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Le retour du baseball à Montréal, entre rentabilité et acceptabilité sociale

Le dernier match des Expos de Montréal s'est joué le 29 septembre 2004 contre les Marlins de la Floride. Photo: Getty Images / Charles Laberge
Radio-Canada

L'engouement pour le retour du baseball majeur (MLB) à Montréal est ravivé chaque printemps depuis six ans avec la visite des Blue Jays de Toronto au stade olympique. Il l'est encore plus depuis deux ans, avec des actions concrètes du groupe d'investisseurs mené par Stephen Bronfman pour ramener une équipe dans la métropole. Mais la question demeure entière : cette équipe aurait-elle un avenir plus florissant que celui des défunts Expos de 2004?

Un texte d'Olivier Pellerin avec les informations de Jean-François Poirier

Tout comme Montréal, le baseball majeur a subi d’importantes transformations au cours des 15 dernières années. Le partage des revenus de la MLB était déjà implanté quand Jose Vidro, Orlando Cabrera et Vladimir Guerrero jouaient pour les Expos. Mais le montant reçu par les 30 équipes s’est considérablement apprécié depuis.

Dans le contexte actuel, toutes les équipes des majeures doivent remettre 48 % de leurs revenus dans un fonds, et le pactole amassé est ensuite redistribué en 30 parts égales (3,3 % par équipe).

En 2018, les revenus des ligues majeures de baseball ont atteint 10,3 milliards de dollars. Selon Martin Bergeron, auteur d’un blogue s’intéressant aux finances de la MLB et rencontré par La Presse canadienne, ce sont 118 millions qui ont été remis aux propriétaires du circuit Manfred.

« Les questions au sujet du stade, de sa localisation, des revenus télé sont toutes pertinentes, mais tout cela représentera environ 25 % des revenus de Montréal, alors que 75 % proviendront du partage des revenus, note-t-il. Ce n’est plus la même game. »

Le professeur au département des sciences économiques de l’UQAM Philippe Merrigan demeure prudent dans le dossier du baseball professionnel à Montréal.

« S'ils obtiennent une équipe à Montréal, c'est clair que l'équipe va faire des profits, assure-t-il. Je ne doute pas de ça, mais est-ce que les profits seraient suffisants pour attirer des investisseurs? »

Pour acheter l’équipe, c’est minimum 1,3 milliard de dollars américains. On ne s’en sort pas. Ça veut dire 1,6 ou 1,7 milliard canadiens. Si vous ajoutez à ça un stade à 600 millions de dollars, on parle d’un investissement d’au-delà de 2 milliards. Oui [les propriétaires d’une éventuelle franchise montréalaise] vont faire des profits, mais ça ne sera pas suffisant pour justifier un investissement de cette taille-là.

Philippe Merrigan, économiste et professeur au département des sciences économiques de l’UQAM

Selon Philippe Merrigan, les revenus seront au rendez-vous, mais un nouveau stade passe par une contribution publique.

« Le nerf de la guerre, c’est quelle part va être payée par le public et quelle part le sera par le privé. Moi, je suis convaincu que pour la construction d’un stade, ça ne peut pas être entièrement financé de façon privée. Si c’est le cas, je ne pense pas que la rentabilité serait suffisante pour attirer des investisseurs », dit-il.

L'économiste Philippe MerriganL'économiste Philippe Merrigan. Photo : Radio-Canada Sports

Le défi de la construction d’un nouveau stade demeure entier pour les architectes du projet. Ces derniers pourraient voir leurs ambitions se dégonfler et la ferveur des partisans montréalais s’étioler lorsque viendront les sempiternels débats entourant l’apport du public dans le financement d’un nouveau stade au centre-ville.

« Dans les marchés de la taille de Montréal, les stades sont presque entièrement construits par les villes, rappelle-t-il. Quand les Expos sont allés à Washington, le stade a été entièrement financé par les contribuables. On ne peut pas voir ça ici, pas après [le Centre Vidéotron de] Québec. »

Le renouveau économique de Montréal depuis quelques années se vérifie. Le taux de croissance économique de la ville est en hausse constante depuis quelques années déjà. L’arrivée soutenue de nouvelles entreprises, la baisse du taux de chômage et la hausse du revenu disponible des Montréalais font saliver les éventuels investisseurs qui souhaitent attirer des équipes sportives professionnelles. C’est justement ce revenu disponible des citoyens qui fait douter Philippe Merrigan de la viabilité à long terme du projet.

On est une province lourdement taxée, de sorte qu’en moyenne, les gens n’ont pas tant d’argent que ça à dépenser par rapport aux autres grandes villes américaines. On sait que l’impôt dans certains États américains est beaucoup moins élevé qu’ici. En termes de démographie et de la taille de la ville, ça ressemble pas mal à ce qu’on voit à travers l’Amérique.

Philippe Merrigan, économiste et professeur au département des sciences économiques de l’UQAM

En 2016, le revenu disponible par habitant à Montréal avoisinait les 29 000 $, une augmentation de plus de 6000 $ en 10 ans. Lorsqu’on compare toutefois ces chiffres à ceux des grandes villes américaines, Montréal se retrouve toujours en queue de peloton.

L’intransigeance des partisans montréalais à l’égard des équipes présentant une fiche perdante est un autre élément qui freine l’enthousiasme du professeur à l’UQAM.

