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Quand le Lightning a lu dans les yeux de Nikita Kucherov

Nikita Kucherov a jusqu'ici récolté 92 points en 58 matchs. Photo: Getty Images / Bruce Bennett
Alexandre Gascon

TAMPA - Comme le repêchage au hockey est une science hautement inexacte, les équipes tentent de prévoir le développement d'un adolescent par tous les moyens possibles. Y compris, pourquoi pas, par le regard.

Le dépisteur au Québec du Lightning de Tampa Bay, Michel Boucher, a gardé un souvenir précis de Nikita Kucherov.

Il n’a pas eu son mot à dire dans la sélection du jeune Russe au 58e rang de l’encan de 2011, mais il a surveillé de près sa progression dans la LHJMQ par la suite.

Aujourd’hui le meilleur marqueur de la LNH, « un top 3, voire top 2 dans la ligue » à en croire Jonathan Drouin, Kucherov n’a pas toujours eu ses airs de grand seigneur sur la glace.

Il avait été choisi par Tampa Bay après une courte saison de 18 matchs avec le CSKA de Moscou dans la KHL avant de faire le saut à Québec et à Rouyn-Noranda l’année suivante.

« Je me rappelle qu’aux réunions, ce qui avait ressorti, c’était sa prestation au Championnat mondial des moins de 18 ans », raconte Boucher, joint à Halifax par Radio-Canada Sports.

Kucherov y avait amassé 21 points en 7 rencontres.

Ce tournoi, disputé en avril, offre souvent une ultime référence aux dépisteurs deux mois avant le repêchage. C’est aussi là que Jesperi Kotkaniemi a convaincu les dirigeants du Canadien en 2018.

« C’est drôle parce que c’était pas mal la première année de tout le monde avec l’organisation et Steve Yzerman avait dit : "Il faut être prudent avec les Russes." Parce qu’on avait peur qu’ils restent en Russie. On avait finalement choisi trois Russes avec nos trois premiers choix », se souvient le dépisteur.

Vladislav Namestnikov (27e) ne connaît pas encore la carrière espérée et Nikita Nesterov (148e) est effectivement de retour dans son pays natal. Kucherov, lui, écrit une autre histoire.

Une fois le jeune prodige sous la férule de Patrick Roy à Québec, ce qui n'a duré que six matchs, Boucher a reçu le mandat de suivre sa progression et de l’encadrer, si possible.

« On n’avait pas encore de directeur du personnel des joueurs, souligne-t-il. C’est venu l’année d’après. Alors ça faisait partie de mon travail.

« Je l’ai aimé du premier abord. Un joueur humble, à son affaire. Les bons joueurs de hockey ont des traits de caractère qui ressortent lorsque tu les rencontres. Tu ressens ce désir de se dépasser. Tu ne ressens pas ça avec tous les gars. Notre travail est de faire des entrevues avec chacun des joueurs qui sont sur nos listes, de vérifier auprès d’une multitude de contacts qui le connaissent, qui il est vraiment.

« Il avait une détermination et un désir de se dépasser. Je l’ai senti un peu dans son discours. Mais je l’ai surtout lu dans ses yeux. »

On plaisante un peu, évidemment. Les critères de sélection des équipes sont bien plus étoffés et empiriques qu’un simple coup d’œil. N’empêche, Boucher n’a pas eu la berlue.

Sur les traces des plus grands

Deux exploits d’une grande rareté se profilent à la portée de Nikita Kucherov cette année.

Avec ses 92 points en 58 matchs, le buteur de Maïkop, en Russie, bat la mesure d’une saison de 130 points.

Personne depuis les illustres Mario Lemieux (161) et Jaromir Jagr (149) en 1995-1996 n’a réussi à franchir le cap des 130 points. Seuls 23 joueurs y sont parvenus dans l’histoire de la ligue.

Après l'ère de la rondelle morte, après avoir vécu des saisons entières il n’y a pas si longtemps où aucun joueur n’atteignait les 100 points, il était permis de douter de voir à nouveau une telle production.

