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chronique

Une embauche et une analyse intrigantes du côté des Predators de Nashville

Hugo Roy (à droite), dans l'uniforme du Phoenix de Sherbrooke
Hugo Roy (à droite), dans l'uniforme du Phoenix de Sherbrooke Photo: Getty Images / Mathieu Belanger
Martin Leclerc

Les Predators de Nashville ont procédé à une embauche qui est passée totalement inaperçue en début de semaine. Ils ont consenti un contrat de deux ans de la Ligue américaine à l'attaquant de 21 ans Hugo Roy, qui vient de conclure une excellente première saison dans les rangs universitaires canadiens avec les Stingers de Concordia.

En apparence, cette signature de contrat est absolument anodine. Mais quand on apprend comment s’est faite l’analyse du dossier, l’histoire devient vachement intéressante.

Au départ, il faut savoir que l’histoire d’Hugo Roy n’a rien de banal parce que les décideurs de la LNH ignorent généralement le hockey universitaire canadien.

À leurs yeux, il ne sert à rien d’épier la progression des joueurs du circuit U Sports puisque la quasi-totalité de ces joueurs ont auparavant joué dans les rangs juniors et que leurs recruteurs ont amplement eu le temps de les voir à l’oeuvre. (Pourtant, du côté américain, toutes les équipes de la LNH continuent d’analyser les joueurs de la NCAA jusqu’à la fin de leur stage universitaire, même si leurs recruteurs les voient jouer depuis l’adolescence.)

Dans ce contexte, le fait que Roy décroche un contrat de deux ans avec une très bonne organisation de la LNH s’avère assez exceptionnel.

Voilà un joueur qui n’avait pas attiré les regards dans les rangs midgets et qui avait dû passer une année dans le junior AAA avant de faire le saut dans la LHJMQ. Arrivé dans la LHJMQ, il s’était suffisamment démarqué pour être nommé capitaine du Phoenix du Sherbrooke à l’âge de 19 ans, saison durant laquelle il a inscrit 34 buts et amassé 26 passes.

Invité au camp de l’Avalanche du Colorado, Roy en était ressorti sans contrat et avait dû se résoudre à boucler son stage junior à titre de joueur de 20 ans.

Dans l’uniforme des Stingers de Concordia cette saison, contre des joueurs plus âgés que lui dans un calibre de jeu nettement plus élevé que celui de la LHJMQ, il a continué de déployer ses ailes. En plus de jouer au sein des deux premières unités spéciales, il a inscrit 19 buts en seulement 28 matchs.

***

Le recruteur québécois des Predators, Jean-Philippe Glaude, est un ancien joueur de la LHJMQ qui a lui-même joué dans les rangs universitaires pour les Patriotes de l’UQTR. Son point de vue est donc extrêmement intéressant, d’autant plus que son territoire de recrutement s’est agrandi et que ses fonctions l’amènent désormais à assister à un grand nombre de matchs de la NCAA.

Or, Glaude n’en revient pas à quel point le calibre de jeu du circuit U Sports a évolué au cours des dernières années.

« C’est incroyable. Les gens n’ont aucune idée de la vitesse du jeu et de la qualité des joueurs qu’on retrouve au niveau U Sports. Il y a des gars qui ont goûté à la Ligue américaine et d’autres qui ont été repêchés dans la LNH. La très grande majorité a évolué au niveau junior majeur au Québec, en Ontario et dans l’Ouest. Et soudainement, le hockey universitaire les change de contexte. Ils disputent moins de matchs et s’entraînent davantage. Après deux ans, plusieurs sont méconnaissables. Leur maturité et leur force physique ne sont plus les mêmes », dit Glaude.

***

Depuis quelques années, de plus en plus de bons joueurs issus du junior majeur décident de faire le saut dans les rangs universitaires à 19 ou à 20 ans. Ils préfèrent (avec raison) empocher leurs bourses d’études méritées dans le junior majeur et miser sur leurs études au lieu d’aller se promener en autobus dans la Ligue de la côte est.

