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chronique

Les Expos/Rays en garde partagée : quelle mauvaise idée!

Des partisans foulent le terrain pour l'occasion.

Le dernier match des Expos de Montréal s'est joué le 29 septembre 2004 contre les Marlins de la Floride.

Photo : Getty Images / Charles Laberge

Martin Leclerc

BILLET - En décembre prochain, lorsqu'on passera en revue les meilleurs et les pires moments de 2019, ce scénario figurera assurément parmi les plus saugrenus de l'année.

Dans sa section Sports, le quotidien La Presse publie vendredi un texte voulant que dans le cadre du projet de retour d’une équipe du baseball majeur à Montréal, le scénario principal présenté aux gouvernements par Stephen Bronfman et son groupe d’investisseurs soit une sorte de garde partagée d’une équipe.

Ce texte, signé par trois journalistes expérimentés, souligne que « selon plusieurs sources impliquées dans ce dossier, le groupe de M. Bronfman planche en priorité sur un scénario selon lequel l’équipe de baseball jouerait une partie de sa saison à Tampa Bay et l’autre partie à Montréal ».

Ainsi, toujours selon le quotidien montréalais, les Expos/Rays disputeraient leurs matchs du printemps et de l’automne à Tampa, mais se réfugieraient à Montréal pour y jouer durant les chauds mois d’été.

Si votre mâchoire vient de décrocher, consolez-vous. Vous n’êtes pas seul.

Malgré le fait que cette histoire s’appuie sur « plusieurs sources », les confrères de La Presse disent ne pas être en mesure de spécifier si cette « garde partagée » serait permanente ou temporaire. De toute manière, ça n’a aucune importance puisque les deux scénarios n’ont aucun bon sens.

***

En collaboration avec la communauté d’affaires et les élus de la région de Tampa/St. Petersburg, les Rays cherchent depuis plusieurs années un nouveau site qui leur permettrait de bâtir un stade et de demeurer dans cette région floridienne pour au moins 25 ans de plus.

Or, les deux parties sont incapables de s’entendre quant au financement du projet. Au point où le propriétaire des Rays, Stuart Sternberg, a jeté l’éponge en décembre dernier.

Le Tropicana Field, actuel domicile des Rays de Tampa Bay, à St.Petersburg.

Le Tropicana Field, actuel domicile des Rays de Tampa Bay, à St.Petersburg.

Photo : The Associated Press / Reinhold Matay

Il faudrait que les élus floridiens en fument du bon pour, soudainement, trouver que ce serait encore une meilleure idée d’investir plusieurs centaines de millions dans la construction d’un nouveau stade qui ne serait utilisé que la moitié du temps.

Idem du côté de Montréal. Stephen Bronfman et son groupe entendent faire du futur stade montréalais un pôle d’attraction autour duquel sera installé un dynamique quartier où l’on retrouverait des habitations, du divertissement et des immeubles de bureaux. C’est un projet de plusieurs milliards de dollars qui nécessitera sans doute un coup de pouce des gouvernements.

Pourquoi des hommes d’affaires avertis torpilleraient-ils leur propre projet en dirigeant la moitié de leur achalandage vers la Floride? Et, à moins de vouloir se suicider politiquement, quel gouvernement soutiendrait pareil projet pour accueillir une moitié d’équipe et empocher la moitié des retombées et des recettes fiscales attendues?

Par ailleurs, tant en Floride qu’à Montréal, aucun stade ne sera construit sans une participation importante des propriétaires de l’équipe. Et puisque les Expos/Rays appartiendraient à un seul groupe d’actionnaires de contrôle, comment ces derniers pourraient-ils conclure qu’il leur serait profitable de financer la construction de deux stades au lieu d’un seul?

Et si les propriétaires décidaient d’oublier la construction de nouveaux stades et que l’équipe en « garde partagée » disputait simplement ses matchs « locaux » au Tropicana Field et au stade olympique, demandez-vous.

