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chronique

Comment chasser le mauvais sort qui s'acharne sur le Canadien à San José

Brendan Gallagher du Canadien et Logan Couture des Sharks
Brendan Gallagher du Canadien et Logan Couture des Sharks Photo: The Associated Press / Tony Avelar
Martin Leclerc

Vous souvenez-vous du 23 novembre 1999? Jesperi Kotkaniemi n'était pas né. Âgé de 12 ans, Carey Price gardait les filets d'une équipe pee-wee, tandis que Shea Weber (14 ans) était probablement le joueur bantam le plus costaud de toute la Colombie-Britannique. Eh bien, c'est ce jour-là que le Canadien a remporté sa dernière victoire à San José.

Pensez-y un instant.

Le CH a subi la défaite à ses 11 dernières visites au domicile des Sharks. Et depuis que cette concession californienne a été admise dans la LNH, le Tricolore présente à San José un dossier catastrophique de 4 victoires et 15 défaites (4-13-2). Comment une séquence aussi épouvantable est-elle possible?

Au fil des ans, bon nombre de chercheurs ont tenté d’expliquer comment surviennent les séquences de victoires et de défaites dans l’univers du sport professionnel. Les études quantitatives concluent généralement que ces séquences (lorsqu’on tient compte du niveau d’habileté des adversaires) sont le fruit du jeu des probabilités et surviennent par hasard.

Au cours d’une saison de 82 dans la LNH ou de 162 matchs dans les ligues majeures de baseball, les séquences prolongées de victoires ou de défaites sont probablement en grande partie attribuables au hasard. Mais comment peut-on expliquer les séries de succès ou d’insuccès qui se prolongent dans une seule et même ville, contre la même équipe et qui s’étalent sur plusieurs années?

***

En principe, tout le monde en conviendra, Phillip Danault, Artturi Lehkonen et Paul Byron n’ont aucun rapport avec Patrice Brisebois, Saku Koivu et Brian Savage, qui ont amorcé la séquence de 11 revers du CH à San José, le 12 mars 2001. De saison en saison, les formations sont constamment modifiées. Chaque nouvelle édition d’une équipe professionnelle ne possède-t-elle pas sa propre identité?

Rosabeth Moss Kanter n’est pas d’accord avec l’approche quantitative. Cette sociologue, qui enseigne à la Harvard Business School, est une sommité mondiale en matière de gestion de personnel. L’un de ses nombreux livres, intitulé Confidence : How Winning Streaks and Losing Streaks Begin ans End, Mme Kanter soutient qu’une culture perdante peut effectivement se transmettre au fil des ans.

« Ceux qui croient que chaque match recommence avec un pointage de 0-0 sont dans l’erreur. Un nouveau match ne replace pas le pointage d’une organisation à zéro [...] Avoir bien ou mal performé crée un héritage, une fiche qui se transporte jusqu’à la prochaine rencontre. Quand quelques défaites se transforment en plus longue séquence, il y a une force qui opère, un poids qui pèse sur les épaules des athlètes dès le début du match suivant.

« C’est une erreur commune de croire que des tendances se développent à partir d’événements totalement indépendants les uns des autres, comme lancer des dés, par exemple. Toutefois, les gens commettent aussi l’erreur inverse lorsqu’ils nient l’existence de tendances ou de dynamiques au sein de leur organisation qui augmentent ou amenuisent les chances de remporter la prochaine rencontre », écrit-elle.

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Le Canadien dispute cette semaine une série de trois matchs en sol californien, et cette portion de calendrier ne pouvait tomber plus mal.

Avec les Hurricanes de la Caroline, les Penguins de Pittsburgh et les Blue Jackets de Columbus, les hommes de Claude Julien sont engagés dans une course aux éliminatoires qui se décidera vraisemblablement à la photo d'arrivée. Seulement deux points séparent les quatre équipes.

Avant de battre les Kings à Los Angeles mardi soir, le CH ne comptait que 2 victoires à ses 15 derniers matchs en Californie. Jeudi, l’équipe rendra visite aux Sharks. Et d’entrée de jeu, la majorité des partisans et des observateurs concèdent la victoire à l’équipe locale. C’est le fameux « héritage » auquel Rosabeth Moss Kanter fait référence.

Pour rehausser ses chances de participer aux séries, et qui sait, pour se donner un bon élan avant d’attaquer le dernier mois du calendrier, le Tricolore tirerait sans doute un énorme bénéfice d'une improbable victoire à San José.

La professeure Moss Kanter pense que les entreprises et les organisations sportives doivent établir une culture de collaboration et de confiance, et mettre en place certains autres paramètres pour permettre à leurs employés ou à leur équipe de briser de longues séquences d’insuccès.

Le CH a toutefois besoin d’un remède instantané pour aider ses joueurs à se sortir, ne serait-ce que pour un soir, de ce cercle vicieux qui n’épargne personne.

Cette séquence gênante était en cours depuis cinq ans lorsque Carey Price s’est joint au Bleu-blanc-rouge. Il célèbre cette semaine sa 314e victoire dans l’uniforme montréalais (record qu’il partage avec Jacques Plante). Mais à San José, sa fiche se lit comme suit : 0-5-1. Et son taux d’efficacité ne s’élève qu’à ,900.

***

Claude Julien devrait peut-être imiter le précédent entraîneur des Flames de Calgary, Glen Gulutzan, et détendre l’atmosphère en servant un magistral doigt d’honneur à cette série de défaites dans la ville californienne.

En octobre 2017, la seule évocation du nom d’Anaheim donnait des maux de coeur aux joueurs des Flames. À l’ombre de Disneyland, Calgary avait subi pas moins de 29 défaites d’affilée, séries éliminatoires incluses. Cette séquence hallucinante durait depuis le 19 janvier 2004. À leurs 36 dernières visites à Anaheim, les Flames n'avaient enregistré qu’un seul gain. La honte.

Pour détendre l’atmosphère, Gulutzan avait tout bonnement commandé une réplique de la statuette de Jobu, rendue célèbre dans les années 1980 dans le film Major League.

Cette comédie racontait les péripéties d’une édition fictive des Indians de Cleveland, qui étaient alors reconnus comme les plus grands perdants du sport professionnel nord-américain. Et avant les matchs de cette drôle d’équipe, l’un des joueurs des Indians, Pedro Cerano, se servait de Jobu dans des cérémonies vaudoues afin de conjurer le sort qui l’empêchait de frapper les balles courbes.

Bref, en octobre 2017, les joueurs des Flames ont éclaté de rire quand leurs entraîneurs ont attribué un casier à Jobu dans leur vestiaire du Honda Center. Mais Gulutzan a ainsi réussi à détendre l’atmosphère et à dissiper le poids des 29 défaites précédentes.

Et soixante minutes de jeu plus tard, les Flames quittaient Anaheim avec une victoire de 2-0 et deux points de classement en poche! Voilà une autre belle preuve qu’au fond de leur coeur, les hockeyeurs de la LNH sont de grands enfants...

Jeudi, face aux Sharks, le Canadien luttera contre l’une des plus puissantes équipes de la LNH. Il se battra aussi pour une place en séries et contre une séquence de revers qui dure depuis 20 longues années.

Si Claude Julien garde quelques tours inédits dans son sac, c’est en plein le temps de les sortir.

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