« On oublie un peu ça, mais on a eu 2,2 à 2,3 millions d’assistance dans un stade qui n’était pas fait du tout pour le baseball ou aucun sport […] J’avais remarqué à l’époque que l’intérêt pour le baseball à Montréal était beaucoup plus volatile qu’ailleurs. Quand l’équipe allait très bien, Montréal se classait parmi les meilleures assistances de la ligue, mais quand l’équipe se mettait à mal aller, il y avait des baisses d’assistances plus importantes ici qu’ailleurs, note-t-il. Probablement parce que le baseball, historiquement, avait une moins grande empreinte […] qu’à Chicago par exemple. »

Les difficultés de l’Impact de Montréal à augmenter son nombre de détenteurs d’abonnements de saison en sont un autre exemple. C’était d’ailleurs la première mission du nouveau président du onze montréalais, Kevin Gilmore. En octobre 2018, Joey Saputo affirmait même que l'équipe perdait 12 millions de dollars par saison.

Joey SaputoJoey Saputo Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

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La constance du spectateur

D’ailleurs, quel est le réel intérêt des Montréalais pour le baseball professionnel?

La popularité du baseball a subi un long déclin aux États-Unis depuis les années 1940. Selon un sondage de la firme Gallup dévoilé en janvier 2018, cette désaffection s’observe davantage chez les moins de 55 ans, pour qui l’intérêt pour le baseball vient au 4e rang, après le football, le basketball et plus récemment le soccer. L’âge médian de l’agglomération de Montréal était de 38,7 ans en 2017.

Selon le magazine Forbes, le nombre de billets vendus dans la MLB était en baisse de 4 % en 2018. Cette légère diminution, passagère selon la ligue, serait attribuable au nombre important de matchs reportés en raison des conditions météorologiques. Les chiffres montrent effectivement une stabilité depuis 2009, malgré cinq baisses lors des six dernières saisons.

En perte de vitesse chez nos voisins américains, le baseball semble toujours avoir la cote chez le public montréalais à en croire la plus récente étude commandée par le groupe d’investisseurs intéressés à ramener une équipe.

Même si à titre d’économiste, Philippe Merrigan évalue à 30 % les chances de voir une équipe atterrir à Montréal d’ici trois ans, ce pourcentage augmente lorsqu’il laisse de côté les colonnes comptables.

« Je ne suis pas très optimiste, mais quand on voit des noms comme M. Bronfman, M. Garber, Bell en arrière, ce ne sont pas des gens qui aiment perdre leur temps […] 40 % avec l'effet Bronfman et comme amateur de baseball, on va dire 50 % », lance-t-il à la blague.

Le baseball, et les autres

« Pourquoi Montréal, avec sa densité de population, ne serait pas capable de faire vivre plus qu’une seule équipe parmi les quatre sports majeurs? Je ne crois pas à ça. Je suis convaincu qu’on peut en faire vivre deux, et même trois. »

Michael Fortier fait partie de ceux qui croient fortement au potentiel de Montréal. Amateur avoué de basketball et de baseball, il parcourt les villes américaines pour vivre sa passion. Il serait parmi les premiers à se procurer un abonnement de saison pour encourager les successeurs des Expos.

C’est un peu égoïste ce que je fais […] Si j’étais capable de prendre le métro ou de marcher quelques blocs pour pouvoir voir mes sports préférés, je serais ravi. Je pense qu’il y a des milliers de Montréalais qui partagent mon avis.

Michael Fortier, ancien ministre et sénateur conservateur

L’ancien sénateur et ministre fédéral responsable de la métropole, aujourd'hui vice-président du conseil de RBC Marchés des Capitaux, possède une expertise dans l’univers du sport professionnel à Montréal.

Au centre des négociations avec Bernie Ecclestone pour le retour du cirque de la F1 à Montréal en 2010, il vante aujourd'hui la candidature de la ville pour accueillir une équipe de la NBA. Stephen Bronfman et son groupe ont aussi fait appel à lui pour leur donner un coup de main dans le projet du retour des Expos.

Pour lui, la question n’est plus de savoir si Montréal peut accueillir une équipe des ligues majeures, mais plutôt quand le projet se concrétisera.

« Ils ont déjà l’aval de la ligue et du commissaire [Rob Manfred]. Ce n’est pas rien considérant comment on s’est laissé en 2004. C’est vraiment exceptionnel d’être rendu où on est aujourd’hui. Oui, le stade, je considère que ce n’est pas rien. Il va falloir trouver une façon, mais je suis pas mal convaincu qu’on va y arriver. On a relevé d’autres défis beaucoup plus importants comme société, que de construire un stade. On va y arriver. »

L'ancien ministre conservateur Michael FortierL'ancien ministre conservateur Michael Fortier. Photo : Radio-Canada Sports

Cette position fait échos aux propos de l’ex-maire de Montréal Denis Coderre interviewé jeudi par Radio-Canada Sports. Malgré son scepticisme, Philippe Merrigan croit aussi qu’il y a des gains à faire pour le tourisme montréalais.

« Le nord de l’État de New York et du Vermont, à l’époque, l’équipe locale, c’était les Expos. Quand on écoutait les nouvelles locales […] la manchette, ce n’était pas les Red Sox ou les Yankees, c’était les Expos. Donc si, avec une équipe, vous pouvez attirer 200 000 ou 300 000 Américains par année qui ne viendraient pas, n’eût été le baseball. C’est quand même intéressant. »

L’espoir est grand pour une majorité de partisans qui assisteront à la série de deux matchs présentés lundi et mardi prochains entre les Blue Jays de Toronto et les Brewers de Milwaukee. Ils espèrent charmer une fois de plus le commissaire de la MLB, Rob Manfred, dont l’affection pour Montréal ne fait plus aucun doute.

Avec les informations de La Presse canadienne

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