•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Geneviève Simard à Tout le monde en parle pour que les abus cessent

Elles parlent des délits sexuels envers des mineurs dans le sport amateur.

Marie Malchelosse, Geneviève Simard et Sylvie Parent

Photo : Avanti Groupe / Karine Dufour

Radio-Canada

L'ex-skieuse Geneviève Simard a encore de la difficulté à raconter à quel point Bertrand Charest a gâché son adolescence.

L’ancien entraîneur, reconnu coupable de 37 chefs d’accusation pour des crimes sexuels commis sur une douzaine de jeunes skieuses dans les années 1990, purge une peine de 12 ans de prison.

« Ma vie est marquée à jamais, a dit Simard, la voix tremblante, sur le plateau de Tout le monde en parle. J’ai encore de la difficulté à parler de ça, mais la cause est plus importante que mon inconfort, alors c’est pour ça que je le fais. Le sport est tellement une belle façon de développer un enfant vers l’âge adulte. »

Geneviève Simard était invitée à l’émission aux côtés de la journaliste de Radio-Canada Sports Marie Malchelosse et de la professeure Sylvie Parent, spécialiste de la violence et des abus sexuels en contexte sportif, dans la foulée de l’enquête de CBC à laquelle Radio-Canada a collaboré.

CBC a recensé que 340 entraîneurs ont été accusés de délits sexuels au Canada au cours des 20 dernières années. Et 222 d’entre eux ont été reconnus coupables de crimes envers 603 victimes.

« L’enquête est la démonstration irréfutable qu’au cours de cette période de 20 ans, on a échoué à protéger nos enfants dans le sport, a dit la journaliste. Si l’on scinde les 20 ans en deux, le nombre d’accusations passe du simple au double dans la seconde moitié de l’échantillon temporel. »

Geneviève Simard a tenu à saluer les 11 femmes qui ont dénoncé, avec elle, Bertrand Charest. Encore aujourd’hui, elle en veut à Canada Alpin.

« Ce qui me jette à terre dans tout ça, c’est que des gens ont vu des signes et des inconforts face à son comportement et sa réputation, mais ces gens-là n’ont rien dit, a expliqué l’ex-skieuse. On sent qu’ils ne nous ont pas protégées contre cet homme-là. »

Simard et deux autres victimes de Charest, Gail Kelly et Anna Prchal, réclament chacune 300 000 $ en dommages compensatoires pour les préjudices moraux et matériels qu’elles ont subis et 150 000 $ en dommages punitifs à Canada Alpin.

« En n’acceptant pas ses responsabilités, la fédération canadienne nous fait revivre notre cauchemar, a dit Simard. On nous force à continuer à nous battre et à en reparler encore. C’est comme vivre l’abus une deuxième fois. »

Elle a eu des sentiments similaires lorsqu’elle a appris que la défense portait les verdicts de culpabilité de Bertrand Charest en appel.

Des pistes de solutions pour que cessent les abus

Geneviève Simard veut que cesse la culture du silence dans les organisations sportives. Lorsqu'elle était adolescente, le sentiment de honte et de culpabilité la paralysait.

« J’avais peur de me faire mettre dehors de l’équipe, mais je voulais me rendre aux Jeux olympiques, a raconté Simard. Je me suis isolée de ma famille, de mes amis et de mes coéquipières. Je n’avais aucune idée comment gérer tout ça. »

Elle sourit en tenant un ski à bout de bras.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Geneviève Simard, en mars 2009, au mont Sainte-Anne.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Après coup, elle a suivi un cours sur le harcèlement sexuel dans le sport.

« Je suis tombée en bas de ma chaise, a-t-elle reconnu. J’ai appris plein de choses. Si j’avais suivi ce cours il y a 25 ans, j’aurais réalisé que ce qui m’arrivait n’était pas normal. »

La professeure Sylvie Parent croit que l’éducation et la prévention font partie de la solution, au même titre que la vérification des antécédents judiciaires des intervenants du monde du sport.

Elle réclame aussi la création d’une entité indépendante pour traiter les plaintes.

« Le sport est un échec d’autorégulation, a tranché Mme Parent. On remarque beaucoup de conflits d’intérêts au moment de traiter les plaintes. C’est impossible que ce système fonctionne. Une entité indépendante avec des politiques uniques pour tous les sports réglerait beaucoup de problèmes. »

Simard, elle, suggère que le financement public des fédérations sportives soit conditionnel à la mise en place d’un code d’éthique et d’un plan de sécurité très détaillés. Les fédérations n’auraient plus le choix de le faire parce qu’elles dépendent du financement gouvernemental.

Elle conclut son entretien avec Guy A. Lepage avec des conseils aux jeunes athlètes et aux parents.

« Quand un jeune n’éprouve plus de plaisir à faire du sport, c’est qu’il y a un problème, a-t-elle jugé. Ne tolérez pas les paroles déplacées ou l’agressivité. Il faut en parler et dénoncer. Les parents, eux, doivent observer et écouter leurs enfants. Lorsqu’on doute, il faut poser des questions pour s’assurer que nos doutes ne se confirment pas. »

Pour les jeunes athlètes, entraîneurs, parents, ou toute personne impliquée dans le milieu sportif, témoins de violence, vous pouvez contacter l’organisme Sport’Aide : 1 833 211-AIDE (2433), aide@sportaide.ca ou facebook.com/sportaide.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Ski alpin

Sports