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Une victoire et un record à l'image de la carrière de Carey Price

Carey Price montre la rondelle qui indique 315 victoires.

Quatorze ans, 613 matchs, 315 victoires plus tard, nous y voilà. Carey Price est devenu le gardien le plus victorieux de la prestigieuse histoire du Canadien de Montréal mardi soir.

Photo : Instagram/@canadiensmtl

Alexandre Gascon

Quatorze ans, 613 matchs, 315 victoires plus tard, nous y voilà. Carey Price, si souvent élevé au rang de sauveur d'une organisation en perdition, en quête de héros, est devenu le gardien le plus victorieux de la prestigieuse histoire du Canadien de Montréal mardi soir.

Il s’agit ici d’une histoire vieille de 110 ans à laquelle la vedette y a griffonné son chapitre presque entièrement au cours du deuxième siècle.

Il y a d’abord eu cette première victoire contre les Penguins de Pittsburgh de Sidney Crosby en 2007. Les espoirs immenses soulevés par son succès précoce.

Et, rapidement, il y a eu ces photos croquées à la dérobée dans les bars qui le montraient sous un triste jour, cette rivalité avec Jaroslav Halak, ces huées, cette bataille perdue dans le cœur des partisans pendant un instant.

Puis, est venue la reconquête, l’adoration, le printemps 2014, les trophées, nombreux, les affiches Jesus Price, les genoux en lambeaux, les secrets de l’organisation, la saison de misère et, maintenant, ceci.

Ce résumé, loin d’être exhaustif, le démontre bien : beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis les premiers pas de Carey Price avec un gilet tricolore.

Trevor Timmins a gagné son pari, lui qui confiait récemment à l’auteur de ces lignes qu’il « trouvait que Price était l’un de ces joueurs qui avaient une chance de devenir un joueur de concession [au repêchage de 2005], comme Sidney Crosby ».

Ce long parcours ne s’est pas fait sans heurts et est joliment imparfait.

« Les gens ne s’en souviennent peut-être plus, mais j’étais là quand il a été repêché, a rappelé Claude Julien. Je faisais partie de l’organisation et je me souviens de lui à un jeune âge. Je l’ai vu aussi au match des étoiles ici [en 2009, NDLR]. Je me souviens d’un jeune excité de jouer au hockey. Il est différent aujourd’hui en raison de sa famille, de ses enfants. C’est la grosse différence hors glace. Il a pris de la maturité dans tous les domaines. Comme parent, comme gardien, sa préparation et tout, il a évolué avec les années. »

Si un peu tout le monde s’accorde un instant de pause pour mieux soupeser l’immense carrière du monsieur, pourquoi, lui, qui vient tout juste de dépasser Jacques Plante avec sa 315e victoire, ne le ferait-il pas?

« Je suis certain que je vais le faire ce soir. Il y a eu des hauts et des bas durant tout ce processus. J’ai joué avec beaucoup de bons gars et d’excellentes équipes. J’aurai amplement le temps d’y réfléchir, mais je n’ai pas l’impression que le moment est arrivé », a lancé un Carey Price peut-être un brin solennel, sans plus, après la victoire de 3-1 du CH contre les Red Wings.

Sur les épaules de Carey

Il y a comme un clin d’œil de l’histoire dans le fait que le Canadien s’est à ce point fié sur Carey Price pour décrocher cette victoire historique. Pour une fois, ce qualificatif n’est pas galvaudé.

Un des leitmotivs de l’ère de Marc Bergevin aura été, on paraphrase : avec Price, tout est possible.

Contre une formation aussi faible que les Red Wings, dans une lutte aussi corsée pour obtenir une place dans les séries éliminatoires, pendant que ses principaux rivaux ont également engrangé deux points, le CH n’avait pas de marge de manœuvre.

Il avait battu les Red Wings à ses huit derniers duels par un pointage combiné de 45-17.

Et pourtant...

Les revirements dans la zone défensive ont été nombreux, tout comme les chances de grande qualité accordées à Détroit.

Price s’est dressé sans relâche devant l’adversaire.

« Il a été sans aucun doute notre meilleur joueur. Il a été incroyable. Ça tombe à point qu’il brise le record avec ce genre de performance. Je suis certain qu’il est fier. Il est humble et ne le dira pas, mais c’est tout un accomplissement », a dit Julien.

Le gardien vedette a repoussé trois échappées, les deux premières au moment où le pointage était toujours à 0-0.

