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Alex Harvey dans l'oeil de son grand frère Devon Kershaw

Devon Kershaw et Alex Harvey lors des Championnats du monde de ski de fond en 2011 à Oslo, en Norvège.
Devon Kershaw et Alex Harvey lors des Championnats du monde de ski de fond en 2011 à Oslo, en Norvège. Photo: Getty Images / Christof Koepsel
Radio-Canada

Devon Kershaw a été le grand frère d'Alex Harvey. Il lui a appris les ficelles du métier quand le jeune homme de Saint-Ferréol-les-Neiges, encore junior, a atteint le circuit de la Coupe du monde. Il a aujourd'hui du mal à croire que son petit frère a mis un terme à sa grande carrière.

Parmi les raisons qui ont poussé Alex Harvey à la retraite, il y a le fait qu'il a perdu ses bons amis, ses coéquipiers avec qui il a travaillé et voyagé partout dans le monde.

Le premier de ses complices auxquels on pense, c'est Devon Kershaw, aujourd'hui âgé de 36 ans, qui a pris sa retraite après les Jeux olympiques de 2018. Ils ont été partenaires d'entraînement et cochambreurs pendant 12 ans.

Leur collaboration a connu un tournant en 2011, à Oslo, en Norvège, quand ils ont remporté le titre mondial dans l'épreuve de sprint par équipe.

Joint par CBC, Devon Kershaw est revenu sur la relation privilégiée qu'il a eue avec Alex Harvey dès les premiers moments.

« La première fois que je l’ai croisé, c’était à une Coupe du monde, rappelle Devon Kershaw. Il était encore junior. L’entraîneur m’a dit que je devais montrer les ficelles du métier à ce jeune junior. Et j’ai pensé : "Oh, non!" Mais après cinq minutes, j’ai vu à quel point c’était un bon gars. Il était curieux, il avait un bon sens de l’humour, et ça a cliqué tout de suite. »

La carrière de Devon Kershaw en Coupe du monde a duré 15 ans, de 2004 à 2018. Il a pris sa retraite le 2 mai 2018, après avoir participé à quatre Jeux olympiques et remporté 14 médailles dans des épreuves de Coupe du monde.

Tout au long de sa carrière, il a pu apprécier les qualités de son cochambreur.

« J’ai passé tellement de temps avec lui… Il est un de mes meilleurs amis », confie Kershaw au sujet d'Alex Harvey.

Nous avons été cochambreurs dans 95 % de ma carrière. C’est très difficile de trouver les bons mots, tant il a compté pour moi. Je me sens privilégié de l’avoir rencontré, et d’avoir partagé tout ce temps avec lui. On a partagé tellement, tous les deux.

Devon Kershaw
Alex HarveyAlex Harvey Photo : Getty Images / Matthias Hangst

« Il est aussi un excellent partenaire d’entraînement, il est toujours resté très professionnel. Il a travaillé très fort à l’entraînement pour réussir, il a travaillé à un niveau incroyablement élevé depuis qu’il a 16 ans.

« Beaucoup plus que moi, admet candidement Kershaw en riant.

« Avec toujours cette étincelle dans les yeux, en voulant toujours passer du bon temps en pratiquant son sport, fait-il remarquer. En dehors des pistes aussi, on a eu de grandes conversations partout où on allait à travers le monde. »

Un moment magique en 2011

C'est pour cela que Devon Kershaw retient bien plus que les résultats de leur complicité.

« Le plus beau moment en piste que je garde en mémoire, c’est quand on a remporté le titre mondial par équipe en 2011.

« On avait fait de bons résultats en 2010, mais sans gagner de médaille, rappelle-t-il. Et en 2011, on était tellement en symbiose, tellement motivés, et on est allés gagner notre médaille d’or en Norvège, la Mecque du ski de fond. »

ADevon Kershaw et Alex HarveyDevon Kershaw et Alex Harvey Photo : Associated Press / Matthias Schrader

Un homme de convictions

Devon Kershaw a également été marqué par le fait qu'Alex Harvey soit aussi honnête dans ses opinions, quitte à se le faire reprocher.

« Il a toujours dit ce qu’il pensait, il avait des convictions et s’y tenait. Je le respecte énormément pour ça », lance-t-il.

