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chronique

Comment nourrir un athlète? La question n’a jamais été aussi complexe

Une salade de pâte végétarienne
Le menu des athlètes est de plus en plus varié et personnalisé. Photo: Associated Press / Mia
Martin Leclerc

On l'a vu récemment avec la publication du nouveau Guide alimentaire canadien : les habitudes alimentaires de la population changent à la vitesse grand V.

La science évolue, les sources d’information se multiplient et l’offre de produits alimentaires n’a jamais été aussi diversifiée. Les gens sont plus soucieux de leur santé. Ils se posent des questions et tentent de faire les meilleurs choix possible lorsqu’ils se rendent au marché.

Dans le monde du sport, cette révolution semble encore plus féroce. Quand votre gagne-pain dépend de vos performances physiques, il est sans doute normal d’accorder une importance accrue à la qualité et à l’utilité des aliments que vous consommez.

Dans la LNH, les histoires de régimes alimentaires particuliers commencent à émerger un peu partout. Par exemple, il y a quelques mois, un ami possédant une connaissance intime d’une équipe de l’Ouest me disait que sept joueurs de cette formation avaient adopté des régimes alimentaires non conventionnels. On parle ici de végétarisme, de régime sans gluten, de régime sans produits laitiers, etc.

Au sein du Canadien, le défenseur Karl Alzner s’est déjà identifié comme étant « végétarien à 95 % ». Max Domi, qui souffre de diabète et est porteur de la maladie cœliaque, ne consomme pas de gluten. Jeff Petry a adopté au cours de la dernière année un régime sans gluten et sans produits laitiers. Jesperi Kotkaniemi, semble-t-il, évite aussi le gluten et les produits laitiers.

Dans la LNH, le défenseur Zdeno Chara, des Bruins, est l’un des rares joueurs à avoir adopté un régime végétalien, nous apprenait récemment le confrère Guillaume Lefrançois, de La Presse.

***

Le nutritionniste du CH, Martin Fréchette, est associé à l’organisation depuis deux ans. Issu du sport amateur d’élite, il travaille depuis une dizaine d’années auprès de plusieurs équipes nationales et olympiques.

« Depuis cinq ans, il y a une mouvance et c’est plus flagrant. Avant, il y avait un athlète par équipe qui arrivait avec une idée comme ça [de régime alimentaire alternatif]. Mais maintenant, on voit que ça teinte l’alimentation d’une part significative d’athlètes. Et ce n’est pas toujours blanc ou noir. Il y a beaucoup de gris », explique Fréchette, qui est aussi associé à l’Institut national du sport du Québec (INS).

Le laboratoire de nutrition de l'INS à MontréalLe laboratoire de nutrition de l'INS à Montréal Photo : Société Radio-Canada

Fréchette constate que la proportion de joueurs du Tricolore ayant adopté un régime alimentaire particulier ressemble beaucoup à ce que l’on voit au sein de l’équipe de l’Ouest mentionnée plus haut.

« Jusqu’à 25 % de nos joueurs ont une particularité alimentaire. Ça va de l’allergie à l’intolérance, à la préférence. Par exemple, on a des joueurs qui évitent le gluten avant les matchs parce qu’ils sentent que ça facilite leur digestion, mais qui consomment du gluten le reste du temps parce que cette préférence n’est liée à aucune condition médicale », précise-t-il.

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Pour faire face à cet important changement de culture parmi ses joueurs, le CH a donc procédé à de nombreux ajustements depuis l’an dernier.

« Les menus offerts au Complexe Bell ont été modifiés, souligne Martin Fréchette. Maintenant, au dîner par exemple, il y a toujours une solution végétarienne qui est proposée. Il y a aussi toujours une solution sans gluten dans les produits céréaliers. »

Les menus d’avant-match offerts aux joueurs, les menus ou collations d’après-match au Centre Bell et à l’étranger, de même que les menus d’après-match servis à bord des avions ont aussi été revus en profondeur.

« Prenons l’exemple de Max Domi. On a commandé des collations adaptées pour lui. Après les matchs, il y a toujours un petit quelque chose qui l’attend, comme un wrap sans gluten. Après ça, dans l’avion – et ç’a été un bon dossier au mois de septembre – , nous avons travaillé avec Air Canada pour insérer des options végétariennes au menu et pour nous assurer que, côté aliments sans gluten, on soit blindés à 100 %. Dans le cas de Domi, ce n’est pas une préférence. C’est sa santé qui est en jeu », de poursuivre Martin Fréchette, qui enseigne aussi à l’Université de Sherbrooke.

