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chronique

Alex Harvey, un grand parmi les grands

Alex Harvey
Alex Harvey Photo: Nordic Focus
Dominick Gauthier

BILLET - Nous sommes en 1976. J'ai 3 ans. Mes parents m'amènent faire du ski de fond pour la première fois, à quelques mètres derrière la maison où allait vivre et grandir Alex Harvey. Je pleure et dis à mes parents que les pentes, c'est fait pour descendre et pas pour monter.

Ma mère vous dirait plutôt que j’étais hystérique et que je faisais une crise de bacon pour ne pas remonter la côte que je venais de descendre si fièrement.

J’ai eu ce rapport avec le ski de fond pendant plusieurs années. À l’adolescence, de notre remontée mécanique, nous regardions de bien haut cette petite bande de skieurs aux allures de Peter Pan qui souffraient dans les bois.

Qui eut cru, qu’un jour, je deviendrais un grand amateur et un fervent pratiquant de ce sport qui nous permet de traverser l’hiver québécois à l’extérieur et en sueur.

Ce week-end sur les plaines d’Abraham, nous aurons la chance d’assister à la fin de la carrière sportive de celui qui fait partie, selon moi, des 10 plus grands athlètes de l’histoire du Canada. À ceux qui commencent déjà à compter et qui sont rendus à six avec les Gretzky, Orr, Howe, Lemieux, Crosby et Richard, SVP sortez de votre bulle de hockey un peu et pensez de façon globale.

Alex Harvey a excellé contre vents et marées. Il est acclamé dans les pays scandinaves, où le ski de fond est roi. Son père lui a bien sûr ouvert la voie, mais il devait quand même prendre ce flambeau et l’amener plus haut.

Pour comprendre l’ampleur de ce qu'il a fait dans sa carrière, il faut regarder son héritage.

Ambassadeur des saines habitudes de vie, il a toujours été proche des gens et des jeunes. Lorsqu’il parle devant une classe ou à quelqu’un dans le chalet du centre de ski du mont Sainte-Anne, il est présent, vraiment.

Grâce à lui, certains ont commencé à bouger et d’autres ont appris, dans le plaisir, à se dépasser. Il a aussi démontré qu’il est possible d’être un grand champion, avec la rage et l’ego qu’il faut pour gagner, tout en étant humble et sympathique.

Là où Alex a frappé fort, c’est dans la lutte contre le dopage. Il en a été victime, plusieurs fois. Jamais il n’a hésité à dénoncer les tricheurs et, surtout, les failles dans le système. L’Agence mondiale antidopage et le CIO nous ont bien déçus ces dernières années. Même Beckie Scott s’est retirée d’un comité d’athlètes afin de protester contre la décision de réintégrer la Russie.

J’espère que ceux qui se disent leaders dans la lutte antidopage oseront faire appel aux services d’Alex Harvey une fois qu’il aura terminé ses études en droit et passé son Barreau. Il faut plus de Beckie Scott et d’Alex Harvey, deux athlètes intelligents, victimes collatérales du dopage, et qui n’ont pas peur de se lever devant quiconque.

J’en ai encore mal quand je repense à sa 4e place au 50 km des Jeux olympiques de Pyeongchang. J’avais justement écrit une lettre à ce sujet, que j’ai lue à Alex et à son équipe.

Ce qui me faisait mal au cœur était que, médiatiquement, cette performance ne soit pas traitée (surtout à l’extérieur du Québec) comme une victoire. Il aurait dû avoir la même reconnaissance qu’un médaillé d’argent. S’il lit ce texte, Alex doit sûrement se dire : « Dom, SVP, arrête de parler de cette journée, je suis fier de ma performance, mais ça fait encore mal et je dois regarder vers l’avant. Le mal est fait et je n’ai aucune envie de recevoir de médaille par la poste. »

Alex HarveyAlex Harvey Photo : Getty Images / Matthias Hangst

Il serait injuste de mettre un bémol à côté de son nom pour rappeler qu’il n’a jamais gagné de médaille olympique et pour arguer qu'il ne peut pas avoir sa place parmi les grands. Il devrait être célébré comme un athlète qui a une médaille olympique.

Quelle équipe!

Je tiens aussi à féliciter l’entourage extraordinaire d’Alex Harvey, en commençant par ses parents. Ils devraient ouvrir une école pour enseigner à d’autres parents d’athlètes comment bien se tenir. On y enseignerait comment soutenir ses enfants sans trop intervenir dans leur carrière sportive. Pierre et Mireille lui ont ouvert les portes, l’ont guidé, mais c’est lui qui a décidé par quelle porte entrer. Toute sa famille, sa conjointe Sophie et ses amis l’ont toujours aidé à rester bien connecté malgré les pressions inévitables du vedettariat.

Alex Harvey et Pierre Harvey, en 2010Alex Harvey et Pierre Harvey, en 2010 Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Il y avait une équipe extraordinaire autour d’Alex : des entraîneurs, avec Louis Bouchard en tête, les techniciens, l’équipe de soutien, les mentors, son agent, les commanditaires et même les compétiteurs, qui se nourrissaient de l’énergie d’Alex pour lui en donner encore plus. Toutes ces personnes doivent être extrêmement fières d’avoir contribué à ses succès sportifs et d’avoir façonné l’homme qu’il est devenu.

Je le dis souvent, on ne peut pas inventer le talent et la génétique. On l’a ou on ne l’a pas. Mais avec le talent, il faut une équipe et des gens autour de nous qui nous permettront de maximiser notre potentiel.

Un autre Alex Harvey?

Aucun système ne peut créer de A à Z un athlète comme lui. Cela étant dit, on ne se donnera aucune chance de voir du talent émergent si Ski de fond Canada perd la majeure partie de son financement à la suite de sa retraite.

Voilà la réalité qui fait frémir tout le monde à l’interne. Ce jour est arrivé. Lundi matin, une fois les plaines nettoyées, on devra rebâtir, mais encore faut-il avoir les moyens de le faire.

Grâce à Alex Harvey, il y a des dizaines de milliers de spectateurs qui viendront encourager cette grande bande de Peter Pan. Ceux qui nous regardent avec un grand sourire dans leurs remontées mécaniques disent que, maintenant, c’est vraiment cool de skier dans le bois en collants!

Alex HarveyAlex Harvey Photo : Getty Images / Alexander Hassenstein/Bongarts

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