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Victime d’une collision à haute vitesse, Hugo Barrette a frôlé la catastrophe

Hugo Barrette

Hugo Barrette

Photo : Comité olympique canadien / Michael P. Hall

Olivier Paradis-Lemieux

Les Championnats du monde de cyclisme sur piste à Pruszkow, en Pologne, devaient être le point d'orgue de la saison du Madelinot Hugo Barrette. Ils auront plutôt été le théâtre d'un accident qui aurait pu mettre fin à sa carrière.

Une séance d’entraînement dans un vélodrome pour une compétition d’envergure est toujours un exercice périlleux en raison du nombre de pistards. Pendant une heure, tous les cyclistes peuvent prendre la piste dans un ballet chaotique, où chaque instant d’inattention peut être la cause d’un accident dramatique.

Loin d’être groupés dans un seul peloton, les pistards sont répartis sur les 250 mètres de l’anneau de vitesse. Certains font un effort maximal pendant que d’autres ne font que se délier les jambes. Certains foncent droit devant eux, dans une concentration extrême, pendant que d’autres tentent de trouver le moment juste pour entrer sur la piste.

Mercredi, à Pruszkow, Hugo Barrette sortait du quatrième virage à pleine vitesse pendant que l’Allemande Lea Sophie Friedrich montait tranquillement la piste.

« Il y avait beaucoup de monde sur la piste et j’étais en train de faire un effort lancé, l’effort le plus rapide. Quand je suis sorti du tournant 4, il y avait quelqu’un qui regardait derrière elle pour monter. J’avais l’impression qu’elle me voyait. Mais il y avait tellement de monde… Je savais qu’il fallait que je fasse attention, mais j’ai continué à fond », raconte le cycliste de 27 ans depuis sa chambre d’hôtel.

À la dernière minute, comme ça, je n’ai pas eu le temps de me tasser, je lui ai foncé dedans. C’était comme rentrer dans un mur.

Hugo Barrette

La force de l’impact a été telle que les deux vélos se sont cassés en deux sur le coup.

Tout est rentré dans ma poitrine. J’ai complètement perdu le souffle. La minute où je suis par terre, elle est longue. Tout bougeait. J’étais certain que je m’étais tout brisé.

Hugo Barrette

Un accident du genre, provoqué par la présence d’un autre cycliste sur la piste, ne lui était jamais arrivé avant. « Je fais tout le temps attention, il faut vraiment être malchanceux. C’est vraiment quelqu’un qui n’a pas fait attention. »

À Cali, en 2015, Barrette avait plutôt lui-même perdu la maîtrise de son vélo dans un effort lancé à haute vitesse avant de traverser une barrière, de terminer sa course dans les gradins et d’échapper de peu à la mort. L’accident lui avait valu une semaine dans un hôpital colombien, mais ses blessures avaient été nettement moins grandes qu’anticipées.

Hugo Barrette lors de son retour à la piste de Cali, en Colombie

Hugo Barrette lors de son retour à la piste de Cali, en Colombie

Photo : Radio-Canada / Olivier Paradis-Lemieux

Cette fois, les séquelles ont été encore moindres dans un accident en tout point similaire à celui qui a coûté à la meilleure sprinteuse du monde l’usage de ses deux jambes. Le 26 juin dernier, à l’entraînement, la double championne olympique et 11 fois championne du monde Kristina Vogel sortait d’un virage à pleine vitesse quand elle est entrée en collision avec une cycliste danoise qui essayait ses départs. L’Allemande a subi plusieurs fractures et surtout une rupture de la moelle épinière qui l’a laissée paralysée.

« C’est exactement la même chose, mais moi qui me retrouve dans la situation de Kristina Vogel et une fille de l’Allemagne qui a monté », dit Hugo Barrette.

