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Mettre la constance en bouteille : le défi de Jonathan Drouin

Jonathan Drouin

Jonathan Drouin

Photo : USA Today Sports

Alexandre Gascon

On pourrait facilement arguer que la constance est la qualité la plus importante d'un hockeyeur professionnel. Que serait Brendan Gallagher sans elle? Qu'aurait pu devenir Alexei Kovalev s'il en avait trouvé la clé?

Quel niveau atteindra Jonathan Drouin?

Sa prestation dans la victoire écrasante du Canadien contre les Jets de Winnipeg jeudi soir en a fait saliver plus d’un.

Feintes magistrales, tirs d’une précision mortelle, implication soutenue en défense avec un résultat implacable : 13 tentatives de lancer, 2 buts, 2 passes et un premier match de 4 points dans la LNH. L'attaquant a survolé la rencontre et a donné un autre aperçu, si besoin était, de son potentiel immense.

Au premier vingt seulement, s’il avait su saisir ses chances un peu plus, le tour du chapeau était à sa portée.

Depuis sa réunion avec Phillip Danault et Brendan Gallagher, le numéro 92 semble sur le point de passer à une étape supérieure. Il totalise 13 points en 10 rencontres, bien que 9 d’entre eux aient été récoltés dans les 3 derniers matchs.

Jonathan Drouin (à gauche) et Carey Price

Jonathan Drouin (à gauche) et Carey Price

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

« Il n’y a pas beaucoup de joueurs dans le monde qui ont ses habiletés », a estimé Gallagher, presque admiratif.

Sans doute. N'empêche que le Québécois a essuyé sa large part de critiques depuis son arrivée à Montréal.

Voilà un jeune homme de 23 ans qui a encaissé un soufflet au visage de la part de Marc Bergevin, six mois à peine après que son directeur général eut choisi de sacrifier son plus bel espoir en défense pour obtenir ses services.

Il est devenu, du jour au lendemain, le joyau francophone que les partisans attendaient depuis une vingtaine d’années.

L’an dernier, avec une tonne de pression sur les épaules, Drouin a offert un spectacle décevant. Il peinait à apprendre par cœur ses leçons comme joueur de centre devant 21 000 personnes chaque soir, au cours d’une saison catastrophique pendant laquelle certains piliers de l’équipe se sont enfoui la tête dans le sable.

Certes, il serait désolant de gaspiller ne serait-ce qu’une petite part de ces habiletés extraordinaires dont a parlé Gallagher. Mais vous, que faisiez-vous à 23 ans?

Motivé par les grandes occasions

Claude Julien travaille fort pour s’assurer que ça n’arrive pas.

« Je ne connais pas beaucoup de joueurs qui sont au maximum pendant toute une saison. Ils ont des hauts et des bas. On oublie des fois qu’il est encore jeune. De notre côté, ce n’est pas de l’accepter, mais c’est d’essayer de trouver cette constance-là. On l’a vu plus jouer à l’intérieur ce soir. Quand ça ne va pas bien, il joue en périphérie. C’est de continuer à travailler. Tu espères qu’avec le succès qu’il a connu ce soir, tu espères que ça va l’encourager à le faire plus souvent », a expliqué l’entraîneur.

Drouin a toujours bien performé quand l’enjeu le commandait.

Je l’ai montré dans le junior et maintenant dans la LNH. Même en séries une fois.

Jonathan Drouin

En effet. En 2016, Drouin avait amassé 14 points en 17 matchs éliminatoires avec le Lightning dans ce qui avait été sa grande éclosion.

Il a tellement dominé dans le junior et a laissé une impression si forte sur ses coéquipiers avec les Mooseheads d'Halifax, que Nathan MacKinnon a affirmé plus tôt cette saison que Drouin était le meilleur joueur au pays à l’époque.

Ses 102 points en 50 rencontres éliminatoires dans la LJHMQ combinés aux 9 amassés en 4 matchs à la Coupe Memorial appuient lourdement cette théorie.

C’est d’ailleurs à MacKinnon et sa bande qu’il avait réservé sa plus belle démonstration l’an dernier. Mais la meilleure nouvelle pour le CH, la voici.

« Je veux le prouver, avoir cette constance », a lancé Drouin dans une des nombreuses mêlées de presse accordées dans le vestiaire.

Ça sonnait sincère. Comment trouver la motivation pour garder le même niveau d’intensité, ou presque, dans un duel contre les Devils du New Jersey au mois de novembre que lors du premier match des séries éliminatoires?

