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chronique

La saison du CH était anormale, et prudemment Bergevin doit la considérer comme telle

Marc Bergevin

Marc Bergevin

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Martin Leclerc

BILLET - Il est assez facile de dresser le bilan de fin de saison d'une équipe sous-performante et de déterminer ses besoins pour l'avenir. Cet exercice peut toutefois s'avérer périlleux quand les résultats collectifs d'une formation surpassent de loin la somme des talents individuels qui la composent. Pour cette raison, le traditionnel bilan de Marc Bergevin risque d'être fort intéressant mardi.

Lorsqu’on analyse les performances du CH cette saison, il est difficile de ne pas y déceler l’immense influence du nouvel entraîneur adjoint Dominique Ducharme. L’ex-entraîneur des Voltigeurs de Drummondville et d’Équipe Canada junior s’est fait confier la supervision des attaquants, à qui il a su inculquer un style de jeu résolument axé sur la vitesse.

Autant le Canadien avait semblé confus et lent la saison dernière, autant son féroce échec avant et l’incessante pression appliquée sur les équipes adverses en zone neutre sont devenus des marques de commerce de l’organisation en 2018-2019.

À la fin du camp, en additionnant la somme des talents individuels, on prédisait que l’attaque allait marquer entre 210 et 220 buts. Or, même après avoir sacrifié Max Pacioretty et Alex Galchenyuk durant l'intersaison, les hommes de Claude Julien en ont plutôt inscrit 246, nombre bon pour le 14e dans la LNH, comparativement à 207 filets durant la saison 2017-2018.

Plus remarquable encore : le Tricolore a présenté la 5e attaque de la ligue à 5 contre 5. Il occupait le 30e rang à ce chapitre l’an passé. Les 188 buts marqués dans cette situation de jeu s’avèrent une amélioration de 58 buts par rapport à la saison précédente. C’est immense.

Bien sûr, les entraîneurs travaillent en collégialité. Mais quand on y regarde de près, on peut arguer que Ducharme a eu sur l’attaque du Canadien le même genre d’effet que Barry Trotz a exercé sur la défense des Islanders de New York, ce qui n’est pas peu dire.

Dominique Ducharme et Claude Julien se serrent la mainAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le nouvel entraîneur adjoint du Canadien, Dominique Ducharme, et l'entraîneur-chef, Claude Julien

Photo : Radio-Canada

***

Dans ce nouvel environnement, neuf joueurs de la formation (presque la moitié de l’équipe) ont égalé ou surpassé la meilleure production offensive de leur carrière. Il s'agit de Tomas Tatar, Phillip Danault, Brendan Gallagher, Max Domi, Andrew Shaw, Jonathan Drouin, Jeff Petry, Brett Kulak et Jordie Benn. C’est hautement inhabituel.

Dans son bilan de fin de saison, le département des statistiques de la LNH révélait d’ailleurs que seulement 20 % des joueurs de la ligue étaient parvenus à surpasser leurs meilleures statistiques offensives en 2018-2019.

Étrangement, pour Marc Bergevin, le noeud du problème se trouve justement dans ses éclatants pics de performance de ses joueurs.

L’équipe a largement été épargnée par les blessures et, soir après soir, les entraîneurs ont soutiré le maximum du groupe qui leur était confié. Ils ont en quelque sorte trait la vache jusqu’au sang. En plus, à compter de la fin de novembre, Carey Price est redevenu un gardien d’élite. Et malgré tout, le CH n’est pas parvenu à se qualifier pour la danse du printemps.

Si le DG tient pour acquis que ces anormalités statistiques constituent une nouvelle norme, sa surprise pourrait être grande la saison prochaine.

En 2012-2013, les Maple Leafs de Toronto se croyaient sortis du bois après avoir signé une saison de 57 points dans un calendrier de 48 matchs. James Reimer affichait un taux d’efficacité de ,924, Nazem Kadri, Cody Franson et Dion Phaneuf connaissaient des succès offensifs inespérés.

La saison suivante, les Leafs se sont réveillés avec 84 points, et leur président Brendan Shanahan a été contraint de mettre en branle le « Shanaplan », une opération de démolition concertée qui leur a permis de mettre la main sur de talentueux choix de repêchage, mais qui ne leur a toujours pas permis de franchir le premier tour éliminatoire.

En 2016-2017, les Oilers ont amassé 103 points et atteint le deuxième tour. On les croyait revenus pour de bon au sein de l’élite de la LNH. Milan Lucic venait d’inscrire 23 buts, Patrick Maroon avait doublé sa production en secouant les cordages 27 fois, et Cam Talbot se comportait comme un mur de briques devant le filet.

Ça fait trois ans. Depuis cette saison magique, les Oilers n’ont jamais été capables d’atteindre le plateau des 80 points.

***

Samedi dernier, dans son point de presse d’après-match (et vraisemblablement son dernier de la saison), Claude Julien disait avoir de la difficulté à trouver précisément ce qui manquait à son équipe pour participer aux séries.

« Il y a plusieurs endroits où l’on pourrait trouver les points qui nous manquent. Nous avons perdu certains matchs en prolongation. L’avantage numérique aurait pu produire davantage et nous avons aussi perdu des matchs contre des équipes occupant le bas du classement », a-t-il fait valoir.

Si Julien avait simplement dit qu’il faudrait injecter un peu plus de talent, il aurait couvert tous les angles.

Depuis son arrivée à la barre du CH il y a sept ans, Marc Bergevin a vécu une effroyable période de sécheresse de son département de recrutement amateur. Il a constamment été contraint de regarnir sa formation en réalisant des échanges, souvent mineurs, pour mettre la main sur des joueurs incapables de se faire une place dans d’autres formations.

Le Tricolore vit au jour le jour depuis des années, dans un monde où Jordan Weal ou Nate Thompson peuvent soudainement devenir des rouages indispensables, et dans un monde où un arrière comme Brett Kulak peut passer instantanément du Rocket de Laval au premier duo de défenseurs. La situation n’était pas différente cette année. À Washington, la semaine dernière, lors du match le plus important de la saison, on ne retrouvait que cinq choix de repêchage du Bleu-blanc-rouge dans la formation. Et parmi eux : Carey Price, qui a été sélectionné il y a 14 ans.

Malgré l'engouement entourant les récents choix de repêchage de l’organisation, on ne peut pas prétendre que la cavalerie est sur le point de débarquer au Centre Bell.

La saison prochaine, Jesperi Kotkaniemi n’aura que 19 ans et sera encore en période d’apprentissage. Idem pour Ryan Poehling, qui vivra sa première campagne dans la LNH. Le défenseur gaucher russe Alex Romanov, arrière par excellence au dernier Championnat mondial junior, a encore une année de contrat à écouler dans la KHL.

Le club-école de Laval a raté les séries pour la septième fois en huit ans. Et en commentant l’exclusion de son équipe, Joël Bouchard a présenté le manque de potentiel de ses joueurs comme l’une des principales raisons pour expliquer cette situation.

Bref, compte tenu des attentes peu élevées, le CH vient de connaître une excellente saison. Mais Marc Bergevin n’est pas dans le trèfle jusqu’aux genoux. Loin de là.

Son organisation est maintenant en équilibre sur le mince fil qui sépare les équipes participant aux séries du néant. Après trois exclusions des séries en quatre ans, souhaitons-lui de prendre les moyens pour tomber du bon côté.

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