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Entraîneurs accusés de délits sexuels : la ministre Duncan a « le cœur brisé »

La ministre des Sciences et des Sports du Canada, Kirsty Duncan
La ministre des Sciences et des Sports du Canada, Kirsty Duncan Photo: La Presse canadienne / Justin Tang
Radio-Canada

La ministre des Sciences et des Sports du Canada, Kirsty Duncan, s'est dite ébranlée par l'enquête de CBC, à laquelle Radio-Canada Sports a contribué, sur des cas d'abus sexuels par des entraîneurs dans le sport amateur canadien. La protection des enfants et des athlètes constitue une priorité, a-t-elle rappelé lundi.

L'enquête montre que, de 1998 à 2018, 340 entraîneurs au Canada ont été accusés d’un délit sexuel, et que 222 de ces accusations ont donné lieu à des condamnations pour des gestes envers 603 victimes mineures.

Le reportage m’a brisé le cœur. Aucun athlète ne devrait être victime d’abus sexuel ni de harcèlement. C’est tragique et complètement inacceptable.

Kirsty Duncan, ministre fédérale des Sciences et des Sports

« J’aimerais souligner le travail des journalistes qui ont réalisé cet excellent reportage d’enquête, a écrit la ministre dans un communiqué. Leurs efforts ont permis de révéler la gravité des abus, de la discrimination et du harcèlement dans le milieu du sport, ce qui en retour entraînera des changements. »

Mme Duncan en a profité pour rappeler qu'elle a annoncé en juin dernier de nouvelles mesures pour les organismes nationaux de sport financés par le gouvernement fédéral. Leur financement leur sera retiré à moins qu’ils renforcent leurs politiques obligatoires contre les abus, le harcèlement et la discrimination, qu'ils divulguent immédiatement tout incident, qu'ils mettent en place un tiers indépendant pour étudier ces incidents et qu'ils offrent une formation obligatoire à leurs membres d’ici avril 2020, a-t-elle de nouveau précisé, lundi.

« Le sport offre aux enfants un moyen d’être actifs tout en s’amusant et en acquérant des compétences qui leur seront utiles dans la vie, a-t-elle ajouté. Leurs parents doivent avoir l’assurance que leur enfant est protégé et en sécurité lorsqu’ils l’inscrivent à une activité sportive. »

La ministre Duncan doit rencontrer cette semaine ses homologues provinciaux à Red Deer, en Alberta, en vue des Jeux d'hiver du Canada 2019.

« Notre priorité est de mettre fin aux abus, à la discrimination et au harcèlement dans le monde du sport. Mon but est de revenir de cette rencontre avec de forts engagements pour aller de l’avant avec un plan pour protéger nos enfants. »

Nous devons être transparents et travailler ensemble. Les jeunes athlètes canadiens dépendent de nous et ils méritent mieux.

Kirsty Duncan, ministre fédérale des Sciences et des Sports

Préoccupant, mais prévisible, dit la ministre Charest

La ministre québécoise déléguée à l'Éducation et responsable du sport et des loisirs, Isabelle Charest, estime que les chiffres présentés dans l'enquête sont très préoccupants. Mais ce qui l'inquiète davantage, c'est que ce n'est sûrement que la pointe de l'iceberg.

« Je suis très préoccupée, mais en même temps pas très surprise, parce que des cas ont été dénoncés dans les dernières années, a expliqué Mme Charest en entrevue à Gravel le matin. Je pense qu’il y a encore beaucoup de travail à faire et on compte faire ce travail-là parce que, pour nous, c’est une priorité. On veut que les athlètes puissent évoluer dans un milieu sain et sécuritaire. »

« Je suis convaincue qu’il y a des victimes qui n’ont pas dénoncé ça, comme dans toutes les sphères de la société, poursuit-elle. On parle du milieu sportif, mais on sait pertinemment qu'il y en a dans le milieu du travail et dans d’autres milieux. Mais je pense que, de plus en plus, des moyens sont mis en place pour que les victimes dénoncent et il faut définitivement poursuivre dans cette lignée-là. »

L’ancien bosseur Jean-Luc Brassard abonde dans le même sens.

« Il suffit de s’attarder un peu au merveilleux monde du sport pour voir que ce n’est pas rose, estime celui qui a été désigné ambassadeur de l’esprit sportif par le gouvernement du Québec. Trop longtemps, on s’est fermé les yeux. Mais je suis content de voir que les chiffres sortent. Ça va d’abord et avant tout permettre aux victimes de ne plus se sentir seules. »

Ce n’est pas un problème qui est unique au sport. Aucune fédération ne lève la main pour avoir un harceleur ou un intimidateur dans ses rangs. Ça se fait sournoisement, ça s’installe progressivement, ça prend des semaines, des années et, quand ça explose, ça fait toutes sortes de dommages. Ce qu’on voit sur le terrain, c’est qu’il y a un vent de changement incroyable.

