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Ces athlètes pionniers qui renouvellent le succès de leur sport

Charles Hamelin
Charles Hamelin Photo: La Presse canadienne / Jeff McIntosh
Radio-Canada

Avant Charles Hamelin, le patinage de vitesse sur courte piste a eu Marc Gagnon. Et avant Antoine-Valois Fortier, le judo a eu Nicolas Gill. Le succès engendre le succès dans bien des sports olympiques, grâce au travail de ces athlètes « pionniers » qui, par le rayonnement de leurs performances, préparent les compétiteurs de demain.

Un texte de François Carabin

« C’est une roue qui tourne, observe le directeur général de la Fédération de patinage de vitesse du Québec, Robert Dubreuil, lui-même un ancien athlète. Parce qu’on a des Québécois [talentueux], notre sport a plus de visibilité ici. Parce que notre sport a plus de visibilité, on a probablement plus de jeunes qui veulent le découvrir, s’y initier. »

Robert Dubreuil cite Gaétan Boucher pour le longue piste et Marc Gagnon et Charles Hamelin pour le courte piste. « On n’aurait pas eu la même croissance si on n’avait pas eu ces trois-là », confie-t-il.

Boucher est le premier médaillé d’or olympique du Canada sur longue piste. Gagnon et Hamelin ont décroché chacun cinq médailles, dont trois d’or, aux Jeux.

Le patineur originaire de Sainte-Julie est dans une classe à part. Il compte 53 victoires en Coupe du monde, 28 de plus que son plus proche poursuivant canadien, François-Louis Tremblay.

Pour nous, en tant que fédération, quand on a des athlètes comme Charles qui poursuivent leur carrière pour un cycle olympique additionnel, c’est un levier fantastique. De par ses résultats et son statut de vedette, il nous crée une promotion qu’on ne serait pas capable de se payer.

Robert Dubreuil, directeur général de la Fédération de patinage de vitesse du Québec

Hamelin est lui-même allé chercher sa motivation en observant les victoires de ses prédécesseurs.

« Il n’y a pas meilleur exemple que ce que tes idoles, ce que les meilleurs du sport font. J’essayais de l’appliquer sur mes performances, mes courses », se rappelle-t-il.

Il s’en est servi pour devenir le patineur décoré qu’il est aujourd’hui.

« À partir [du moment où je suis arrivé sur le circuit], mon rôle était de devenir une icône pour le sport au Canada. Je voulais suivre les traces de mes prédécesseurs du plus près possible », affirme-t-il.

Marc Gagnon, médaillé d'or au 500 m des Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002Marc Gagnon, médaillé d'or au 500 m des Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002 Photo : Getty Images / AFP/Jacques Demarthon

Former la relève

Si Charles Hamelin a été la tête d’affiche de son sport au Canada pendant la majorité des années 2000 et 2010, la jeunesse emboîte maintenant le pas.

Samuel Girard est monté sur le podium de la Coupe du monde à 24 reprises déjà depuis ses débuts en 2014, en plus de s’offrir le titre olympique du 1000 m en 2018. Chez les femmes, Kim Boutin, qui a aussi fait ses débuts chez les seniors en 2014, compte 33 podiums, et 3 médailles à ses premiers Jeux en 2018.

« Des résultats, ça incite les gens à s’inscrire, à investir, ça amène plus de commanditaires. Il y a eu l’épopée Marc Gagnon, Frédéric Blackburn. Mais, à mon avis, Charles Hamelin a pris ce que Marc avait laissé et l’a amené encore plus loin. Avoir une personne comme ça fait en sorte que le sport grandit vraiment vite », lance Samuel Girard, qui dit avoir eu comme modèle principal le patineur de 34 ans.

Au fil des années, Hamelin a profité de son statut au sein de l’équipe nationale pour redonner à ses jeunes coéquipiers. « Ça m’arrive souvent d’avoir des questions des jeunes par rapport à comment j’ai fait les choses, comment j’ai répondu par rapport à une situation », explique-t-il.

Pascal Dion s’estime chanceux d’avoir pu patiner avec un « mentor » comme Hamelin. « C’est comme une chaîne qui fait que la province reste dominante », observe-t-il.

