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« On ne se conte pas d’histoires » - Julien BriseBois

Julien BriseBois

Julien BriseBois

Photo : Associated Press / Dirk Shadd

Alexandre Gascon

Beaucoup d'encre a coulé pour analyser l'extraordinaire saison du Lightning de Tampa Bay depuis quelques semaines. Si d'aventure leurs séries éliminatoires tournaient mal, ce n'est pas à l'histoire que passera cette équipe, mais au rancart. Et Julien BriseBois en est parfaitement conscient.

Qu'est-ce qu’un trophée des Présidents si l'on ne peut pas le supplanter par une coupe Stanley?

Au cours des 16 dernières années, seules deux équipes ont réussi le doublé : les Red Wings de Détroit en 2008 et les Devils du New Jersey en 2003.

Autrement dit, s’assurer du titre de la LNH n’offre aucune garantie. Et pour cause.

« Il ne faut pas se conter d’histoires. Remporter la première ronde ne sera pas une tâche facile », lance Julien BriseBois, le directeur général du Lightning, à l’autre bout du fil.

À sa décharge, au moment de l’entretien, le DG ignorait encore l’identité de son adversaire au premier tour, le choix oscillant entre la Caroline, Columbus ou Montréal, mais il est permis de croire qu’il n’est guère enchanté de se mesurer aux Blue Jackets.

De l’aveu général, les Capitals de Washington ont eu raison du Lightning l’an dernier à grands coups d’épaule. Du jeu robuste, physique, qui aurait déstabilisé les petits attaquants floridiens.

Or, les Jackets, le CH en a eu un aperçu le 28 mars lors du match pivot de sa saison, savent jouer du coude.

« À toutes les séries, il faut s’attendre à du jeu robuste. Ç’a été le cas contre les Devils et les Bruins l’an dernier. Ultimement non, ce n’est pas pour ça qu’on a perdu contre les Capitals », estime BriseBois.

Les chiffres appuient sa théorie. Les Capitals ont distribué 218 mises en échec durant le duel en 7 matchs et le Lightning, 192.

Braden Holtby, des Capitals de Washington, stoppe un lancer de Brayden Point, du Lightning de Tampay Bay, lors de la partie du 23 mai en Floride.

Les Capitals de Washington l'ont emporté contre le Lightning de Tampa Bay au terme d'un septième affrontement en séries, le 23 mai.

Photo : Getty Images / Mike Ehrmann

Six fois sur sept, l’équipe qui en a donné le plus grand nombre a plié l’échine. Évidemment, lorsqu’on contrôle la rondelle, nul besoin de faire parler ses épaules.

BriseBois, confiant, n’a apporté aucune modification à son équipe à la date limite des échanges. Le coup d’éclat était survenu un an auparavant, lorsque le Québécois était toujours l’adjoint de Steve Yzerman, et que le Lightning avait mis la main sur Ryan McDonagh et J.T. Miller.

Un échange qui a surtout porté ses fruits cette saison.

Un noyau mûr

Bien souvent, un directeur général qui arrive en poste se trouve devant un champ de ruines ou, du moins, devant un édifice aux fondations instables.

BriseBois a hérité d’une machine de guerre bien huilée. Il assure malgré tout ne pas ressentir une pression particulière de gagner dès maintenant. La pression vient avec le boulot tout simplement, dit-il.

« Difficile d’avoir une saison plus agréable. Les joueurs se sont présentés tous les matchs. Même quand on concédait l’avance, on avait la confiance pour revenir. Et souvent, on l’a fait. On n’a pas eu de dossiers problématiques. On a rendu la vie facile au DG », fait valoir le patron du Lightning.

Les incroyables statistiques compilées par cette formation historique ont été ressassées maintes fois. Le collègue Michel Chabot les a fort bien colligées d’ailleurs.

L’une d’entre elles ressort toutefois du lot.

Lorsqu’il est mené après deux périodes, le Lightning joue pour ,429 (9-12-0). Un record pour une saison de 82 matchs.

Pas de doutes, cette formation extrêmement talentueuse semble être arrivée à maturité. L’équipe a atteint une finale de la Coupe Stanley et deux finales d’Association au cours des quatre dernières années.

Une croissance patiente qui a commencé contre le Tricolore en 2014 et qu’aimerait bien imiter Marc Bergevin si l’on se fie à son bilan de fin de saison.

« En 2014, on était verts, pas mûrs pour connaître du succès en séries et c’était évident dans cette série contre le Canadien, se souvient l’ancien membre de l’organisation du CH. On a appris de cette année-là. Notre noyau est dans la jeune vingtaine maintenant, sauf (Steven) Stamkos et (Alex) Killorn qui ont 29 ans, mais on a beaucoup d’expérience. C’est un bagage qui, j’espère, va leur servir. »

La rotation

À l’exception de Victor Hedman et de Ryan McDonagh, tous les défenseurs du Lightning ont dû se soumettre à une rotation à cinq.

À tour de rôle, les arrières visitaient la galerie de presse, y compris un vétéran comme Anton Stralman.

Victor Hedman donne la victoire au Lightning en prolongation.

Victor Hedman donne la victoire au Lightning en prolongation.

Photo : Getty Images / Al Bello

En février, Mikhail Sergachev confiait être un brin agacé par la formule, mais ne pouvait que constater les résultats, implacables.

« J’espère qu’ils vont être récompensés dans les prochaines semaines parce que nos joueurs ont fait preuve de beaucoup d’abnégation. La rotation à cinq défenseurs a commencé au début décembre quand Hedman est revenu de blessure. On avait dit à nos gars qu’on procédait comme ça pour l’instant et qu’on allait réévaluer ça à Noël.

« Rendu à Noël, on leur a dit qu’on allait continuer jusqu’au match des étoiles… et après jusqu’à la date limite et, finalement, un autre défenseur s’est blessé. »

Cette façon de faire hétérodoxe aura peut-être permis à certains joueurs de conserver un peu d’énergie en vue du long parcours qui, espèrent-ils, les attend. Une route vers la finale qui pourrait passer par Columbus (13e au classement général), Boston (3e) et Washington (4e).

Hedman sera à son poste pour le premier match de la série, tandis que Stralman se remet toujours d'une blessure non dévoilée.

Tout ce qu’a touché BriseBois jusqu’à présent s’est transformé en or.

Encore cette saison, le Lightning a pu compter sur une injection de talent en provenance de son club-école de Syracuse, la grande responsabilité du DG lorsqu’il était adjoint, et a promu trois recrues (Erik Cernak, Mathieu Joseph et Anthony Cirelli) qui ont déjà obtenu des rôles prépondérants.

Le succès de BriseBois ne sera pas jugé en fonction de ce seul printemps. Mais son équipe est mûre pour un deuxième championnat en 15 ans. Et quelle meilleure façon de couronner sa première saison dans le fauteuil du patron?

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