Jean-Luc Brassard
La réaction de Jean-Luc Brassard

Au Québec, une politique de prévention et d’intervention en matière de violence et d’agression sexuelle dans le monde du sport a été mise en place en 2017 et les antécédents judiciaires des entraîneurs sont vérifiés. Isabelle Charest croit qu'il est primordial que l'équivalent existe partout au Canada.

« Ça me surprend que ça ne se fasse pas à l’échelle nationale, dit-elle. Il y a certaines fédérations qui le font. Mais aujourd’hui, avec les outils que nous avons, il n’y a pas [de raison] de ne pas procéder à ce genre de vérifications. »

Le directeur général de Hockey Québec, Paul Ménard, rappelle que les antécédents judiciaires de chaque personne qui est en interaction avec les jeunes sont vérifiés dans sa fédération, et ce, pour toutes les associations de hockey mineur. Ces informations sont partagées à travers toutes les fédérations de hockey au Canada, mais ne sont pas accessibles dans d'autres sports, regrette-t-il.

« Dès qu’on a une information qui concerne un entraîneur ou toute autre personne en lien avec un athlète, la personne est immédiatement retirée, explique M. Ménard. C’est une information qui est partagée dans l’ensemble du pays, mais ça demeure au hockey seulement. Si la personne décide de changer de sport, ce ne sera pas nécessairement su [par les autres fédérations]. D'avoir un système commun où les données sont disponibles pour toutes les fédérations, ça nous aiderait. »

Isabelle Charest, ex-patineuse de vitesse sur courte piste, rappelle que des plateformes existent au Québec, comme SportBienetre.ca (Nouvelle fenêtre) et Sport'Aide (Nouvelle fenêtre), pour que les athlètes dénoncent leurs agresseurs.

« Je pense que les victimes ont besoin d’une place où elles peuvent parler, échanger, être écoutées, explique Mme Charest. Il y a aussi beaucoup d’outils qui sont là, qui existent, mais que les gens ne connaissent pas. Ils doivent être capables de reconnaître une agression ou ce qui serait susceptible d’en devenir une. »

La sécurité des athlètes est primordiale, assure Québec

Rendre publiques les informations sur les entraîneurs?

Les sanctions et les suspensions d'entraîneurs demeurent le plus souvent confidentielles entre fédérations. La ministre Charest croit qu'il serait souhaitable que ces informations soient connues.

« Il faut voir comment on pourrait rendre ces informations disponibles, mais je pense effectivement qu’il doit y avoir une circulation d’informations. Je pense que les gens doivent savoir à quoi s’en tenir. Qui aura accès à cette information-là? C’est encore à déterminer. »

Une mentalité à changer

Jean-Luc Brassard croit que la course au succès peut créer un aveuglement chez les parents et les athlètes.

« Il y a des programmes qui donnent de l’argent aux fédérations seulement si elles récoltent des médailles, dit-il. On a une culture de succès qu’on devrait peut-être changer de prime abord. Ce n’est pas seulement les fédérations, ce sont les parents aussi […] Il faut leur dire : "Laissez vos enfants s’épanouir en faisant du sport et on va s’organiser pour que la supervision soit adéquate." Mais ne leur mettez pas trop de pression, parce que ça peut mener à tous les vices. »

La ministre Duncan soutient également que cette culture doit changer.

« En tant qu’ex-athlète et entraîneuse, je sais qu’il y a des failles dans le système sportif. Nous ne devons pas tolérer une culture du sport qui promeut la victoire à tout prix. Cela doit changer. »

Les fédérations sportives réagissent

« Peu importe le sport choisi par l'athlète, la sécurité devrait être comprise, attendue et appliquée de façon universelle, et cela sans exception », a dit Athlétisme Canada.

Un sport libre d’abus passe par la formation en matière de droits et responsabilités, par une communication ouverte sur la façon de reconnaître et de répondre à des cas d’abus, des politiques et des procédures pour les prévenir et des mécanismes indépendants pour soulever des préoccupations, énumère la fédération.

« La sécurité des athlètes est une responsabilité sociale partagée qui incombe à tous les acteurs qui côtoient de près ou de loin nos athlètes. Il importe de dire aujourd’hui aux athlètes que nous sommes là pour eux et que nous ne les laisserons pas tomber », a déclaré par communiqué Michel Allen, président de Sports Québec, corporation du sport fédéré au Québec.

Sports Québec rappelle qu'il a développé depuis l'automne 2017 des mesures contre les abus dans le sport, comme la plateforme SportBienêtre développée avec Sport’Aide et le ministère de l’Éducation à l’intention des athlètes, parents, entraîneurs, clubs et associations pour soutenir et outiller les victimes d’abus et leur entourage; et une ligne d’aide pour veiller à la sécurité et à l’intégrité des acteurs de la collectivité sportive.

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