Les Expos sont morts en 2004 parce que le stade olympique ne générait plus assez de revenus pour faire vivre l’équipe et que les gens ne voulaient plus y aller. Les Rays cherchent à tout prix à sortir du Tropicana Field pour exactement les mêmes raisons.

Jouer dans deux mauvais stades ne réglerait donc aucun problème. Les gens de Tampa n’achèteraient pas plus de billets. Et après un court effet de nouveauté, les Montréalais ne se frotteraient pas les mains à l’idée, par un beau dimanche de juillet, d’aller s’enfermer au stade olympique.

Par ailleurs, du côté de l’Association des joueurs, un tel scénario « permanent » serait rejeté à coup sûr. Et même dans le cas extrêmement improbable où il serait accepté, aucun joueur de qualité ne souhaiterait porter les couleurs d’une équipe itinérante et devoir déménager sa famille d’un bout à l’autre du continent chaque année.

***

Pourrait-il s’agir d’une solution temporaire, alors? Certains rappellent qu’en 2003 et en 2004, les Expos avaient disputé 22 de leurs 81 matchs locaux à Porto Rico. Cet épisode n’avait d’ailleurs pas été le plus glorieux de l’histoire de la MLB.

Ces mêmes gens semblent toutefois oublier que les Expos s’apprêtaient alors à déménager à Washington. Et que la MLB a suffisamment respecté les Montréalais et les gens de Washington pour attendre qu’un déménagement officiel survienne avant de présenter des matchs dans la capitale américaine.

Voyons tout de même à quoi ça ressemblerait si Montréal devenait le refuge temporaire pour les Rays. Et tentons de déterminer quels avantages Montréal et le groupe de Stephen Bronfman tireraient d’un tel arrangement, qui serait l’équivalent de tomber enceinte à moitié.

Les investisseurs montréalais n’auront qu’une seule chance de recréer l’étincelle entre le public et leur nouvelle équipe de baseball majeur. Ils n’auront qu’une seule chance de faire une première bonne impression, de créer un effet de nouveauté et de permettre au public d’enfin assister à des matchs de baseball dans un vrai stade de baseball.

Les joueurs des Blue Jays de Toronto et des Mets de New York avant un match préparatoire au stade olympique de Montréal

Les joueurs des Blue Jays de Toronto et des Mets de New York avant un match préparatoire au stade olympique de Montréal

Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson

Une saison de la MLB comporte 162 matchs. Et la période la plus terne de ce long calendrier se trouve justement au milieu, au cours de ce que nos voisins américains appellent les « dog days of summer ».

Les « dog days of summer » surviennent quand les promesses du camp et l’adrénaline du premier quart de saison s’étiolent. Du début juin jusqu’à la mi-août, le baseball devient mécanique. Les joueurs disputent ces matchs de la même manière que les marathoniens se comportent entre les 11e et 32e kilomètres. Ils s’efforcent de maintenir le rythme et de rester concentrés, tout en préservant le meilleur pour la fin. Les baseballeurs retrouvent leur enthousiasme quand ils s’engagent dans la dernière ligne droite et que les matchs recommencent à avoir une signification.

C’est à ce moment, et pas avant, que la fièvre du baseball s’empare d’une ville de la MLB.

Or, selon le scénario hypothétique présenté par La Presse, pendant quelques saisons, en attendant que les Rays déménagent, on demanderait aux Montréalais d’aller encourager les représentants d’une autre ville pendant les « dog days of summer ». En retour, même à la veille de se faire larguer, les partisans des Rays auraient droit aux segments les plus intéressants de la saison.

Ce serait un peu comme le type qui dit aimer sa maîtresse lorsqu’il la rejoint les soirs de semaine, mais qui passe les meilleurs moments de sa vie (les week-ends et les vacances) avec sa femme.

Ce n’est certainement pas de cette manière que les Québécois devraient recommencer à fréquenter leurs Z’Amours.

S’il s’agit réellement du scénario privilégié par les investisseurs montréalais, disons les choses comme elles sont : c’est une mauvaise idée, ça ne fait pas sérieux et c’est vraiment mal parti.

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