« Si un joueur peut le faire, c’est certainement lui », a assuré Brayden Point.

Kucherov peut également viser un autre plateau encore plus rarissime : une campagne de 100 aides.

Il lui en manque 34 et il devra le faire en 24 matchs. C’est donc dire qu’il faudrait qu’il augmente un peu la cadence (s’il la maintient, il terminera à 93), mais ça demeure tout de même possible.

D’ailleurs, Wayne Gretzky est le dernier à y être parvenu en 1990-1991.

Ce qui fait dire à certains de ses coéquipiers, comme Ryan McDonagh, que « c’est assez incroyable, les jeux qu’il fait avec une telle constance ».

Ce n’est pas une fois tous les cinq ou six matchs qu’il réussit trois ou quatre points. On dirait que c’est tous les matchs.

Ryan McDonagh à propos de Nikita Kucherov

« Sa vision et sa capacité de placer la rondelle aux bons endroits pour ses coéquipiers, sa façon de voir le jeu est incroyable. C’est assez agréable de jouer avec lui », enchaîne Point, son joueur de centre ces temps-ci.

Un modèle pour les jeunes qui arrivent presque tous les ans pour combler, avec brio, les trous laissés vacants par d’importants départs de cette organisation exemplaire. Comme Yanni Gourde, comme Mathieu Joseph.

« Ce n’est pas un gars qui va parler beaucoup dans le vestiaire. C’est un perfectionniste. À l’entraînement, il n’arrêtera pas tant que ce ne sera pas parfait et ça, ce sont des choses que le reste du vestiaire remarque. C’est de cette façon-là qu’il amène son leadership », lance Gourde.

« On a le meilleur siège à tous les matchs pour le voir jouer, estime Joseph. C’est rare un gars qui voit le jeu comme ça, avec autant de talent. Et pas seulement du talent, mais sa façon de travailler dans les entraînements et dans les matchs. C’est vraiment beau de le voir aller. »

Son entraîneur, l’éloquent Jon Cooper, ne tarit pas non plus d’éloges à son endroit.

« C’est magnifique. Ç'a été plaisant de le voir progresser depuis qu’il est arrivé. Il n’arrête pas de grimper les échelons. Il est tellement doué à l'attaque, mais tu ne peux pas t’en remettre à ça. Tu dois te replier dans ta zone, tu dois sortir la rondelle de ta zone. Plein de petites choses.

« On se dit : "OK, il a un but trois passes hier soir, mais qu’a-t-il fait d’autre? Il a fait ça, et ça, et ça." C’est une immense croissance. Tout le monde connaît le 86 maintenant. Il est surveillé, les autres joueurs essaient de le déstabiliser. Dans les dernières années, il aurait été frustré et maintenant il a appris à gérer ça », explique-t-il.

Photo : Getty Images / Katharine Lotze

Et dire que le CH pourrait l’avoir dans les pattes pendant les séries…

Oups, pardon.

Le Lightning, ce rouleau compresseur

Il n’y a pas que la saison de Kucherov qui est historique à Tampa Bay, il y a celle de l’équipe elle-même. Le CH croise le fer avec la grande puissance de la LNH qui vient de remporter ses quatre derniers matchs par un pointage combiné de 22-9.

L’édition 1976-1977 du CH détient le record de points avec 132. Les Red Wings de 1995-1996 ont signé le plus grand nombre de victoires avec 62.

Les deux marques semblent presque inatteignables. Or, le Lightning a encore un coup à jouer.

Il vogue actuellement sur un rythme d’une campagne de 127 points. Il faudrait aussi qu’il gagne 19 de ses 24 derniers matchs pour rejoindre les Wings.

La liste des exploits possibles s’allonge continuellement. Vous en voulez un autre?

Outre Kucherov, les Floridiens pourraient compter deux autres marqueurs de 100 points dans leurs rangs en Point (74) et Steven Stamkos (69).

La dernière fois qu’une équipe a misé sur trois compteurs qui ont atteint ce plateau? Les Penguins de Pittsburgh de 1995-1996 avec Lemieux, Jagr et Ron Francis.

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