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chronique

Qu’attendent donc les autres fédérations pour copier Tennis Canada?

Bianca Andreescu
Bianca Andreescu a remporté le tournoi d'Indian Wells, le 17 mars dernier. Photo: Associated Press / Mark J. Terrill
Martin Leclerc

Beaucoup de gens ont la tête au tennis par le temps qui court. De façon générale, les Canadiens sont extrêmement fiers du programme de développement de Tennis Canada et des succès que connaissent les jeunes Bianca Andreescu, Denis Shapovalov et Félix Auger-Aliassime. Cela dit, entendons-nous sur une chose : ces futurs champions n'ont pas surgi dans le paysage sportif par hasard.

Un bon bagage génétique ne nuit certainement pas lorsqu’on ambitionne de devenir un athlète de pointe. Le talent sportif n’est toutefois pas inné. Si un futur champion n’est pas plongé à un jeune âge dans un environnement favorisant l’éclosion maximale de son talent, il ne sera tout simplement pas. Et c’est un autre qui prendra sa place.

En début de semaine, donc, le directeur de la Coupe Rogers, Eugène Lapierre, me racontait qu’au milieu des années 2000, le conseil d’administration de Tennis Canada a décidé que si on voulait un jour développer des champions, il fallait se donner les moyens de le faire et regrouper les meilleurs joueurs et les meilleurs entraîneurs sous un même toit.

« Depuis 100 ans, quand venait le temps de développer des athlètes, on les laissait à leur entraîneur respectif au sein de leur club local ou dans des académies situées à gauche et à droite. Et on espérait qu’ils aillent le plus loin possible. Après avoir observé ce qui se faisait dans les meilleurs pays, on a constaté que la plupart regroupaient leurs meilleurs espoirs dans un centre national, et nous sommes allés dans cette direction », racontait Lapierre.

On connaît la suite. Le centre national a vu le jour à Montréal. On a embauché Louis Borfiga pour développer les jeunes. Et quelques années plus tard, Milos Raonic et Eugenie Bouchard sont apparus sur la scène internationale. La nouvelle génération dont font partie Andreescu, Shapovalov et Auger-Aliassime suscite déjà l’envie sur la planète tennis.

***

Cet entretien avec Eugène Lapierre m’a replongé deux ans et demi en arrière, en plein coeur des Jeux olympiques de Rio, alors que le Canada était conquis par les performances de Penny Oleksiak (alors âgée de 16 ans) et de l’équipe canadienne de natation.

Le script était quasiment identique.

La nageuse Penny Oleksiak présente ses quatre médailles remportées aux Jeux olympiques de Rio, en 2016.La nageuse Penny Oleksiak a été désignée porte-drapeau du Canada pour la cérémonie de clôture à Rio. Rappelons qu'elle a mis la main sur quatre médailles aux Jeux. Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Pierre Lafontaine me racontait à quel point la création d’un centre national de haute performance à Toronto avait créé toute une controverse au pays. Et il était fier d’avoir embauché le Britannique Ben Titley pour repérer et développer le talent des jeunes nageurs et nageuses canadiens.

Trois ou quatre ans après sa création, grâce à Ben Titley, le Centre de haute performance de Toronto était déjà devenu la Mecque de la natation canadienne. « Nous avons beaucoup investi dans les programmes juniors. On a embauché un entraîneur à temps plein pour s’occuper de nos jeunes et on les a fait voyager à travers le monde. On voulait que les jeunes soient fiers de représenter leur pays partout sur la planète », expliquait Pierre Lafontaine.

***

Au hockey, les Américains ont aussi décidé de se ranger du côté de la science du sport et de créer leur programme de développement national en 1997-1998. À l’époque, seulement 90 joueurs nés aux États-Unis jouaient régulièrement dans la LNH (ils avaient disputé au moins la moitié des matchs de leur équipe).

Chaque année, ce programme regroupe au sein de deux équipes distinctes les 23 meilleurs joueurs de 16 et 17 ans recrutés à travers le pays. Ces 46 jeunes bénéficient d’un encadrement et d’un ratio matchs-entraînements optimal. Ils représentent leur pays sur la scène internationale et affrontent constamment des équipes juniors composées de joueurs plus âgés qu’eux.

En 2004, six ans après la création de leur programme national de développement, les États-Unis ont remporté leur tout premier Championnat mondial. Et désormais, chaque fois que le Championnat mondial junior se met en branle dans le temps des Fêtes, les Américains figurent parmi les favoris pour l’emporter. Dans la LNH, les chiffres sont tout simplement renversants : on y retrouve cette saison 178 Américains qui détiennent des postes réguliers, soit deux fois plus qu’il y a 20 ans!

Les joueurs des États-Unis célèbrent un but contre la Russie.Les joueurs des États-Unis célèbrent un but contre la Russie. Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

***

La question qui tue : mais qu’attendent donc nos autres fédérations sportives pour se réveiller?

Prenons par exemple notre sport national, le hockey, dont nous sommes par ailleurs les inventeurs. Au Québec, au cours des 20 dernières années, la trajectoire du hockey d’élite a été exactement inverse à celle du hockey américain. En 1999-2000, 62 Québécois jouaient régulièrement dans la LNH. Cette saison, le décompte est à... 32.

En septembre 2017, je discutais de cette situation avec l’un des plus éminents économistes au pays, le professeur Thomas Lemieux.

« Ça veut dire qu’il faut investir davantage dans la formation des joueurs », avait-il répondu spontanément.

« Dans le milieu universitaire, ce ne serait pas accepté que nos diplômés se mettent à accuser du retard sur ce qui se fait ailleurs dans le monde. Pour être compétitif, il faut constamment s’assurer de rester à la fine pointe. »

***

Nous sommes maintenant en 2019. Et la façon dont on encadre nos meilleurs hockeyeurs ressemble étrangement à la situation qui prévalait autrefois à Tennis Canada : quand vient le temps de développer des athlètes de pointe, on les laisse à leur entraîneur respectif au sein de leur club local (midget AAA) ou dans des équipes juniors situées à gauche et à droite. Et on espère qu’ils aillent le plus loin possible.

Tim Hunter regarde en direction d'Alexis Lafrenière sur le banc d'Équipe CanadaTim Hunter regarde en direction d'Alexis Lafrenière sur le banc Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK

Quand on se penche sur les succès fabuleux qu’ont connus les programmes mentionnés plus haut, il est toutefois facile de se mettre à rêver.

Dans 10 ans, à quoi ressemblerait le hockey québécois si Hockey Québec pouvait mettre sur pied un véritable centre national de développement? Qu’est-ce qui surviendrait si, avant de les lancer dans la jungle du hockey junior, nos 23 meilleurs hockeyeurs de 16 ans étaient systématiquement pris en charge et exposés à un niveau de compétition supérieur, comme on le fait chez USA Hockey, Tennis Canada et Natation Canada?

Et si on créait un programme semblable du côté féminin, quels en seraient les effets sur la composition de l’équipe nationale? Ou encore sur le niveau de participation des Québécoises au hockey (l’un des plus faibles au pays)?

Bref, que surviendrait-il si tous les acteurs du hockey québécois se donnaient la main pour innover et bonifier une recette qui a été gagnante pendant longtemps, mais qui n’est plus tout à fait au goût du jour?

La réponse coule de source.

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