a décidé de miser sur la qualité de l’enseignement. Et elle a ainsi remporté trois des six derniers Championnats du monde juniors masculins.

« Nous n’avons que 4000 hockeyeuses en Finlande (comparativement à près de 7000 au Québec). Dans notre pays, le hockey est encore trop perçu comme un sport réservé aux garçons. Mais nous espérons que les exploits de nos équipes nationales féminines donneront envie à plus de filles de pratiquer le hockey. Nous faisons aussi un effort de sensibilisation auprès des parents », explique Tuula Puputti.

« Nous tentons de fournir à nos joueuses un environnement optimal pour se préparer et se développer. Dès l’âge du secondaire, nos meilleures joueuses sont regroupées au sein d’une équipe centrale. Et depuis l’an dernier, nos joueuses de l’équipe nationale bénéficient d’une aide financière annuelle de 10 000 euros (environ 15 000 $ CA) de la part du gouvernement. Elles peuvent désormais se consacrer encore plus pleinement à leur sport.

« Notre prochain défi consistera à mettre sur pied une ligue solide pour offrir à nos joueuses une meilleure qualité de vie. Présentement, la moitié de nos joueuses d’élite jouent en Suède, tandis que l’autre moitié joue au Canada (Ligue canadienne de hockey féminin) ou aux États-Unis (Ligue nationale de hockey féminin) », ajoute-t-elle.

Les dirigeants de Hockey Canada devraient prendre bonne note de ce qui est en train de se produire outre-mer. Dans un univers où l’on ne retrouvait que deux équipes compétitives, le hockey féminin a clairement été relégué au second rang au cours des 10 dernières années. Voilà maintenant que la Finlande s’immisce dans le portrait.

Hockey féminin

Sports