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Le rêve éveillé de Félix Auger-Aliassime

Un reportage d'Antoine Deshaies.
Antoine Deshaies

MIAMI - Félix Auger-Aliassime est précisément là où il veut être dans la vie. À 18 ans, il justifie déjà, de tournoi en tournoi, sa place parmi les meilleurs joueurs de tennis de la planète.

Il est détendu, sur la terrasse de son hôtel du centre-ville de Miami, lorsqu’il accueille l’équipe de Radio-Canada Sports venue à sa rencontre. Un contraste net avec le sérieux de son visage lorsqu’il entre sur un court.

« Je ne peux pas demander mieux en ce moment, confie Auger-Aliassime. Depuis mes débuts au tennis, tout se déroule comme je le voulais et parfois même plus rapidement que je l’espérais. Je vis un peu mon rêve d’enfant et j’ai du plaisir dans ce que je fais. »

Il assimile son métier un match à la fois. Il apprend à gérer les rigueurs des déplacements et la vie sur la route. Ce n'est pas toujours évident, même bien entouré, de vivre dans ses valises.

« J’ai la chance de pouvoir voyager si jeune et de voir d’aussi beaux endroits, mais il y a un revers à tout ça, ajoute-t-il. Je suis loin de la famille et, à la longue, ça peut devenir dur pour le corps et l’esprit d’être toujours dans les valises. C’est l’un des défis des joueurs sur la route. »

Félix Auger-AliassimeFélix Auger-Aliassime Photo : Getty Images / Yong Teck Lim

Son récent voyage, en Amérique du Sud, lui a fait changer d’hémisphère au classement. Il est maintenant 57e mondial. Il était 107e au début du mois de février.

Il y a eu un déclic aux tournois de Rio et de Sao Paulo, où il a respectivement atteint la finale et les quarts de finale.

« On ne sait pas toujours quand le travail effectué va payer, mais ses succès au Brésil s’expliquent par un ensemble de petits facteurs, explique Frédéric Fontang, l’un des deux entraîneurs d’Auger-Aliassime avec Guillaume Marx. Sa victoire lors du cinquième match de la Coupe Davis en Slovaquie a gonflé sa confiance et ça, c’est important. Des fois, quand plusieurs détails sont mis bout à bout, ça décoince et ça explose. »

Le déclic a aussi payé au tournoi d’Indian Wells. Au deuxième tour, Auger-Aliassime a battu de façon expéditive la jeune sensation grecque Stefanos Tsitsipas, 10e mondial. Son match le plus abouti jusqu’ici cette année, avoue-t-il.

Il espère maintenir le rythme et faire son entrée, d’ici un an, dans le top 20 mondial. D’ici cinq ans, il veut remporter des titres majeurs, comme des tournois du grand chelem et des Masters 1000, comme celui de Miami.

Il assure que sur le plan personnel, il n’a pas changé malgré les succès récents et sa montée en puissance au classement. Le joueur de tennis, lui, est bien différent d’il y a un an.

Je pense que je suis beaucoup plus constant de tournoi en tournoi cette année. L’an dernier, j’avais bien joué à Indian Wells, mais je n’avais pas pu enchaîner avec des victoires à Miami comme je l’ai fait cette année. J’estime avoir amélioré la constance de mes efforts.

Félix Auger-Aliassime
Félix Auger-Aliassime fait le point sur son début de saison

Un entourage solide, une montée en puissance planifiée

Félix Auger-Aliassime est bien entouré. Il n’a pas accordé énormément d’entrevues au cours des dernières années. Priorité au tennis avant les sollicitations. Mais l’attention dont il jouit partout où il passe est de plus en plus grande. Ça ouvre des portes que son équipe a parfois pris soin de fermer.

L’an dernier, par exemple, le tournoi de Miami était prêt à lui offrir un laissez-passer après avoir vu ses trois victoires à Indian Wells, dont une dans le tableau principal contre Vasek Pospisil.

À 17 ans, l’occasion était belle d’engranger une bourse intéressante et, surtout, de précieux points au classement. Son équipe a plutôt opté pour les qualifications. Il a perdu au premier tour et a ensuite mis le cap vers l’Europe pour une série de plus petits tournois.

C’est difficile parfois d’être patient, parce que les choses sont arrivées très vite pour moi et je me suis habitué à ça. J’ai un peu d’impatience, mais ça me sert parce que je suis toujours motivé et ambitieux. Les décisions sont toujours prises en équipe. Refuser le laissez-passer l’an dernier était la bonne décision, parce qu’on sentait que c’était la meilleure option pour mon développement. Je devais manger mes croûtes.

