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Financer des podiums, mais à quel prix?

Alex Harvey a conquis le public de Québec pour une dernière fois, dimanche, en terminant deuxième du 15 kilomètres en style libre.
Comment se portera le ski de fond canadien sans Alex Harvey et le financement qu'il amenait à sa fédération? Photo: Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf
Robert Frosi

De grands noms du sport canadien ont récemment pris leur retraite, comme Erik Guay en ski alpin et Alex Harvey en ski de fond. Ces départs sont souvent synonymes de coupes dans le financement des fédérations et suivis d'une longue traversée du désert. Les subventions existent, mais essentiellement pour les sports susceptibles de rapporter des médailles olympiques et paralympiques. Une politique qui est de plus en plus contestée.

Au Canada, un athlète de haut niveau reçoit une bourse maximale de 28 000 $ de Sport Canada à condition de figurer parmi les 16 meilleurs au monde dans sa discipline. Seulement voilà, pour y arriver, il faut du financement. Patrimoine Canada a mis sur pied il y a 10 ans le programme À nous le podium. L'idée paraissait simple : financer les sports ayant un potentiel de médailles.

Selon Dominick Gauthier, ancien athlète olympique en bosses et fondateur de l'organisme privé B2dix, qui vient en aide aux athlètes, il va falloir repenser cette politique.

« La responsabilité d'À nous le podium est trop grande, soutient-il. La conséquence, c'est que quand un athlète quitte, il ne reste plus rien. Je pense qu'il faudrait trouver un compromis idéal pour tout le monde et qui assurerait une pérennité sportive au Canada. Au-delà de juste avoir une pérennité des médailles qu'on essaye de pourchasser d'un cycle olympique à l'autre. »

Si on continue à ne financer que les sports qui peuvent rapporter des médailles olympiques ou paralympiques, que va-t-il arriver à ceux qui perdent leurs athlètes de pointe quand ceux-ci décident de prendre leur retraite? La question mérite d'être posée.

Erik Guay pense qu'on devrait revoir cette politique, car il y a trop d'argent au sommet de la pyramide et pas assez pour assurer la relève, selon lui.

« J'ai vu souvent dans ma carrière l'argent qui rentre, puis qui sort. Ce n'est pas la bonne façon de le dépenser, dit-il. En fait, c'est du gaspillage. »

Je trouve que la manière dont on finance le sport est mal faite. Année après année, on perd souvent nos meilleurs entraîneurs, qui s'en vont vers l'Europe parce qu'ils payent, là-bas. Comment peut-on fidéliser un entraîneur si d’une année à l’autre on ne connaît pas notre financement? À un moment donné, il va falloir arrêter cela, car si on veut avancer, il faut garder les meilleurs au Québec et au Canada.

Erik Guay
Erik Guay en entrevue avec Radio-Canada SportsErik Guay est maintenant à la retraite depuis quatre mois. Photo : Radio-Canada

Alex Harvey est lui aussi est inquiet.

« C'est certain que c'est inquiétant », a-t-il confié le week-end dernier, où il a mis fin à sa carrière avec deux podiums aux finales de la Coupe du monde, à Québec. « En ce moment, il y a plusieurs personnes qui ont de très bonnes idées pour le développement, mais ça va prendre des fonds. Il va falloir être patient.

« On a des skieurs très prometteurs, mais ils ne vont peut-être pas aller aux prochains Jeux olympiques. Si par magie ils y vont, ce ne sera pas pour un podium. La façon dont le système fonctionne, c'est difficile. C'est difficile de prévoir les budgets plus qu'un an à l'avance, car tu ne peux faire aucune prédiction. »

On sait déjà que l’année prochaine, on devra faire plus de camps d’entraînement chez nous et oublier l’Europe. On devra aussi cibler les Coupes du monde qui rapportent plus de points, car c’est certain qu’on aura moins de fonds pour payer tout cela. Il va falloir être imaginatif. Ce n'est vraiment pas idéal comme scénario.

Alex Harvey
Alex Harvey boit du champagne à la bouteille devant la foule. Alex Harvey a pris soin de célébrer le dernier podium de sa carrière avec les spectateurs réunis sur les plaines d'Abraham, dimanche. Photo : Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf

Au-delà du financement ciblé

En 2016, le ministère du Patrimoine a commandé un rapport à la firme Goss Gilroy « pour vérifier si les investissements des Canadiens dans le sport de haut niveau permettaient aux athlètes pratiquant des sports olympiques et paralympiques de tendre vers le podium », peut-on lire dans un document intitulé Examen de l’approche d’excellence ciblée de Sport Canada.

Dans ses principales constatations rendues publiques en 2017, on apprend qu’« il n'y a pas un fort consensus au sujet de l'efficacité de l'approche de l'excellence ciblée ».

On parle d'athlètes laissés pour compte. On explique aussi que dans certains sports, il n'est pas rare que des athlètes sortent de 10 000 $ à 50 000 $ de leur poche par année pour se financer et participer à des compétitions internationales.

« Le Canada doit soutenir le développement du système sportif de haut niveau dans tous les sports olympiques et paralympiques, et ne pas s'en tenir aux sports et aux athlètes reconnus comme pouvant remporter des médailles aux Jeux. Les médailles seront toujours importantes pour le Canada, mais ce n'est pas l'unique mesure du succès », précise le ministère du Patrimoine dans ses principales recommandations.

Malgré celles-ci, est-ce que les choses vont changer? Pas vraiment, à la lumière des prévisions de financement du programme À nous le podium. Pour les prochains Jeux d'hiver, à Pékin en 2022, certaines fédérations risquent de s'inquiéter. Avec le départ d'Alex Harvey, le financement du ski de fond canadien va par exemple passer à 500 000 $, loin des 5 millions de dollars qu’il avait pour le cycle olympique des Jeux de Sotchi, en 2014.

Le financement du ski alpin, en route vers les JO 2022, sera réduit de 80 %, suivant les recommandations d’À nous le podium.

Nous avons demandé une entrevue à Mélanie Joly, ministre du Patrimoine au moment de ce rapport commandé en 2016, mais nous n'avons obtenu aucune réponse.

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