Les propos d'après-match Claude Julien

C’est l’énigme que tout joueur de hockey se pose. Que bien peu parviennent à résoudre.

Bon, il y a toujours cette réponse de Gallagher, lui-même la quintessence de la chose dans ce vestiaire bleu, blanc et rouge.

« Présente-toi et fais ton travail », a laissé tomber l’attaquant.

C’est un peu mince.

« La seule chose que j’essaie de faire à chaque match : être imputable », a-t-il fini par ajouter.

« C’est dur », a avoué Drouin.

« Sur le premier but, ce n’est pas à chaque match que la rondelle va se rendre sur ma palette par-dessus deux bâtons. La constance, ç'a rapport avec ce que tu fais chaque jour. Si tu as eu un mauvais match, vas-tu au gym le lendemain matin? Ou c’est quand tu as un bon match que tu vas au gym? C’est juste de garder le même beat. Tu regardes des gars comme Nicklas Lidstrom, ce sont des gars qui chaque jour faisaient la même chose. »

« Ça vient avec le temps, avec l’expérience de la ligue, à savoir comment ça marche. Tu regardes des Shea Weber, ce sont des questions à poser. Ça fait 10 ans et plus qu’il est dans la Ligue nationale, si j’ai des questions, je vais voir des gars comme ça », a-t-il confié.

« C’était du grand Jo ce soir » – Phillip Danault

De son propre aveu, les partenaires de trio de Drouin ont une influence majeure sur cette hargne, cette combativité qu’il démontre.

« On garde ça simple. On sait qu’on va jouer contre de très bons trios et, de temps en temps, ils vont forcer des jeux. Si on est capable de contrer ces jeux, on va avoir des chances. Ce sont deux joueurs simples qui ne forcent pas la game, mais qui sont très intelligents avec la rondelle et savent bien se placer », a fait valoir Drouin

« Ça m’aide à être plus constant à chaque présence. »

Commentaires d'après-match de Jonathan Drouin

Placés toute la soirée à l’un des meilleurs trios de la LNH, celui que pilote Mark Scheifele, Drouin et ses comparses se sont montrés à la hauteur.

En environ 13 minutes de jeu à cinq contre cinq, le premier trio du Canadien a possédé la rondelle de 60 à 70 % du temps, dépendant de l’indice de possession que vous consultez. Danault, Drouin et Gallagher ont totalisé 10 points par rapport à seulement 2 pour leurs rivaux.

Julien n’a cessé de vanter le déploiement en groupe de cinq de ses joueurs pendant le match, autant en repli défensif qu’en appui l’un envers l’autre en échec avant.

Ce cliché éculé comme quoi un bon jeu défensif mène à des chances de marquer s’est vérifié trait pour trait jeudi soir. Et Drouin semble en prendre bonne note si l'on se fie à Danault.

« Ce n’est pas juste une question de points. Oui, il est opportuniste, mais il fait les petits détails sur la glace, même défensivement, je vois de l’amélioration. C’est du positif et ça va faire de lui un excellent joueur, c’est sûr. »

Si Drouin parvient à mettre la constance en bouteille, ça pourrait aussi contribuer à faire du CH une excellente équipe.

En rafale

Danault voue un culte à Patrice Bergeron. Il le cite en exemple au moins une fois par mois. On ne dit pas qu’il en est l’émule parfait, loin de là. Mais force est d’admettre qu’il est sérieusement en train de se découvrir un talent offensif dans la LNH. Il a déjà 40 points en 55 rencontres, ce qui égale son sommet atteint il y a deux ans. Et ce, tout en menottant les meilleurs éléments adverses soir après soir.

« Ce n’est que le début », a-t-il lancé, le regard malicieux.

Parlant de joueur de centre productif, Jesperi Kotkaniemi a marqué un but dans un quatrième match d’affilée. Celui contre les Jets était le 10e de sa saison, les 10 inscrits au Centre Bell.

C’était aussi un filet en avantage numérique. Depuis la reconfiguration qui a envoyé Drouin à la pointe et Weber et Kotkaniemi aux cercles de mises au jeu, le Canadien a maintenu un dossier de 3 en 14 en 5 matchs pour une efficacité de 21,4 %.

Carey Price compte sept victoires consécutives. Son dernier revers remonte au 10 janvier à Saint Louis. Pendant cette séquence victorieuse, il maintient une moyenne de buts accordés de 1,43 et un taux d'efficacité de ,955.

Le Tricolore conclura un séjour de sept matchs à domicile contre les Maple Leafs de Toronto samedi. Il a jusqu’à présent récolté neuf points (4-1-1).

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