« Samuel [Girard], je pense avoir influencé son développement depuis qu’il est avec nous, remarque Charles Hamelin. C’était facile pour moi de m’impliquer. Samuel est l’un des premiers, sinon l’un de ceux qui ont suivi du plus près ce que je faisais pour avoir du succès. Je pense que ce n’est pas un hasard qu’il soit rendu où il l’est. »

« Ça va être à nous de préparer les prochains visages, dit Samuel Girard à propos de la retraite de Charles Hamelin. Il risque moins d’y avoir de figure ancrée. Les gens vont trouver de nouveaux visages auxquels s’accrocher. »

Samuel Girard et Charles HamelinSamuel Girard et Charles Hamelin Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Un ippon à la fois

Comme Marc Gagnon et Charles Hamelin, Nicolas Gill, double médaillé olympique, a tracé la voie vers les succès internationaux de plusieurs athlètes dans son sport, le judo.

« Je pense que Nicolas Gill, c’est le plus grand pionnier du sport au Canada, et j’ai eu la chance de travailler avec », lance Antoine Valois-Fortier, médaillé de bronze aux Jeux olympiques de Londres, où il combattait sous l’égide de Gill.

« Le hasard a voulu que je remporte la première médaille canadienne aux Jeux de Barcelone. C’était une médaille, dans le monde médiatique, qui sortait de nulle part. Mes résultats sont sortis du monde du judo, ce qui n'était jamais arrivé avant », se remémore Gill.

Nicolas Gill lors des Jeux olympiques de 2000Nicolas Gill lors des Jeux olympiques de 2000 Photo : Getty Images / Scott Barbour

La médaille de bronze du judoka en 1992, et celle d’argent à Sydney, en 2000, ont fait une très belle publicité à un sport qui n’était pas très connu.

« Le sport de haut niveau doit être un outil pour développer le sport à la base », avance Gill.

Dès ma première rencontre avec Nicolas, j’avais 10 ans, une des choses qui m’avait frappé, c’est qu’il était tellement terre-à-terre tellement simple, explique Valois-Fortier. Je m’étais dit : "Si un gars comme lui peut y arriver, pourquoi pas moi?"

Antoine Valois-Fortier
Antoine Valois-FortierAntoine Valois-Fortier Photo : Radio-Canada / Éric Santerre

Les dangers du succès

Si le patinage de vitesse et le judo ont réussi à se développer avec des podiums de leurs « pionniers », le défi reste grand dans d’autres sports.

Alex Harvey domine largement le ski de fond au Canada. L’athlète de Saint-Ferréol-les-Neiges a remporté 26 médailles dans des épreuves individuelles ou d’équipe en Coupe du monde, soit 10 de plus que Beckie Scott, sa plus proche poursuivante au pays. Y aura-t-il un successeur quand il prendra sa retraite à l'issue de la présente saison?

Alex HarveyAlex Harvey Photo : Nordic Focus

Le financement accordé à chaque sport doit aussi être pris en considération. Le programme À nous le podium sépare chaque année sa cagnotte selon les résultats des athlètes canadiens aux Olympiques et dans d’autres compétitions internationales d’envergure.

En 2018-2019, le patinage de vitesse sur courte piste arrive ainsi au 7e rang sur 15 des sports d’hiver les mieux financés, avec près de 1,6 million de dollars. Le ski de fond (500 000 $) ne pointe qu’au 13e rang malgré les efforts d’Alex Harvey. Parmi les sports d’été, le judo est 10e sur 26, avec une part de près de 1 million (995 000 $).

Nicolas Gill conseille aux fédérations sportives de faire preuve de vigilance. « C’est le danger d’une fédération qui se cache derrière un athlète hyperperformant et qui oublie de mettre en place les structures pour que ça se reproduise », soutient-il.

Ces structures, Robert Dubreuil considère qu’elles sont bien en place en patinage de vitesse. « Le patinage de vitesse courte piste ce n’est pas un si gros phénomène, mais en termes de notoriété, c’est un sport qui est très connu grâce aux succès internationaux, analyse-t-il. Il y a des sports plus gros que nous, mais qui n’ont pas cette chance-là. »

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