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chronique

Le cas Caster Semenya

Caster Semenya

Caster Semenya

Photo : Getty Images / Vidar Ruud

Dominick Gauthier

BILLET - Et si le genre n'était plus le critère définissant les catégories dans le sport.

Cela fait plusieurs mois que j’hésite à écrire sur l'un des sujets les plus chauds et délicats dans le monde du sport, l’« hyperandrogénie ».

Le sujet divise les scientifiques. Alors comment un simple diplômé en finances comme moi peut-il en arriver à une opinion tranchante et convaincante? Impossible, direz-vous.

D’abord une petite mise en contexte.

Une personne dite hyperandrogène, généralement une femme, présente un taux anormalement élevé de testostérone qui lui confère un énorme avantage dans la pratique de certains sports. Un avantage qui se voit surtout dans les épreuves sollicitant le système anaérobie lactique, pour un effort allant de 30 secondes à 4 minutes. Si on parle de course à pied, ce sont les distances olympiques du 400 m au 1500 m, ainsi que la distance non olympique du mille (1609 m).

Cette semaine, devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne, se déroulait une audience qui pourrait changer la face, ou le genre, du sport à tout jamais. La championne olympique du 800 m, la Sud-Africaine Caster Semenya, conteste la décision de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) d’imposer aux femmes hyperandrogènes une baisse, par des médicaments, de leur taux de testostérone pour participer aux épreuves internationales allant du 400 m au mille.


Vous vous souvenez sûrement de cette image forte des Jeux olympiques de Rio, en finale du 800 m, où l’on voit Melissa Bishop, la petite Canadienne, terminer en 4e position derrière un groupe de trois femmes à l’allure plutôt masculine, avec Caster Semenya devant.

Debout sur mon siège, je criais haut et fort à l’injustice.

Caster Semenya mène le peloton du 800 m devant la Canadienne Melissa Bishop.

Caster Semenya mène le peloton du 800 m devant la Canadienne Melissa Bishop.

Photo : Getty Images / Olivier Morin

Ce n’est que plusieurs mois plus tard, après de nombreuses discussions avec des scientifiques, que je suis redescendu de mon siège.

Caster Semenya présente depuis sa naissance un taux de testostérone de quatre à cinq fois plus élevé que la norme pour une femme. Presque toutes les femmes dans le monde ont un taux inférieur à 2 nmol/L. Le règlement de l’IAAF impose maintenant un taux maximal de 5 nmol/L. Cela semble donc raisonnable et équitable à première vue.

Selon les experts, avec un taux plafonné à 5 nmol/L, la perte de performance pour un athlète hyperandrogène peut aller jusqu’à 3 %.

Est-ce que Bishop aurait gagné une médaille à Rio?

La différence entre son chrono et celui de la gagnante, Semenya, était de moins de 2 %. Je vous laisse faire vos propres calculs, mais il est indéniable que la Canadienne aurait au moins gagné une médaille au Brésil si le règlement de l’IAAF avait été imposé.

J’ai la fibre patriotique et je connais bien Melissa. Je serais heureux pour elle si le règlement de l’IAAF restait inchangé, mais dans ce dossier, ce n’est pas noir ou blanc. Il y a des nuances qui pourraient changer le sport à tout jamais.


Après l’audience devant le TAS, il y a deux verdicts possibles, et chacun aura un impact majeur sur l’avenir du sport et la société en général :

  1. On infirme la décision et on permet un taux illimité de testostérone. Dans ce cas, toute femme ayant un taux normal n’aura pratiquement aucune chance de gagner dans certaines disciplines. Nous verrons donc la fin du sport féminin tel que nous le connaissons. Les athlètes hyperandrogènes et potentiellement les transgenres domineront les podiums internationaux.
  2. On reste sur la position et on impose un taux maximal. Dans ce cas, nous brimons les droits de la personne en punissant des athlètes nés avec une anomalie de type hormonal.

Pourquoi valoriser des anomalies physiques comme les grands bras de Micheal Phelps en natation ou les incroyables capacités pulmonaires des coureurs kényans vivant en altitude, et crier à l’injustice pour des anomalies hormonales?

Permettez-moi de suggérer quelques pistes de solution. Les deux premières seraient justes, selon moi, alors que la troisième créerait inévitablement de la discrimination.

  1. Établir les catégories non pas en fonction du genre (hommes ou femmes), mais plutôt en fonction d’autres critères comme le taux hormonal, le poids, la taille, etc. Complètement fou? Regardez comment notre société a évolué ces dernières années et cela ne fera qu’accélérer. L’inclusion est un sujet dont on parle de plus en plus et c’est tant mieux. Il faut donc être ouvert d’esprit. Le cas Cater Semenya fera bouger les choses, d’une façon ou d’une autre.
  2. Créer un système de handicaps et de catégories comme aux Paralympiques. Je vous vois vous gratter la tête encore. Pourtant, ce système fonctionne assez bien dans un univers où il y a beaucoup plus de facteurs de différences.
  3. Créer une troisième catégorie en fonction du taux hormonal. Le problème ici vient du fait que, peu importe où l’on trace la ligne, il y aura des athlètes avantagés.

Si vous dites que c’est de la folie tout ça, et qu’on devrait s’en tenir à la formule « que le meilleur gagne », alors pourquoi avoir des catégories de poids dans les sports de combat? Si nous avons accepté le poids comme étant un facteur, il faut absolument considérer aussi le taux hormonal.

Je vous ai convaincu? Sûrement pas, mais SVP, gardez l’esprit ouvert et réfléchissez bien avant de juger et de monter sur votre siège comme je l’ai fait dans le stade à Rio.

Dominick Gauthier a participé aux Jeux olympiques de Nagano, en 1998, en ski acrobatique (bosses). Il est cofondateur de la fondation B2dix.

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