Félix Auger-Aliassime

« Félix est bien entouré et prend les bonnes décisions, juge l’ancien quatrième joueur mondial James Blake, aussi directeur du tournoi de Miami. Rares sont les jeunes qui auraient pris la même décision que lui. Il ne veut pas sauter d’étape et c’est tout à son honneur. »

Félix Auger-AliassimeFélix Auger-Aliassime Photo : Getty Images / Clive Brunskill

James Blake ne tarit pas d’éloges à l’endroit d’Auger-Aliassime et de Denis Shapovalov. Il n’a pas oublié leur affrontement spectaculaire au premier tour des Internationaux des États-Unis l’été dernier. Le Québécois avait dû abandonner en raison d’un épisode d’arythmie cardiaque et avait été consolé, sur le terrain, par Shapovalov.

Le Québécois a d’ailleurs subi une intervention médicale en novembre dernier pour régler ce problème. Il dit que la situation est réglée. Il n’a rien ressenti dans la chaleur et l’humidité du Brésil en février.

« Je n’étais pas certain que ce serait résorbé à 100 %, mais je n’ai plus aucun problème, explique-t-il. Je n’y pense plus et c’est derrière moi maintenant. »

« J’ai d’abord été impressionné par leur humanité, ajoute Blake, en parlant de leur affrontement à New York. On a vu le respect, la compassion et l’amitié sincère entre les deux et ça fait du bien de voir ça. Les deux vont s’affronter de nouveau à plusieurs reprises. S’ils continuent de bien progresser, leur style de jeu et leur personnalité font en sorte qu’ils deviendront de grandes vedettes internationales. »

D’ailleurs, l’ATP a utilisé cette semaine l’image de rapeur de Shapovalov pour créer une parodie du vidéoclip Miami de Will Smith pour annoncer le tournoi.

La compétition interne comme source de motivation

Félix Auger-Aliassime était debout devant sa télé, dans sa chambre d’hôtel de Miami, lorsque Bianca Andreescu a remporté la finale d’Indian Wells. Le Québécois ne pouvait être plus heureux pour la jeune de 18 ans.

Il se réjouit aussi des succès de Denis Shapovalov, mais il ne veut pas être en reste.

On regarde toujours du coin de l’oeil ce que les autres font. Je me motive à les regarder. Ça ne m’enlève rien personnellement quand ils ont de bons résultats, mais c’est sûr que j’aimerais parfois être déjà à leur place. Ça touche mon ego positivement.

Félix Auger-Aliassime

Il explique les succès des jeunes Canadiens par plusieurs facteurs, le principal étant la création du centre national de Tennis Canada, il y a une dizaine d’années.

Milos Raonic, Vasek Pospisil et Eugenie Bouchard ont montré l’exemple aux plus jeunes.

Il reste que la nouvelle génération est prête à occuper toute la place. Les jeunes poussent et le tennis change. Il est plus exigeant que jamais.

« Les physiques évoluent, les joueurs sont plus grands et plus forts à un jeune âge, explique Auger-Aliassime, mesurant lui-même 1,93 m (6 pi 4 po). Le tennis du futur, c’est probablement des joueurs qui sont aussi solides que Djokovic, avec un service comme Federer et des déplacements comme Andy Murray. On voit des joueurs beaucoup plus complets qu’à une certaine époque. »

D’ailleurs, il a eu la chance de s’entraîner avec Federer en décembre 2017 à Dubaï.

« C’était très important de voir de près comment s’entraînent les meilleurs, explique Frédéric Fontang. Félix a vu qu’un grand champion comme Federer, c’est du talent, mais c’est surtout beaucoup de travail. C’était bien qu’il voit ça aussi. »

« Federer, c’est surtout une très bonne personne bien qu’il soit une légende, explique Auger-Aliassime. Il est très humble et très respectueux. On se salue toujours quand on se croise. »

La reconnaissance des grands. Un autre signe indéniable du potentiel indéniable du Québécois de 18 ans.

Félix Auger-Aliassime célèbre sa victoire face à Stefanos Tsitsipas à Indian Wells.Félix Auger-Aliassime célèbre sa victoire face à Stefanos Tsitsipas à Indian Wells. Photo : Getty Images / Clive Brunskill

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