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Les Stroll père et fils devront trouver leur place chez Racing Point

Sergio Perez et Lance Stroll (au fond) lèvent le voile sur la RP19, la voiture de l'équipe Racing Point pour la saison 2019
Sergio Perez et Lance Stroll (au fond) lèvent le voile sur la RP19, la voiture de l'équipe Racing Point pour la saison 2019 Photo: Société Radio-Canada
Philippe Crépeau

Dans un entretien à Radio-Canada Sports, le directeur de l'équipe Racing Point, Otmar Szafnauer, explique que Lawrence Stroll et son fils Lance devront assimiler les façons de faire de l'équipe, et s'ajuster au besoin.

Arriver dans une nouvelle équipe n'est pas chose facile. Il faut s'intégrer à un groupe d'hommes et de femmes et apprendre (le plus rapidement possible) comment ils fonctionnent, ce qui fait que ça marche, ou pourquoi ça ne marche pas.

C'est ce que traversent en ce moment Lawrence et Lance Stroll chez Racing Point.

Grâce à Lawrence Stroll et à un consortium à saveur canadienne, dont fait partie André Desmarais, l'équipe Force India a évité la liquidation judiciaire au mois d'août 2018. Grand amateur de course automobile, cela fait plusieurs années que Lawrence Stroll, propriétaire du circuit Mont-Tremblant, cherchait à trouver sa place en F1.

Il a d'abord trouvé un volant à son fils Lance chez Williams, et avait de belles ambitions pour l'équipe britannique. Mais ses efforts n'ont pas porté fruit.

La relation a duré trois ans (des négociations de 2016 à la fin de la saison 2018). Une relation qui a permis au pilote de 20 ans de faire ses premiers pas, et d'apprendre les rouages de ce championnat hautement compétitif.

Quand Lawrence Stroll a vu l'occasion de relancer financièrement Force India au coeur de la saison 2018, en mettant sur pied un consortium, il l'a saisie. Et par ricochet, Lance a su où sa carrière en F1 allait se poursuivre.

Dans un entretien à Radio-Canada Sports, lors de la présentation des pilotes et de la voiture à Toronto le 13 février, le directeur de l'équipe, Otmar Szafnauer, a accepté de nous parler de l'arrivée de Lawrence et de Lance Stroll.

Otmar Szafnauer, directeur de l'équipe Racing PointOtmar Szafnauer, directeur de l'équipe Racing Point Photo : Société Radio-Canada

« L’arrivée du consortium a eu un impact dès le départ, confirme M. Szafnauer. Ne pas se préoccuper de savoir de quoi sera fait le lendemain, si les employés seront payés, c’est un gros poids qu’on nous a retiré des épaules. Avoir le financement adéquat dont nous avions besoin, ça nous a permis de nous concentrer sur ce sur quoi on devrait se concentrer, c’est-à-dire la performance. »

Force India devenue Racing Point a pu relancer son programme de développement de la voiture (la VJM11) en deuxième moitié de saison. Et les pilotes ont marqué 52 points en 9 courses. Leurs 59 points marqués avant le Grand Prix de Belgique avaient été effacés dans le processus de reprise de l'équipe.

C'est donc dans une voiture performante que Lance Stroll a fait ses premiers pas chez Racing Point en novembre 2018, et lui aussi a saisi sa chance.

Lance Stroll à Abou DhabiLance Stroll à Abou Dhabi Photo : Twitter

Il a tout de suite abaissé ses chronos de 1,4 seconde (par rapport à ceux enregistrés en 2018 dans la Williams) dans une voiture certes beaucoup plus compétitive, mais qu'il ne connaissait pas.

Ses essais à bord de la voiture de son ami Esteban Ocon (aujourd'hui chez Mercedes-Benz) à Abou Dhabi au lendemain du Grand Prix ont impressionné la direction et le pilote Sergio Pérez.

« Lance a très clairement les habiletés et le talent pour faire du bon boulot chez nous, affirme M. Szafnauer. On l’a déjà constaté durant ses séances de simulation, mais également quand il a piloté notre voiture lors des essais d’Abou Dhabi après la fin de la saison. Il nous a impressionnés. »

Un nouveau livre

La direction de l'équipe et le personnel voient dans l'arrivée des Stroll père et fils non pas un nouveau chapitre, mais un tout nouveau livre à écrire.

« Le plus gros impact est à venir, assure Otmar Szafnauer. Nous devons fournir des outils à l’équipe pour lui permettre de développer la voiture plus rapidement, la rendre plus performante afin que nous puissions nous battre avec les meilleures équipes. C’est notre objectif à moyen terme. »

Ce que Lance Stroll a confirmé à Toronto.

« C'est une occasion très spéciale pour notre famille, reconnaît le pilote de 20 ans au micro de Radio-Canada Sports. Mon père a une vision pour les prochaines années pour amener cette équipe au top, et je vais le suivre dans ses pas. »

Aujourd'hui, le drapeau canadien flotte bien haut devant l'entrée principale de l'usine, comme a pu le constater Sergio Pérez quand il y est retourné en février.

Sergio Perez à l'usine de Racing Point à Silverstone en février 2019, le drapeau canadien flotte devant l'entrée.Sergio Perez à l'usine de Racing Point à Silverstone en février 2019, le drapeau canadien flotte devant l'entrée Photo : Twitter / Racing Point

Lors de la présentation de l'équipe et des nouvelles couleurs de la voiture à Toronto, mercredi 13 février, l'équipe n'a pas manqué de préciser que les deux pilotes étaient nord-américains.

