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chronique

Le Canadien néglige la position de gardien : après Carey Price, le déluge 

 Carey Price félicite Antti Niemi après la victoire du Tricolore.
Carey Price félicite Antti Niemi après une victoire du Canadien contre les Panthers Photo: Associated Press / Ryan Remiorz
Martin Leclerc

Bien des partisans du Canadien ont frôlé la crise d'apoplexie, jeudi, en apprenant que Claude Julien avait misé sur Antti Niemi pour affronter l'une des cinq meilleures équipes de la LNH (les Sharks de San José) sur une patinoire où l'équipe n'avait pas savouré une victoire depuis 20 ans.

En plus d’être malchanceux, Niemi a commis deux erreurs techniques qui ont mené à autant de buts des Sharks en première période. Le CH s’est finalement incliné au compte de 5-2.

Depuis le début de février, le CH traverse une période tout à fait anormale. L’équipe est engagée dans une course aux séries ultra serrée et, clairement, les entraîneurs n’ont pas confiance en leur deuxième gardien.

Au cours des 15 matchs précédant celui de San José, Carey Price avait effectué 14 des 15 départs disponibles et disputé trois séquences de deux matchs en deux soirs. Sans compter le fait que lors du seul départ de Niemi durant cette période, le 17 février en Floride, Price avait été contraint de disputer les trois quarts de la partie face aux Panthers. Niemi avait accordé trois buts sur seulement neuf tirs et avait été retiré du filet après seulement 14 minutes de jeu.

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Quand Carey Price a commencé sa carrière à Montréal, les questions revenant sans cesse dans les conversations des amateurs étaient Price ou Huet? Ou encore, Price ou Halak?

Or, depuis plusieurs années, le CH n’a plus de profondeur à la position névralgique de gardien. Les postes de deuxième et de troisième gardien sont pourtant extrêmement importants. Ils sont censés assurer l’organisation d’une relève et d’une essentielle stabilité en cas de coup dur. Curieusement, ces rôles sont toutefois négligés depuis que l’administration de Marc Bergevin est en place.

À titre d’exemple, si Carey Price se cassait une jambe en glissant dans son entrée de garage lundi matin, le poste le plus important chez le CH serait pourvu par un vétéran de 35 ans sur la pente descendante (Niemi) et par un gardien de 25 ans (Charlie Lindgren) dont la moyenne d’efficacité se situe depuis deux ans entre le 50e et le 42e rang... dans la Ligue américaine.

Antti NiemiAntti Niemi aura droit à un quatrième départ cette saison en affrontant les Islanders, lundi soir Photo : The Associated Press / Jeffrey T. Barnes

Le CH se retrouve en quelque sorte dans la même position de vulnérabilité qu’en 2015-2016, quand Price s’était sérieusement blessé à un genou et que le sort de toute l’organisation avait été posé sur les épaules de Mike Condon, un gardien jamais repêché dont l’expérience de la LNH se résumait à 14 matchs(!).

Comment une pareille négligence (ou pensée magique) est-elle possible?

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

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En 110 ans d’histoire, sauf exception, la position de gardien a toujours fait l’objet d’une méticuleuse attention à Montréal. C’était inscrit dans le code génétique (ou la culture) de l’entreprise.

Les gardiens du Canadien sont au hockey ce que les lanceurs partants des Dodgers de Los Angeles ou les voltigeurs de centre des Yankees de New York sont au baseball. Au fil des ans, les joueurs promus à ces positions-clés ont fortement contribué à la tradition d’excellence de ces organisations.

Sans relâche, le CH a toujours semblé être à la recherche des meilleurs talents disponibles à cette position. Même si Jacques Plante a remporté cinq coupes Stanley avec cette équipe, Ted Lindsay révélait (dans le livre Legends of the Detroit Red Wings : Gordie Howe, Alex Delvecchio, Ted Lindsay, and Other Red Wings Heroes) que les dirigeants du CH tentaient à l’époque de transiger avec les Red Wings pour mettre la main sur Terry Sawchuk!