Notamment en ce qui concerne le dopage, Alex Harvey a toujours été virulent envers les tricheurs. À ce sujet, Devon Kershaw s'est forgé une idée.

« Sur la question du dopage, oui, le ski de fond a du chemin à faire, mais toutes les sphères de la société ont du chemin à faire pour qu’on en arrive à la société idéale.

« Je ne suis pas certain qu’on puisse éliminer les tricheurs dans le sport, pas juste le dopage, affirme l'ancien fondeur. Il y a des choses à faire qui ne seraient pas compliquées à faire pour faire de plus grands pas qu’on en fait maintenant.

« Certains présidents dans des organisations de sport sont en poste pendant 20 ans, 30 ans. Si le Canada avait un premier ministre pendant 40 ans, avec tous les pouvoirs, seriez-vous étonné qu’il y ait de la corruption? demande Kershaw. Il y a beaucoup de changements structurels à faire dans le sport, et ce serait bien qu’on commence à le faire. »

« Je ne le croyais pas »

Alex Harvey a donc apporté beaucoup à son cochambreur, et l'a surpris souvent. Jusqu'à la fin, car Kershaw ne voulait pas croire que Harvey allait prendre sa retraite.

« Il m’a dit plusieurs fois que la saison 2019 serait sa dernière, mais je ne le croyais pas, et on riait à ce sujet, raconte Kershaw.

« C’est vrai que je suis étonné qu’il prenne sa retraite, car il est tellement bon. Il lui en reste plus qu’on pense pour un athlète de 30 ans. Mais les gens doivent réaliser que pour un fondeur canadien, c’est une vie de voyages, mentionne Kershaw. Nous quittons le pays en novembre et nous revenons à la fin mars. »

Il a poussé son corps et son esprit depuis longtemps, et il va se marier cet été. C’était le bon moment de tirer sa révérence et de commencer un nouveau chapitre de sa vie.

Devon Kershaw

Devon Kershaw est émerveillé par les dernières lignes qu'Alex Harvey a écrites pour le chapitre qu'il vient de terminer. Avec ses deux podiums à Québec en conclusion de la saison.

« La réalité est qu’il a eu une saison difficile. Il a souffert dans les courses de style classique. Alors, qu’il réussisse à faire ce qu’il a fait sur les plaines d’Abraham, devant son public, ses amis et sa famille, c’est la plus belle façon pour un grand athlète de terminer sa carrière, reconnaît-il. L’effort est tellement intense qu’il devait être très heureux de terminer la course avec ce résultat incroyable.

Johannes Klaebo regarde la bataille pour la 2e place entre Alex Harvey et Alexander Bolshunov dans la poursuite de 15 km à Québec.Johannes Klaebo regarde la bataille pour la 2e place entre Alex Harvey et Alexander Bolshunov dans la poursuite de 15 km à Québec. Photo : Getty Images / MARTIN OUELLET-DIOTTE

« Sachant que sa carrière prenait fin ce week-end, vous pouvez imaginer tous les souvenirs dans sa tête et les émotions qu’il a dû ressentir en croisant la ligne d’arrivée. C’était clairement très émouvant pour lui », explique-t-il.

Alex Harvey a conquis le public de Québec pour une dernière fois, dimanche, en terminant 2e du 15 kilomètres en style libre. Alex Harvey a conquis le public de Québec pour une dernière fois, dimanche, en terminant deuxième du 15 kilomètres en style libre. Photo : Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf

« Il est notre Michael Jordan »

Après Alex Harvey, le néant? Le ski de fond canadien aura du mal à se remettre de son départ.

Dans les résultats au niveau international, sur le plan budgétaire dans le financement accordé au sport, le temps que les jeunes que ses dernières performances auront inspirés le remplacent sur les parcours de la Coupe du monde.

« C’est simple, il est le meilleur skieur de fond que le Canada ait connu en plus de 100 ans d’histoire. Il est notre Michael Jordan du ski de fond canadien. Ce qu’il a fait aura un effet durable », conclut Devon Kershaw.

Alex Harvey boit du champagne à la bouteille devant la foule. Alex Harvey a pris soin de célébrer le dernier podium de sa carrière avec les spectateurs réunis sur les plaines d'Abraham, dimanche. Photo : Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf
Avec les informations de CBC

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