Durant la présentation à Toronto, Lance (qui ne portait pas de casquette, pourtant un outil promotionnel essentiel) était très à l'aise, a fait des blagues, et avait l'attitude de celui qui se sent chez lui.

Le directeur de l'équipe Otmar Szafnauer regarde les deux pilotes, Lance Stroll (au centre) et Sergio Pérez qui se serrent la main lors de la présentation de l'équipe Racing Point.Le directeur de l'équipe Otmar Szafnauer regarde les deux pilotes, Lance Stroll (au centre) et Sergio Pérez lors de la présentation de l'équipe Racing Point. Photo : Société Radio-Canada

Mais de là à croire que l'équipe sera le « joujou » de la famille Stroll, il y a un pas que n'est pas prêt à franchir le directeur de l'équipe Racing Point.

« Au départ, Lance devra apprendre le plus possible et le plus rapidement possible, explique M. Szafnauer, apprendre de nos ingénieurs et de son coéquipier Sergio Perez, assimiler notre façon de travailler. Nous avons une bonne feuille de route avec les jeunes pilotes. On sait comment développer leur talent. Nous l’avons fait avec Nico Hülkenberg, Paul di Resta, Jules Bianchi, avec Sergio Perez. »

« C’est la même situation pour Lance. Et ce qui est bien, c’est qu’il veut apprendre », rappelle M. Szafnauer.

« Différent du rôle d'un simple père de famille »

Quant à Lawrence Stroll, le voici à la tête d'un groupe de 400 personnes qui comptent sur lui pour pouvoir franchir les prochaines étapes. La progression de son fils ne sera plus son unique souci. Otmar Szafnauer y veillera.

Lawrence Stroll (à droite) et le directeur général de l'équipe Racing Point Otmar SzafnauerLawrence Stroll (à droite) et le directeur général de l'équipe Racing Point Otmar Szafnauer Photo : Getty Images / Charles Coates

« Lawrence est un passionné de course automobile. Il aura bien sûr son mot à dire, il est un actionnaire. Il est quelqu’un qui tient à savoir que tout va bien jusque dans les moindres détails. Donc, nous le tiendrons au courant de tout ce que nous ferons.

« Mais nous devrons aussi lui apprendre comment s'acquitter de son rôle de propriétaire pour que l'équipe de F1 fonctionne au mieux, et c'est très différent du rôle d'un "simple" père de famille, prévient M. Szafnauer.

« Lawrence apprend vite, il a réussi dans les affaires, et son attention aux détails va permettre cette équipe d’être encore meilleure », affirme-t-il.

L'optimisme prudent est de mise

La nouvelle RP19, ainsi l'a-t-on baptisée, est une grosse évolution de la voiture de 2018 qui avait permis aux pilotes de marquer 111 points sur la totalité de la saison.

Les changements règlementaires imposés par la FIA pour faciliter les dépassements ont obligé les équipes à retravailler tout l'aérodynamisme des voitures.

« Il y a des modifications importantes à la voiture cette année en raison des changements réglementaires, mais ce qui est important à rappeler, c’est que le groupe de personnes qui a conçu et développé la voiture de 2018 est le même qui a travaillé sur la voiture de cette année. Et on n’oublie pas d’une année à l’autre les façons de faire, les directions et les avenues de développement à prendre, fait remarquer Otmar Szafnauer.

« Nous devons faire en sorte qu’elle soit aussi facile à piloter que celle de l’an dernier, et aussi performante que celle de l’an dernier. Si nous arrivons à faire ça, nous marquerons pas mal de points », affirme le directeur de l'équipe.

Ça tombe bien. Lance Stroll a très soif de points, avec une saison sèche de 6 points en 2018.

En 2018, Force India / Racing Point a représenté le meilleur rapport qualité/prix en F1: un total de 111 points marqués pour un budget de 125 millions de dollars américains (selon le magazine allemand Auto Bild), soit le plus petit du plateau de la F1 (avec l'équipe américaine Haas).

L'équipe avait déjà marqué 59 points au moment de la pause estivale, quand Lawrence Stroll a déposé son offre. En bon homme d'affaires, il a flairé la bonne affaire. Il aurait acquis 42,5 % des parts de l'équipe pour la somme de 117 millions de dollars américains, si on se fie à l'agence Reuters.

Esteban Ocon (à gauche) attaque Sebastian Vettel (en rouge), tandis que Sergio Pérez (à droite) attaque Lewis Hamilton (en gris) sur le circuit de Spa-Francorchamps.Esteban Ocon (à gauche) attaque Sebastian Vettel (en rouge), tandis que Sergio Pérez (à droite) attaque Lewis Hamilton (en gris) sur le circuit de Spa-Francorchamps. Photo : Getty Images / Dan Mullan

Par comparaison, Renault a marqué 10 points de plus en 2018 avec un budget de 226 millions de dollars.

On ne connaît pas le budget prévu pour la saison 2019 par le consortium dirigé par Lawrence Stroll, mais il sera évidemment plus conséquent, à la lumière du plan développement de la voiture en cours de saison.

Les responsabilités et les attentes augmenteront aussi, ce qui mettra une pression nouvelle sur le personnel, et ce qui incitera peut-être Lawrence Stroll à mettre la main à la poche le cas échéant.

« Je crois qu’avec un peu de temps, nous ferons du bon boulot avec cette voiture », a conclu Otmar Szafnauer.

Les premiers essais d'hiver qui commencent lundi permettront à l'équipe de travailler immédiatement à combler les lacunes que constateront Lance Stroll et Sergio Pérez sur le circuit de Barcelone.

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