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chronique

Le jour où la constance se posera sur l’épaule de Jonathan Drouin...

Jonathan Drouin
Jonathan Drouin Photo: USA Today Sports
Martin Leclerc

BILLET - Dans le vestiaire du Canadien, on a eu droit à une scène fascinante jeudi dernier.

Le Tricolore venait de battre l’une des plus grandes puissances de la LNH, les Jets de Winnipeg, au compte de 5-2. Auteur de deux buts et deux passes, Jonathan Drouin venait de connaître l’un des meilleurs matchs de sa carrière.

Lors de la rencontre précédente, face aux Ducks d’Anaheim, l’attaquant de Sainte-Agathe avait servi trois passes décisives pour ses compagnons de trios. Sans oublier que 48 heures avant d’affronter les Ducks, Drouin avait conclu une remontée du CH contre les Oilers d’Edmonton, en prolongation, après avoir traversé la patinoire et sorti le défenseur Kris Russell de ses patins.

Assis devant son casier, Drouin s’est retrouvé entouré d’un groupe de journalistes qui, littéralement, ne voulaient plus le quitter.

Constatant que la discussion s’éternisait, un relationniste de l’organisation est intervenu à quelques reprises pour rappeler aux scribes que le point de presse de Claude Julien était sur le point de commencer. Mais personne ne semblait l’entendre. Impressionnés par les prouesses de Drouin, les représentants des médias cherchaient à savoir si, enfin, le jour de la grande éclosion était arrivé.

Patiemment, Drouin a parlé de la différence d’attitude de l’équipe par rapport à la saison dernière et des critiques qu'il reçoit. Il a juré ne rien lire ni écouter de ce qui s’écrit ou de ce qui se dit dans les médias à propos du CH. Et surtout, il s’est longtemps épanché sur la qualité la plus difficile à acquérir pour un attaquant payé pour amasser des points dans la LNH : la constance.

« C’est dur [de devenir constant]. Je ne pense pas que tu puisses améliorer ta constance comme ça, simplement en adoptant une routine. Ça vient avec le temps et l’expérience. C’est comme ça qu’on apprend comment ça marche. Et si j’ai des questions à poser à ce sujet, je vais voir des gars comme Shea Weber, qui sont dans la ligue depuis longtemps et qui réussissent à avoir de la constance dans leur jeu. »

Shea Weber (à gauche) et Jonathan DrouinShea Weber (à gauche) et Jonathan Drouin Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

***

Il est impossible de remporter régulièrement des matchs dans la LNH sans miser sur des joueurs de grand talent. Et le talent offensif s’avère, de loin, le plus rare et le plus coûteux à obtenir. Pour cette raison, j’ai écrit le 15 juin 2017 que Marc Bergevin avait réussi un coup de maître un mettant la main sur Jonathan Drouin.

Peu importe la carrière que connaîtra le jeune défenseur russe Mikhail Sergachev avec le Lightning de Tampa Bay (cédé en contrepartie dans cet échange), Bergevin a obtenu ce jour-là une tonne de pur talent offensif et de vitesse.

Depuis cet échange, les partisans du Canadien sont rivés sur le bout de leur siège.

Les aptitudes de Drouin ne font aucun doute. Son talent impose un tel respect que, vu des gradins, ses périodes creuses s’expliquent difficilement. Quand elles surviennent, beaucoup de gens se demandent s’il met les efforts nécessaires.

En novembre, entre les 15e et 25e matchs du calendrier, Drouin survolait littéralement la patinoire. Il récoltait plus de 6 chances de marquer de qualité par tranche de 60 minutes de jeu. On le croyait arrivé à destination. Puis ses occasions de marquer se sont mises à fondre comme neige au soleil. À la fin de décembre, il n’obtenait plus que 1,41 chance par 60 minutes. Un taux comparable à celui des joueurs de quatrième trio.

Malgré ces variations dans son jeu, à l’aube de ses 24 ans, Drouin se dirige vers une saison de 25 buts et 42 passes, ce qui constituerait pour lui un sommet. Dans la LNH la saison dernière, seulement 43 joueurs sont parvenus à inscrire 67 points ou plus. La beauté de l’affaire c’est qu’en le regardant jouer, on se dit qu’il est encore loin d’avoir atteint son apogée.

Si Jonathan Drouin devait un jour parvenir à mettre cette fameuse constance en bouteille, l’échange qui l’a fait déménager à Montréal pourrait devenir l’un des plus fructueux de l’histoire de l’organisation.

***

Dans le monde du sport professionnel, les grands talents héritent inévitablement de plus grandes responsabilités. Quand vos performances influencent fortement le rendement de votre équipe, on s’attend inévitablement à ce que vous fassiez la différence à tous les matchs.

En 2017-2018, le Canadien a connu une saison horrible de 29 victoires et 53 défaites (,354). Quand Jonathan Drouin a inscrit son nom sur la feuille de pointage, la fiche de l’équipe a toutefois été de 20-17 (,541).

Cette saison, les hommes de Claude Julien présentent un intéressant bilan de 31-25 (,554). Mais quand Drouin amasse au moins un point au cours d’un match, la fiche du club se situe à 23-8 (,742).

Quand on superpose le rendement du CH avec celui de Drouin sur un même graphique, on peut quasiment conclure que leurs cœurs battent au diapason. Les pics et les périodes creuses surviennent au même moment. La seule exception à cette règle a eu lieu durant la période des Fêtes (le segment des matchs 36 à 40), au cours de laquelle Phillip Danault a connu deux performances exceptionnelles (un tour du chapeau à Vegas et deux buts à Dallas) pour permettre au Tricolore d’empocher quatre points de classement supplémentaires.

On peut donc arguer que les succès du Canadien sont sérieusement influencés par le rendement de Jonathan Drouin.

Durant le dernier segment de cinq matchs (matchs 51 à 55) au cours duquel Drouin a ébloui la galerie, l’ailier gauche a inscrit 4 buts et 6 passes. Il s’agissait de sa période la plus fructueuse du calendrier. Et le CH a aussi atteint un sommet avec 9 points sur une possibilité de 10.

Un joli proverbe veut qu’on ne puisse faire pousser une fleur en tirant dessus. La patience est donc de mise en ce qui concerne Drouin. Les attentes à son endroit sont énormes. Mais ses progrès cette saison, tant à l'attaque qu'en défense, sont déjà remarquables.

Compte tenu de son impact sur les succès de l’équipe, beaucoup de membres du Canadien doivent souhaiter que la constance vienne finalement se poser sur son épaule.

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