Dans les années 1960, outre Plante, le CH a misé sur trois autres futurs membres du Temple de la renommée du hockey (Gump Worsley, Rogatien Vachon et Tony Esposito) au poste de gardien.

Ken Dryden a pris les commandes durant les années 1970, mais en étant constamment appuyé par des lieutenants qui auraient pu camper un rôle de numéro un ailleurs, comme Michel Larocque ou Denis Herron.

Patrick Roy a surgi en 1985 et son règne s’est étalé jusqu’en 1995. Bien que l’épisode d’André Racicot ait défrayé la manchette, Casseau a quand même longtemps été entouré d’adjoints de grande qualité comme Brian Hayward et Doug Soetaert, que les entraîneurs n’hésitaient pas à utiliser.

Bref, la trame narrative de l’histoire est assez claire.

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Cette semaine, Carey Price a rejoint Jacques Plante au premier rang de l’histoire du Canadien en signant la 314e victoire de sa carrière dans l’uniforme bleu-blanc-rouge.

Beaucoup de gens ont rappelé à quel point la haute-direction du CH (alors dirigée par Bob Gainey) avait été audacieuse de réclamer Price avec le cinquième choix (au total) qu’elle détenait au repêchage de 2005. À l’époque, ça semblait complètement fou. José Théodore n’était âgé que de 28 ans et avait remporté le trophée Hart à peine deux ans auparavant.

Un gardien de but avec un tuqueLe gardien des Canadiens de Montréal Jose Theodore tente de respirer pendant la Classique Héritage entre les Canadiens et les Oilers d'Edmonton au Commonwealth Stadium le samedi 22 novembre 2003 (CP PHOTO/Tom Hanson) Photo : La Presse canadienne / TOM HANSON

De la façon dont la direction actuelle compose avec ses gardiens, il est difficile de croire que Price aurait été réclamé par le CH si Marc Bergevin avait été en poste en 2005. Les chiffres démontrent d’ailleurs clairement que lorsqu’il est question de la position de gardien, les standards de l’organisation (ou l’attention portée au recrutement) ont beaucoup fléchi depuis 2012.

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Le premier tableau illustre à quel rang (en termes de moyenne d’efficacité) les gardiens auxiliaires du CH se sont situés par rapport aux autres réservistes de la LNH depuis la saison 2005-2006.

Entre 2005 et 2012, les Huet, Halak, Price et Budaj se sont constamment maintenus parmi le top 10 de la ligue. À compter de la saison 2012-2013, le jeu de Budaj s’est mis à décliner. Et la nouvelle direction de Marc Bergevin a bouché les trous avec les Tokarski, Condon, Montoya et Niemi, qui ont navigué entre le milieu et le deuxième tiers du peloton.

Dans la Ligue américaine, exactement le même phénomène s’est produit. Dans les sept saisons précédant le règne de Bergevin, les gardiens numéro un du club-école du Canadien (les Jaroslav Halak, Marc Denis, Cédrick Desjardins et Drew MacIntyre) se sont glissés au sein du top 10 à cinq reprises.

Toutefois, depuis l’arrivée de la nouvelle administration, un seul gardien de l’organisation s’est faufilé parmi les 10 premiers de la LAH (Tokarski, en 2013-2014, avec une 9e place). Au cours des quatre dernières années, la situation a particulièrement semblé hors de contrôle. Il est en effet difficile de s’imaginer dans le trèfle jusqu’aux genoux quand la moyenne d’efficacité du premier gardien de votre club-école se situe au 37e rang (Zachary Fucale) ou aux 50e et 42e rangs (Charlie Lindgren).

Miser sur l’un des meilleurs gardiens de la LNH à titre de numéro un ne suffit pas. Les gênants épisodes que vit l’équipe dans sa présente course aux séries le démontrent amplement. Un entraîneur de la LNH ne peut pas se retrouver avec une seule carte dans son jeu alors que la phase déterminante de la saison bat son plein.

Ce n’est pas acceptable. Le Canadien de Montréal doit être meilleur, plus minutieux et plus exigeant que cela.

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