Après une bourde de Jordie Benn à la ligne bleue, il a récidivé d’un magnifique grand écart face à Tyler Bertuzzi qui filait seul devant lui. Le Canadien menait alors 2-1 au troisième tiers.

Il est couché dos sur la patinoire devant son filet.

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

« J’ai juste essayé de faire le Dominator [Dominik Hasek, NDLR], fait le grand écart et couvert la ligne des buts. J’essayais de couvrir les angles à terre et nos gars se sont juste empilés dans le demi-cercle du gardien et on a entendu le sifflet, un soulagement », a expliqué un Price particulièrement loquace selon ses standards.

Un arrêt qui a laissé Max Domi pantois.

« Ça n’a pas de bon sens. Honnêtement, c’est fou à quel point il est bon. Les arrêts qu’il fait, sur le banc, on part à rire des fois. C’est fou. Il est le meilleur au monde pour une raison. Il l’est depuis longtemps et le sera encore longtemps. On est chanceux de l’avoir », a raconté le numéro 13, auteur de deux filets contre les Wings.

Cette admiration dans la voix n’était pas feinte. Chaque joueur présent dans le vestiaire (Tomas Tatar, Shea Weber et Max Domi) avait ceci en commun : l’expérience d’avoir affronté le gardien, le soulagement et la confiance de pouvoir miser sur lui désormais.

Voyez plutôt le capitaine.

Pour l’avoir affronté toutes ces années et maintenant, pour jouer avec lui, je sais à quel point il peut être bon. À quel point il est calme et détendu. Il l’a été ce soir, et plus encore. Il était dédié, particulièrement en première où il a dû faire quelques gros arrêts. Il nous donne une chance de gagner tous les soirs. Il est spécial.

Shea Weber, capitaine du Canadien

« Tu vois la confiance qu’il a et je pense que les gars se nourrissent de ça. L’énergie se transmet de bien des façons et il a un effet rassurant sur notre équipe, particulièrement quand on n’est pas à notre mieux. Il est en contrôle. Il contrôle le match et ça rejaillit sur nous. Exactement comme il l’a fait ce soir », a poursuivi celui que l’on surnomme l’homme montagne et qui s’y connaît en matière de présence rassurante, de force tranquille.

Oui, le Canadien s’est souvent assis sur les épaules de son gardien depuis 10 ans. Price a parfois supporté le poids, s’est parfois effondré, que ce soit en raison d’une blessure (2015-2016) ou d’une déconfiture (2017-2018). Chaque fois, le résultat a été le même : le Tricolore a plié l’échine et connu des saisons misérables.

Ainsi va Price, ainsi va le CH. Leurs destins sont encore très (trop?) imbriqués l’un dans l’autre.

Cette 315e victoire, ce n’est pas le genre d’exploits dont tout un chacun pourra rappeler sans hésitation ce qu’il faisait ce fameux mardi soir lorsque...

Ce n’est pas le but en or de Sidney Crosby à Vancouver en 2010, la médaille d’or de Donovan Bailey à Atlanta, votre premier baiser ou votre première mémorable cuite.

Peu de gens se souviendront où ils étaient quand Price a battu les Red Wings pour devancer Jacques Plante.

Mais, ne serait-ce que pour lui rendre hommage un instant, l’on peut peut-être se demander où serait le Canadien sans Carey Price.

En rafale

Avec deux passes, Tomas Tatar est devenu le troisième joueur de l'équipe à atteindre le plateau des 50 points cette saison. Les Ducks n’en comptent aucun. Les Flames en ont 5 de 65 points et plus. Quand on se compare, on se console, dit-on. Il faut simplement bien choisir l’objet de la comparaison.

Le CH a balayé les Red Wings pour la deuxième année d’affilée. Il totalise maintenant 9 victoires consécutives face aux hommes de Jeff Blashill. Cette saison seulement, il a inscrit 21 buts et en a accordé 7.

Malgré tout, les Wings se sont présentés sous leur meilleur jour à Montréal et ont offert une opposition de qualité. Le Bleu-blanc-rouge disputera trois de ses cinq prochains matchs à domicile et se mesurera à trois formations exclues des séries. Le moment est bien choisi pour accumuler les points, car la fin du calendrier pourrait s’avérer autrement plus compliquée.

« Il faut bien se préparer pour ce genre de matchs. Il faut apprendre à être capable de jouer dans les gros matchs. Il faut donner crédit à Détroit, ils ont bien patiné, ils ont beaucoup de confiance. Ce n’est pas la même équipe qu’on a affrontée il y a quelques semaines », a fait valoir Julien.

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