À nouveau miraculé

« Je ne me suis pas tapé la tête. Je n’ai rien de cassé, explique-t-il. Le plus gros problème que j’ai est que tout l’impact a été dans un de mes mollets et ce mollet ne bouge plus du tout. J’ai la moitié d’une jambe qui ne fonctionne pas. »

Néanmoins, le Madelinot était jeudi au départ du keirin des mondiaux, discipline dans laquelle il a terminé au 2e rang du classement de la Coupe du monde cette saison. Diminué, il n’a pas pu aller au-delà du repêchage après avoir terminé 5e et 4e de ses deux courses du premier tour.

« Tout le monde était surpris de me voir hier, lance-t-il néanmoins avec le sourire. Personne n’en revenait de me voir sur la ligne de départ. Ma saison a été ancrée vers les mondiaux, et ç’a complètement gâché ma préparation. C’est dommage. Mais encore une fois, comme à Cali, je m’en suis sorti… De ne pas pouvoir performer dans une course, c’est rien comparé à ce qui aurait pu arriver. »

Hugo Barrette explique qu’il a pu légèrement pousser la malheureuse cycliste allemande avant d’entrer en collision avec elle, ce qui a pu réduire un peu la force de l’impact. Friedrich s’en est toutefois encore mieux sortie que le Québécois.

« Je pense qu’elle va bien, dit-il en riant. Elle s’en va en demi-finales au sprint! C’est surtout son vélo qui a pris tout l’impact. »

Samedi, le pistard remontera sur son vélo pour le début des épreuves de sprint en espérant obtenir d’ici là une nuit de sommeil des plus réparatrices.

« En ce moment, mes muscles sont tous bleus. Je n’ai plus d’énergie. La récupération prend toute mon énergie, avoue-t-il. J’y vais pour le miracle demain, le miracle que je me réveille et que je me sente moins coincé. On ne sait jamais, avec une bonne nuit de sommeil, je pourrais être assez en forme pour me qualifier et faire des rondes. Je vais l’essayer. Et si ça ne marche pas, on met ça de côté. »

Un moindre mal

« C’est triste, mais j’ai une énergie positive », ajoute Barrette.

Chez celui qui avait construit sa saison sur ces Championnats du monde, la frustration est palpable. À plusieurs reprises cette saison, il a diminué ses efforts à l’entraînement avant certaines compétitions afin d’arriver au sommet de sa forme en Pologne.

C’est un risque que j’ai pris, il n’est pas tombé de mon côté. Mais au moins, après quelques semaines de repos, je pourrai retrouver l’entraînement.

Hugo Barrette
Hugo Barrette sur le podium du keirin lors de la Coupe du monde de Milton, en Ontario

Le médaillé d'argent Hugo Barrette sur le podium du keirin lors de la Coupe du monde de Milton, en Ontario

Photo : Cycling Canada/Bojan Uzicanin

Le cyclisme sur piste est déjà un sport extrême où tout peut basculer en une fraction de seconde d’inattention, mais Hugo Barrette soutient que les changements à la structure des entraînements avant les compétitions augmentent le risque qu’un incident comme le sien se produise.

« Avant, c’était 3-4 heures et tout le monde se séparait pendant cette période, mentionne-t-il. Mais là, un de nos entraîneurs a compté jusqu’à 65 personnes sur la piste. Tu n’as même pas le droit de faire des courses avec plus de 30 coureurs sur la piste. Et ça va vite parce qu’il y a une heure pour tout le monde. Cette année, ç’a passé proche à chaque compétition qu’il y ait un accident. »

Hugo Barrette a évité le pire et ne gardera pas de séquelles de cette collision. Pour un double miraculé comme le Madelinot, il y a aussi une Kristina Vogel, qui commente aujourd’hui les compétitions pour la télévision allemande sans pouvoir y défendre ses deux titres mondiaux acquis il y a un an à Apeldoorn.

Kristina Vogel parle à la presse après son accident qui l'a laissée paraplégique

Kristina Vogel parle à la presse après son accident qui l'a laissée paraplégique.

Photo : Getty Images / Maja Hitij

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