« Le niveau de jeu est vraiment élevé, constate Jean-Philippe Glaude. Les universités déploient beaucoup d’efforts côté recrutement. Les entraîneurs me disent que le niveau de jeu augmente chaque année. À mon époque, par exemple, l’Université Ryerson (reconnue pour sa faculté d’ingénierie) était presque une risée. Cette équipe subissait régulièrement des raclées. Cette année, ils viennent de remporter le titre de leur division. »

Les propos de Glaude font écho à ceux que tenait le gardien Étienne Marcoux dans cette chronique il y a deux ans. Ce porte-couleurs de l’Université du Nouveau-Brunswick constatait avec étonnement que les recruteurs boudaient le hockey universitaire canadien.

« Pourtant, durant un de nos camps d’entraînement, nous avions battu le club-école des Sénateurs d’Ottawa », soulignait Marcoux, qui est maintenant sous contrat avec l’organisation du CH.

Il y a cinq ans, Glaude avait misé sur Frédérick Gaudreau, un joueur de 21 ans qui venait de terminer son stage junior majeur et qui avait été ignoré par toutes les organisations de la LNH. Il s’apprêtait à faire le saut dans les rangs universitaires. Or, deux ans après cette signature, Gaudreau jouait en finale de la Coupe Stanley! Il fait d’ailleurs encore partie de la formation des Predators.

Frédérick Gaudreau Frédérick Gaudreau Photo : Getty Images / Kirk Irwin

Le recruteur québécois des Predators ne s’aventurera pas à prédire un dénouement semblable dans le cas d’Hugo Roy. « Mais la possibilité de le voir rendre de bons services à l’organisation surpasse de beaucoup le risque pris par l’organisation », lance-t-il.

« Voilà un jeune joueur que j’aimais bien dans les rangs juniors et qui a continué à travailler fort dans les rangs universitaires pour poursuivre sa progression. Il n’était pas sur le pilote automatique cette saison. Il assumait avec brio des responsabilités importantes chez les Stingers. C’est un très beau risque que nous prenons avec lui. »

***

Compte tenu des observations qu’il a faites ces dernières années, Glaude s’étonne que le hockey du circuit U Sports ne soit pas davantage épié.

« Le U Sports n’est pas une ligue que les équipes de la LNH surveillent de façon officielle. Les recruteurs qui assistent à ces matchs le font souvent à titre d’initiatives personnelles. C’est méconnu. Les décideurs connaissent mal le niveau de jeu. En conséquence, ils n’accordent peut-être pas à ce circuit la crédibilité qu’il mérite et c’est plus difficile de leur vendre des joueurs. Mais au bout du compte, c’est le travail d’un recruteur de convaincre ses patrons », ajoute Jean-Philippe Glaude.

Lorsqu’on lui demande quelle est la principale différence entre le hockey pratiqué dans la NCAA et celui auquel il a assisté cette saison dans le circuit U Sports, Glaude prend une bonne pause.

« C’est une très bonne question », répond-il.

« Les systèmes canadien et américain sont différents. Les meilleurs espoirs canadiens prennent immédiatement la route de la Ligue américaine après l’étape junior, alors que, du côté américain, on voit souvent des espoirs de haut niveau (comme des choix de premier tour) prendre le temps de parfaire leur apprentissage du côté universitaire avant de faire le saut.

« Deux exemples me viennent rapidement en tête : les défenseurs Dante Fabbro (choix de premier tour de Nashville en 2016) et Cale Makar (choix de premier tour de l’Avalanche du Colorado en 2017). Du côté canadien, un gars comme Makar n’ira pas jouer à McGill. La coche entre les deux ligues universitaires se situe à ce niveau.

« Au bout du compte, ça ne change rien au fait que le U Sports aligne d’excellents joueurs et que ses programmes y gagneraient en déployant plus d’efforts pour se faire mieux connaître. »

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