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La maturité d'Andrew Shaw

Andrew Shaw (no 65)
Andrew Shaw (no 65) Photo: La Presse canadienne / Chris O'Meara
Alexandre Gascon

Un soir du mois de mars en 2011, dans la Ligue junior de l'Ontario, Andrew Shaw, à son insu, a convaincu Marc Bergevin de sa valeur. Huit ans plus tard, le hockeyeur de Belleville récompense son directeur général et assume un rôle d'une importance croissante au sein du groupe de meneurs du Canadien.

Après l’acquisition de Shaw en juin 2016, Bergevin l’avait justifiée en insistant sur le caractère, la présence, les fameux aspects intangibles presque indéfinissables qu’apporte Andrew Shaw à une équipe.

Ce préjugé favorable, qui s’est vérifié à de nombreuses reprises depuis qu’il a amorcé sa carrière professionnelle, prend sa source dans le lac Huron, dans la petite ville d’Owen Sound.

Shaw y jouait avec l’Attack. La formation ontarienne amorçait le tournoi contre les Knights de London et Bergevin, alors directeur du développement des joueurs pour les Blackhawks, avait pris le temps de se rendre à Owen Sound…mais pas pour y voir Shaw.

« Berg épiait [Vladislav] Namestnikov quand il jouait à London en séries (…) Je me suis battu avec [Jarred] Tinordi ce soir-là. [Bergevin] m’a dit que c’est à ce moment-là qu’il s’est aperçu quel genre de joueur j’étais vraiment. Je ne pense pas que, sans ça, je serais dans la LNH aujourd’hui », a raconté Shaw vendredi, après la photo de famille de fin de saison du Tricolore.

« Je n’ai pas gagné ce combat-là, mais je l’ai combattu une autre fois en m’assurant d’avoir le dessus. C’était un gros gaillard », s’est souvenu le petit attaquant répertorié à 1,80 m (5 pi 11 po).

Un gros gaillard en effet que ce Tinordi, du haut de son 1,98 m (6 pi 6 po).

Pour la petite histoire, le Canadien en a fait le 22e choix au total de la séance de repêchage 2010. De son côté, Namestnikov a été réclamé au 27e échelon par le Lightning de Tampa Bay en 2011, 112 rangs devant Shaw.

À lui seul, Shaw a disputé 93 matchs de plus que ces deux choix de premier tour réunis. Il a marqué 109 buts dans le circuit Bettman; le Russe, 65.

Un rôle accru

Il y a l’assurance tranquille de Carey Price, l’expérience, la prestance de Shea Weber et la combativité de Brendan Gallagher. Au gratin des meneurs d’hommes chez le CH, il faut ajouter Andrew Shaw.

Le numéro 65, blessé plus souvent qu’à son tour depuis son arrivée à Montréal, déploie son meilleur jeu cette saison.

Guéri de ses trois commotions cérébrales diagnostiquées en 16 mois, et malgré un épisode inquiétant de « raideurs au cou donnant des symptômes de commotions cérébrales » avait expliqué le Canadien en janvier, Shaw est en voie de connaître la saison la plus productive de sa carrière avec 38 points, à une longueur de son sommet personnel.

Éminemment respecté par ses pairs dans le vestiaire en raison de ses deux bagues de la Coupe Stanley, l’un des deux seuls joueurs de cette édition à avoir soulevé le trophée, Shaw n’a pas hésité à critiquer le jeu de ses comparses, et le sien, après la défaite à Long Island la semaine dernière.

La pique a porté fruit.

Il se dégage aussi une certaine sagesse - insistons sur le mot certaine - du jeune père de 27 ans.

Shea Weber (à gauche) et Andrew ShawShea Weber (à gauche) et Andrew Shaw Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Parmi les joueurs réguliers du club, il demeure proportionnellement le plus puni du Canadien depuis trois ans, mais il admet être plus conscient des limites d’un jeu sans compromis.

« Je veux jouer au hockey encore longtemps », a-t-il expliqué.

Jeudi soir, après une punition qui n’en était pas une selon lui, Shaw a ravalé son fiel et s’en est allé ruminer sa désapprobation en silence au cachot.

À 5 minutes de la fin du match et avec une avance de 4 buts, ni lui ni Max Domi, un autre compagnon en quête des vertus de la patience, n’ont effectué une autre présence sur la glace contre les Islanders.

« Ce n’était pas le moment », a lancé Claude Julien, sourire aux lèvres.

« Il y a encore des moments où on doit tirer sur la laisse. Cela dit, c’est ce qui fait qu’Andrew Shaw est Andrew Shaw. Il est un petit joueur fougueux. Je préfère avoir à retenir un peu un gars, que d’être obligé de lui donner un coup de pied pour qu’il se mette en marche. Avec Andrew, c’est le cas. Son émotion est toujours là. Il veut gagner et ce sont tous de bons traits de caractère. Mais avec ça, il y a des contreparties et on doit gérer ça », a fait valoir l’entraîneur-chef.

Julien s’en accommode toutefois avec plaisir et oppose son unité composée de Shaw, Domi et Artturi Lehkonen à des menaces potentielles, tel que le trio de Brock Nelson au dernier match.

En plein cœur d’une course aux séries effrénée et palpitante, Shaw prend de plus en plus de place, autant sur la glace qu’à l’extérieur. Il y a huit ans, dans un petit aréna de l’OHL, Marc Bergevin le dépisteur avait vu juste.

En rafale

C’était jour de photo de famille chez le Canadien et les journalistes sont tombés sur des joueurs décontractés qui viennent tout juste de réapparaître dans le cadre éliminatoire.

Seuls les joueurs tenus à l’écart de la formation, toujours les mêmes, ont sauté sur la patinoire du Centre Bell. Avec 8 matchs à disputer d’ici la fin du calendrier, l’ambiance est bonne, nous a-t-on assuré. Il fallait voir les bambins gambader dans les couloirs, leurs pères-hockeyeurs sur les talons, sourire aux lèvres, pour s’en convaincre.

« On est bien mieux placés aujourd’hui qu’on ne l’était en début de semaine. On réalise le travail qu’il reste à faire. Ce ne sera pas facile pour n’importe laquelle de ces équipes qui se battent pour une place en séries. Ça risque d’être serré jusqu’à la fin », a rappelé Claude Julien.

« C’est un bon sentiment. Nous avons joué un très bon match contre les Islanders, un effort complet de 60 minutes. C’est plus facile de sourire en ce moment. Il y a encore plusieurs matchs à jouer. Nous n’avons rien accompli pour l’instant, mais nous pouvons contrôler notre destinée », a indiqué Artturi Lehkonen.

« Ça peut changer rapidement. À nos deux derniers matchs, nous avons joué comme nous le voulons et récolté quatre gros points. Nous avons aussi reçu de l’aide avec des revers des Blue Jackets à Calgary et Edmonton », a commencé Gallagher.

« Il faut trouver des façons d’apprécier cette course pour les séries. C’est une chaude lutte. Avant cette semaine, nous ressentions probablement trop la pression et nous n’arrivions pas à jouer comme nous le souhaitions. J’espère maintenant que nous maintiendrons le même rythme jusqu’à la fin », a-t-il ajouté.

Le Canadien complète cette semaine de travail chargée avec un duel contre les Sabres à domicile samedi et une visite en Caroline, dimanche.

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