« Au bout du compte, notre travail consiste à nous ajuster pour que l’offre alimentaire soit optimale. Il faut que tous nos joueurs réussissent et non pas que la moyenne réussisse. Peu importe ce qu’on leur offre, il faut que chaque joueur puisse trouver la solution qui lui convient. »

Ces modifications aux menus de l’équipe, semble-t-il, commencent à faire des petits.

« Plusieurs autres joueurs et membres de l’organisation profitent de ces innovations que nous avons faites l’an passé. Des joueurs qui ne sont pas nécessairement végétariens choisissent cette option de temps à autre. D’autres vont parfois pencher vers l’option sans gluten simplement parce qu’il s’agit d’un grain céréalier différent et que ça fait changement des pâtes alimentaires traditionnelles que nous mangeons depuis 100 ans. »

***

Il y a quelques décennies, la qualité de la préparation physique est devenue la principale source de préoccupation des hockeyeurs de haut niveau. Pour se distinguer de la masse, les athlètes ont commencé à s’entraîner à longueur d’année et à embaucher des entraîneurs personnels qui leur concevaient des plans d’entraînement adaptés à leurs besoins particuliers.

La version 2.0 de cette approche a surgi au cours des 10 dernières années. Les hockeyeurs se sont aussi mis à embaucher des spécialistes pour renforcer leurs habiletés et tactiques individuelles durant la saison morte. Une préparation physique optimale et un meilleur niveau de compétence leur permettent de prolonger leur carrière et de maximiser leurs revenus.

L’alimentation est en train de devenir un champ de bataille semblable. Il n’y a pas si longtemps, la consommation de suppléments alimentaires constituait probablement le plus grand facteur de différenciation entre les athlètes de pointe et la population en général.

Un partisan offre une frite à l'ancien des Capitals de Washington Greg Adams lors de la Classique hivernale de 2011.La frite qu'a volée l'ancien des Capitals de Washington Greg Adams à un partisan lors de la Classique hivernale de 2011 ne figure pas dans les priorités des nutritionnistes. Photo : Getty Images / Justin K. Aller

À l’évidence, les enjeux sont devenus beaucoup plus complexes. Comme cela a été le cas en ce qui a trait à la préparation physique, le jour n’est probablement pas loin où chaque joueur finira par adopter un régime alimentaire conçu par des spécialistes et totalement adapté à ses objectifs, croyances, préférences ou intolérances.

« Je pense qu’il faudrait qu’on se dirige vers une individualisation de l’approche lorsqu’il est question de l’alimentation des athlètes », soutient Martin Fréchette.

« Beaucoup d’aliments deviennent plus ou moins en vogue avec le temps, poursuit-il. Il y a 10 ans, le lait n’était plus bon et la boisson de soya était magique. Il y a cinq ans, la boisson de soya n’était plus bonne à cause des phytoestrogènes qu’elle contient et on disait que les athlètes ne devaient pas en prendre. On disait alors que le lait 3,25 % était redevenu acceptable si les animaux étaient élevés biologiquement. Il y a tout le temps des modes alimentaires. Là, c’est le gluten qui figure parmi les éléments à éviter, mais ce seront bientôt les FODMAP (des glucides et molécules spécifiques difficiles à digérer) qui figureront sur la liste noire. »

« Toutes ces découvertes ne sortent pas d’un chapeau. Il y a des aliments qui conviennent à certains et moins à d’autres. L’individualisation permettra de prendre tous ces bouts de vérité et de travailler avec chaque joueur pour l’aider à trouver sa vérité à lui. C’est vers ça qu’on se dirige », estime-t-il.

***

Le monde de la performance sportive est un monde d’excès. Chaque pierre y est retournée. Chaque possibilité d’accroître le rendement d’un athlète finit par être évaluée, expérimentée et mise en application.

Après la préparation physique et l’alimentation, Martin Fréchette croit que le prochain aspect de leur vie auquel les athlètes voudront s’attarder sera celui du sommeil.

« Dans cinq ans, on entendra beaucoup parler de sommeil. Les preuves scientifiques s’accumulent et indiquent que la qualité du sommeil influe sur plusieurs aspects de notre vie. Et dans le contexte des athlètes, c’est encore plus vrai. On peut penser aux voyages, aux horaires irréguliers et aux décalages horaires, entre autres. »

« À l’INS, il y a déjà un physiologiste qui travaille fort pour concevoir des plans de sommeil aux athlètes qui doivent performer tout en étant confrontés à ces contraintes », révèle-t-il.

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