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Le breakdance, de la rue à la porte des Jeux olympiques

Un compétiteur au Paris Battle Pro en février 2019

Photo : AFP/Getty Images / AFP/Lucas Barioulet

Robert Frosi

Il y a quelques semaines, le comité organisateur des Jeux d'été de Paris en 2024 a suggéré l'ajout du breakdance à son programme olympique. La nouvelle a créé beaucoup d'espoir dans le milieu du hip-hop.

En entrant dans l’immeuble du Centre d’éducation aux adultes (CEDA) de la Petite-Bourgogne, à Montréal, l’accueil est chaleureux et on se retrouve rapidement dans une salle au plancher noir et blanc d’une autre époque. Arrive Jonas, le prof de breakdance, allure décontractée, dreads (tresses rastas) et, surtout, un corps d’athlète. Pendant de longues minutes, Jonas, alias « Omegatron », nous explique les origines de la culture hip-hop.

« Le breakdance est né dans le Bronx, à New York, dans les années 70, relate-t-il. C’était un quartier pauvre et tout ce qu’avaient ces jeunes de la rue, ils l’ont mis dans la danse. Une danse où les duels ne font pas de victimes. Évoluant dans la culture hip-hop, le breakdance va petit à petit se raffiner. »

Entre les performances défiant la gravité, Jonas a les yeux qui s’éclairent quand on lui parle de la nouvelle que son art deviendrait peut-être un jour, olympique. Il va même mimer des gestes d’approbation et de contentement sur un rythme endiablé.

Les Olympiques, c'est ce dont on a toujours rêvé, c'est de donner un futur à nos jeunes. C’est aussi une certaine forme de reconnaissance pour des jeunes qu’on a longtemps stigmatisés comme des délinquants.

Jonas
Jonas en action

Jonas en action

Photo : Radio-Canada

« On s’entraîne comme des athlètes »

Quand on demande à Jonas s’il se considère comme un athlète à part entière, la réponse est aussi fulgurante que ses figures.

« C'est sûr qu'il y a la culture et que l’on a souvent eu une mauvaise image, mais à l'intérieur de nous, on s'entraîne comme des athlètes, lance-t-il. On surveille notre nutrition et on s'assure de garder une bonne condition physique. »

Dans un coin de la salle, Maxime fait quelques pas de danse avant de s’élancer sur la piste en virevoltant sur ses bras, puis c’est tout son corps qui s’anime et qui tourne comme une toupie. Quand on lui parle du breakdance olympique, lui aussi répond sans hésiter.

« Je pense que ça faisait un bout que ça se tramait, que c'était dans l'air que le breakdance était à l'ordre du jour du Comité olympique. Moi, je suis mitigé. Du côté positif, on va avoir de la visibilité et cela va amener plus d'adhérents, plus de pratiquants à cette danse. Mais, d'un autre côté, on voit aussi les géants capitalistes qui viennent un peu s'approprier la culture, puis nous la revendre un peu comme ils nous vendent tout ce qui est équitable et bio et au goût du jour. »

Maxime en action

Maxime en action

Photo : Radio-Canada

Après une longue période d’échauffement, N’rick s’élance à son tour. Il enchaîne les mouvements plus spectaculaires les uns que les autres sous le regard approbateur de Jonas. Maxime, lui, l’encourage et l’applaudit à la fin de sa prestation. Pour N’rick, une reconnaissance olympique va gommer l’image des mauvais garçons.

Moi, j'ai trouvé ça bien qu'on puisse reconnaître qu'un art de la rue peut finir à un niveau athlétique. Je trouve que c'est une bonne chose qu'on reconnaisse le côté athlétique et que l'on ne voit pas juste les mauvais garçons, les voyous qui font du bazar partout, alors qu'au final, c'est vraiment composé d'athlètes.

N'rick
N'rick en action

N'rick en action

Photo : Radio-Canada

Jonas, lui, est heureux de la nouvelle et espère que l’on va bien expliquer les rudiments de son art et maintenant de son sport.

« J’espère qu’on aura des commentateurs avertis, qui pourront bien faire comprendre pourquoi un mouvement est mieux jugé qu’un autre, un peu comme au ski acrobatique, dit-il. C’est important que les gens qui vont voir les compétitions puissent comprendre et surtout apprécier et découvrir notre culture. »

Le breakdance a fait sa première apparition aux Jeux olympiques de la jeunesse, à Buenos Aires, en 2018. Il faudra cependant attendre décembre 2020 pour connaître la décision sur son ajout ou non au programme olympique en 2024. Si le sport est choisi par les vieux bonzes du CIO, ce serait un vent de fraîcheur dans une maison qui a bien besoin de rajeunissement.

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