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Le succès, une douce revanche contre l'intimidation pour Aurélie Rivard

Elle essuie ses larmes après avoir remporté la médaille d'argent au 200 m paralympique aux Jeux du Commonwealth en 2018.

Aurélie Rivard

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Radio-Canada

La nageuse canadienne Aurélie Rivard, quintuple médaillée aux Jeux paralympiques, a été victime d'intimidation à cause de son handicap à l'adolescence et a déjà pensé abandonner son sport.

D'après un texte de Teddy Katz, de CBC Sports

Aux essais canadiens pour les Championnats du monde, la semaine dernière à Toronto, Aurélie Rivard a ajouté trois autres médailles d'or à sa collection déjà impressionnante. La Québécoise de 22 ans est en appétit à un peu plus d'un an des Jeux paralympiques de Tokyo de 2020, où elle a trois titres à défendre.

La native de Saint-Jean-sur-Richelieu a aussi cet ambitieux objectif : se rapprocher des temps des nageuses olympiques.

Derrière ses récents faits d'armes et son sourire en apparence imperturbable, elle admet toutefois qu'elle est aujourd'hui une personne bien différente qu'à l'adolescence.

« J'ai voulu complètement renoncer à la natation, admet-elle. J'avais fini de nager. Je pensais que ça n'en valait plus la peine. Oh mon Dieu! Je n'aime pas en parler… »

Rivard souhaite partager son histoire pour que cela puisse en aider d’autres.

« J'ai appris à aimer la natation parce qu'à l’époque, j'avais beaucoup de problèmes de santé mentale », confie-t-elle.

La piscine était devenue son refuge.

Dans la piscine, c'était le seul endroit où je me sentais à l'aise. Pas différente, pas handicapée. Je me sentais aussi rapide que les autres enfants qui avaient deux mains.

Aurélie Rivard

Aurélie Rivard est née avec une main gauche sous-développée. Cela ne l’empêche pas de s’entraîner avec des nageurs qui n’ont pas de handicap, comme sa soeur jumelle Charlotte, et de continuellement tenter de les battre.

Charlotte Rivard dit n’avoir jamais pensé à la main de sa sœur jusqu’à ce que d’autres enfants commencent à s’en moquer.

« Les enfants ne traitent pas bien les différences. Ç'a été une réelle prise de conscience », explique-t-elle.

Elle s'apprête à toucher le mur.

Aurélie Rivard

Photo : Getty Images / Hagen Hopkins

« Handicapée et différente »

Aurélie Rivard se souvient du moment où les choses ont commencé à changer.

« En grandissant, je me disais que certaines personnes ont les cheveux bruns, que d’autres ont les yeux bleus et que ma main était simplement faite comme ça. Je pensais que c'était un trait physique, sans savoir que j'avais un handicap, raconte-t-elle. J'ai seulement commencé à m’en rendre compte quand j'avais 12 ans et que certaines personnes ont commencé à me faire sentir comme telle : handicapée et différente. »

C'est à l’époque où les sœurs jumelles et meilleures amies sont séparées pour la toute première fois. Aurélie prend la décision de s’inscrire dans une école de sport spécialisée pour pouvoir s'entraîner plus sérieusement à la natation.

C'est à ce moment que ses problèmes ont pris de l’ampleur, dit sa sœur.

« Je ne comprenais pas pourquoi c’était une raison de se faire intimider ou se faire rejeter, ajoute-t-elle à propos du handicap de sa soeur. C'est un être humain. Elle est brillante. Elle est belle. Je ne comprenais pas pourquoi elle pouvait être rejetée pour une main. »

Essayant tant bien que mal de s'intégrer aux autres adolescents, Aurélie restait timide, manquait de confiance en elle et se trouvait vulnérable.

Je ne savais pas à quel point les gens pouvaient être méchants... Ils m'ont jeté de la nourriture. Ils m'ont insultée.

Aurélie Rivard

Cette année-là, le premier cours de gymnastique a été particulièrement difficile pour Aurélie.

« Nous jouions au soccer et ma sœur et moi étions vraiment bonnes, raconte-t-elle. Il y avait deux capitaines et ils devaient choisir les membres de leur équipe respective. Et ils ne m'ont pas choisie. Ils ont commencé à jouer sans moi alors que j'étais encore assise sur le banc. Alors, je suis partie en pleurant. »

Le traitement n'était pas meilleur à la piscine. Les autres nageurs la traitaient de « prune », un fruit qu’ils disaient détester.

C’est alors qu'Aurélie Rivard a commencé à cacher sa main gauche à l'intérieur de ses vêtements, espérant que les insultes cessent. Elle dit aussi avoir souffert d'anxiété et d'attaques de panique.

Les choses ont basculé le jour où l’un de ses coéquipiers lui a jeté une bouteille d'eau glacée. À bout, Rivard s'est retournée et lui a renvoyé l'eau au visage.

C’est ce qui a mis fin à l'intimidation. J’ai décidé de me lever une fois pour toutes, pour moi et parce que j’étais résolue à ne pas finir mon secondaire ni passer le reste de ma vie à me sentir comme ça. Ce jour a changé ma vie.

Aurélie Rivard

« La meilleure des revanches »

Deux ans plus tard, en 2012, Aurélie Rivard remportait une médaille d’argent surprise aux Jeux paralympiques de Londres, à 16 ans.

Aurélie Rivard

Aurélie Rivard

Photo : Getty Images / Friedemann Vogel

Sa sœur Charlotte était présente pour voir son exploit.

« Nous avons toutes les deux pensé à la même chose. Nous avons pensé à tous ceux et celles qui l’ont fait se sentir comme une moins que rien, raconte Charlotte Rivard. En fait, c'était bien parce que quand nous sommes revenus à l'école après les Jeux de Londres, tout le monde l’a applaudie. Je pense que c'était la meilleure des revanches. »

« Je n'ai pas parlé [de l'intimidation que j'ai vécue] pendant des années parce que j'étais gênée. Mais je me rends compte qu'il y a tellement de gens qui traversent aussi cette rude épreuve », mentionne Aurélie Rivard.

La nageuse a d’ailleurs ce message pour les jeunes aux prises avec des problèmes de santé mentale ou d'intimidation : « Soyez égoïste! Ne laissez personne s'interposer entre vous et vos rêves. »

Aurélie Rivard

Aurélie Rivard

Photo : Facebook/Comité paralympique canadien

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