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Comment faire plus de place aux femmes dans le sport?

Marie-José Trucotte, Danièle Sauvageau, Claudine Labelle, Isabelle Charest et Catherine Raîche

Photo : Radio-Canada

Jean-François Chabot

Les personnalités sportives qui ont participé vendredi à l'événement Podium tenu à l'Institut national du sport (INS) sont unanimes : la représentation féminine dans le sport doit être accrue.

Animée par Marie-José Turcotte, la conférence « Le sport au féminin : le pouvoir de faire bouger les choses » a donné la parole à huit intervenants, sept femmes et un homme, qui ont établi un portrait de la situation au sein des organigrammes décisionnels du milieu sportif canadien.

Liste des participant(e)s :

  • Isabelle Charest, ministre de la Condition féminine, ministre déléguée à l'Éducation, aux Loisirs et aux Sports, et médaillée olympique
  • Sylvie Béliveau, conseillère senior des programmes universitaires, sport et activité physique à l'Université McGill, et cofondatrice d'Égale action
  • Dominick Gauthier, cofondateur de B2dix et chroniqueur à Radio-Canada Sports
  • Claudine Labelle, présidente fondatrice de Fillactive
  • Lorraine Lafrenière, chef de la direction, Association canadienne des entraîneurs
  • Caroline Ouellette, entraîneuse des Canadiennes de Montréal et des Stingers de l’Université Concordia, et médaillée olympique
  • Catherine Raîche, directrice de l'administration des Argonauts de Toronto (LCF)
  • Danièle Sauvageau, directrice générale de l'équipe de hockey féminin des Carabins de l'Université de Montréal, conseillère et ancienne entraîneuse

Tant chez les amateurs que chez les professionnels, la présence de la femme dans les postes de gestion, d’encadrement ou de formation demeure faible.

Si les idées pour inverser la tendance ne manquent pas, leur mise en application reste, année après année, souvent à l’état de projet.

Citant Caroline Ouellette, ex-membre de l’équipe nationale de hockey et actuelle entraîneuse des Canadiennes de Montréal et des Stingers de l’Université Concordia, l’animatrice de l’événement a rappelé que « l’on ne peut pas être ce que l’on ne voit pas ».

Sylvie Béliveau, ex-entraîneuse de l’équipe de soccer féminin du Canada et aujourd’hui conseillère senior des programmes sport et activités physiques à l’Université McGill, a abondé dans le même sens.

Les modèles de réussites féminines dans le sport sont essentiels. Si on peut voir beaucoup d’implication des femmes dans les loisirs dédiés à la jeunesse, elles sont trop rares dans les niveaux supérieurs.

Sylvie Béliveau

« Il faut préparer les femmes à oeuvrer dans un milieu où règne la convoitise et la rivalité. Les femmes ont besoin de soutien », a conclu Mme Béliveau.

Dominick Gauthier, Caroline Ouellette et Sylvie Béliveau

Dominick Gauthier, Caroline Ouellette et Sylvie Béliveau

Photo : Radio-Canada

Les quotas ne font pas l’unanimité

Mise de l’avant par un comité coprésidé par la professeure Guylaine Demers de l’Université Laval, l'idée d'imposer des quotas de présence féminine aux fédérations sportives en échange du financement de l’État a alimenté la discussion.

Lorraine Lafrenière, de l’Association canadienne des entraîneurs, l'appuie, pour que l’on puisse percer ce qu’elle appelle « l’infranchissable plafond du 20 % de femmes ».

« Des changements ont été apportés aux niveaux scolaire et universitaire. Le Comité olympique canadien y va aussi d’efforts louables. Malgré tout, les femmes ne représentaient que 9 % des entraîneurs aux Jeux olympiques de Pyeongchang. Pire encore, une seule femme dirigeait l’une des disciplines aux Jeux paralympiques », a dit celle qui a aussi été directrice haute performance auprès de Canoë Kayak Canada et de Cyclisme Canada.

Même s’il s’est dit choqué par cette réalité, Dominick Gauthier, ex-skieur acrobatique, entraîneur, et cofondateur de B2dix, n’est pas favorable à cette forme de discrimination positive.

Pour lui, choisir un entraîneur ne devrait tout simplement pas relever d’une question de genre, mais plutôt de compétences afin de toujours choisir la meilleure personne pour répondre aux attentes et aux objectifs du poste à combler.

L’ex-patineuse de vitesse sur courte piste, ex-chef de mission de l’équipe canadienne aux Jeux olympiques et nouvelle ministre de la Condition féminine, et ministre déléguée à l'Éducation, aux Loisirs et aux Sports, Isabelle Charest, n’est pas convaincue non plus du bien-fondé de l’imposition de quotas.

On peut mettre en place des mesures incitatives. Mais il est encore plus important de créer des conditions gagnantes pour assurer la réussite.

Isabelle Charest, ministre de la Condition féminine, et ministre déléguée à l'Éducation, aux Loisirs et aux Sports

Selon elle, on perd trop souvent de très bons éléments parce qu’il est difficile de revenir dans le milieu après qu’elles aient fait une pause professionnelle pour se consacrer à leur famille.

La ministre constate aussi qu’il y a peu de réponses de la part des femmes pour pourvoir les nombreux postes offerts.

« Il est important de viser les jeunes à la base pour les intéresser au coaching, à l’arbitrage ou à la gestion du sport, a-t-elle dit. Il faudrait aussi faire en sorte de former des entraîneurs qualifiés, de développer les compétences, au lieu de laisser ça entre les mains de parents bénévoles. »

Isabelle Charest (à droite)

Isabelle Charest (à droite)

Photo : Radio-Canada

Vision plus incisive

Parlant de ses expériences personnelles, la directrice des Carabins de l’Université de Montréal et ex-entraîneuse de l’équipe canadienne de hockey féminin, Danièle Sauvageau, a tenu un discours plus affirmatif.

La policière retraitée après 33 années de service a rappelé qu’à ses débuts, il n’y avait que 113 femmes en service au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

« Elles sont aujourd’hui plus de 1300, tout ça grâce au programme sur l’accès à l’égalité », s’est-elle empressée d’ajouter.

Pour signifier davantage son appui à l’imposition de quotas, Danièle Sauvageau a cité la Norvège en exemple.

Ce pays scandinave ne comptait jusqu’en 2009 que 9 % de femmes siégeant à des conseils d’administration d’entreprises. Trois ans plus tard, après un train de mesures gouvernementales, leur nombre est passé à plus de 40 %. Pour elle, il est important d'aborder la gouvernance du sport au féminin de la même façon.

Elle s'insurge quand elle entend qu'il faudra entre 600 000 et 700 000 $ pour faire fonctionner une équipe masculine universitaire à l'UQAM, tandis qu'elle doit composer avec un budget qui ne représente pas la moitié de cette somme.

Je ne vois pas où une équipe masculine coûte tellement plus cher qu'une équipe féminine, à part peut-être les casques qui sont un peu plus gros.

Danièle Sauvageau

Signe encourageant, ou signe des temps? Le ministère fédéral du Sport, celui du Québec, le Comité olympique canadien et le programme À nous le podium sont tous dirigés par des femmes.

Mais comme l’a rappelé dans une vidéo la sénatrice et championne paralympique, Chantal Petitclerc, les choses changent, mais trop lentement.

Quand je suis arrivée dans le sport il y a 30 ans, on me disait que l’on avait beaucoup fait [pour l’avancement des femmes, NDLR], mais qu’il y avait encore beaucoup à faire. On me dit encore la même chose maintenant.

Chantal Petitclerc

Sports