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chronique

La science-fiction, en direct de Seattle

Bill Daly, commissaire adjoint de la LNH, Gary Bettman, commissaire de la LNH, et Tod Leiweke, président de Seattle Hockey Partners group
Bill Daly, commissaire adjoint de la LNH, Gary Bettman, commissaire de la LNH, et Tod Leiweke, président de Seattle Hockey Partners group Photo: La Presse canadienne / Ted S. Warren
Martin Leclerc

Selon le Larousse, la science-fiction est un « genre littéraire et cinématographique qui invente des mondes, des sociétés et des êtres situés dans des espaces-temps fictifs (souvent futurs), impliquant des sciences, des technologies et des situations radicalement différentes ». La semaine dernière, après avoir lu une nouvelle émanant de Seattle, je me suis demandé s'il s'agissait d'un texte de science-fiction.

Ce texte nous apprenait que le groupe Oak View, qui a récemment obtenu la future concession de Seattle dans la LNH, s’est adressé à la législature de l’État de Washington pour obtenir un report de taxes de quelque 90 millions.

« Nous tenons à payer entièrement nos taxes, a expliqué le président d'Oak View, Tim Leiweke. Mais comme la rénovation du KeyArena nécessite des investissements privés de 900 millions, nous demandons l’aide des élus afin de pouvoir payer plus tard, dans trois ans, les taxes reliées à la construction de l’amphithéâtre. »

Au capitole de l’État, les élus ont évidemment accepté de donner ce coup de pouce aux investisseurs.

Au Québec, pour quiconque ayant suivi de près les financements publics du stade Saputo (à Montréal), du Centre Vidéotron (à Québec) et de la Place Bell (à Laval), cette histoire relève presque de la science-fiction.

***

Presque au même moment, dans la capitale canadienne, l'Ottawa Citizen nous apprenait que la médiation à laquelle participent le propriétaire des Sénateurs, Eugene Melnyk, et son partenaire John Rudy allait bon train.

Après avoir tenté de se faire construire un amphithéâtre aux frais des contribuables au centre du vaste projet immobilier des Plaines LeBreton, Melnyk semble avoir repris contact avec la réalité.

Si un nouvel amphithéâtre devait voir le jour à Ottawa, il serait entièrement financé par des fonds privés. Et comme Eugene Melnyk n’a pas les moyens de s’offrir cet édifice, le quotidien estimait que Melnyk disposait d’une marge de manoeuvre suffisante pour le faire construire par d’autres investisseurs, à condition de céder une partie de ses droits sur le projet des Plaines LeBreton, évalué à quelque 5 milliards de dollars.

Voilà donc deux projets où les investisseurs, en prenant la peine d’aiguiser leurs crayons comme il le faut, ont conclu qu’il leur est possible de financer entièrement leur amphithéâtre (et de faire des profits par la suite) sans avoir à quémander l’argent des contribuables.

M. Melnyk parle à un micro devant un logo des Sénateurs d'Ottawa.Le propriétaire des Sénateurs d'Ottawa, Eugene Melnyk Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

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Toujours la semaine dernière, au Québec, le Journal de Montréal titrait en grosses lettres : « Le Canadien ne veut pas payer ses taxes de la Place Bell. »

Soulignons d’abord que cette manchette portait à confusion parce que l'équipe souhaite effectivement payer ses taxes foncières à titre de gestionnaire du nouvel amphithéâtre lavallois. Sauf que le CH tient à ce que la Ville de Laval respecte le contrat, très avantageux pour lui, qui lie les deux parties.

Pour comprendre l’histoire, un bref retour en arrière s’impose.

Au début des années 2010, la Ville de Québec et le gouvernement du Québec ont déboursé près de 400 millions d’argent public pour construire un amphithéâtre à Québecor.

L’entente était tellement avantageuse pour le futur gestionnaire que l’Assemblée nationale a dû adopter une loi pour qu’elle puisse s’appliquer.

Le document prévoyait notamment que le futur gestionnaire du Centre Vidéotron n’aurait pas à payer de taxes foncières, sauf « pour les locaux occupés de façon exclusive par des locataires et le gestionnaire (tels que les bureaux et les vestiaires exclusifs) ». En cas de déficit opérationnel, la Ville de Québec s’engageait même à rembourser à Québecor une somme équivalente à 50 % du déficit, jusqu’à concurrence du loyer payé par le gestionnaire, soit 2,5 millions.

Jusqu’à présent, selon un distingué confrère de La Presse, la Ville de Québec a remboursé 5,7 millions à Québecor, qui n’a donc jamais payé de loyer au Centre Vidéotron.

Le Centre VidéotronLe Centre Vidéotron Photo : Radio-Canada

***

À Laval, quelques années plus tard, quand les autorités municipales se sont mises à la recherche d’un gestionnaire pour leur futur amphithéâtre de 200 millions (dont 120 millions ont été assumés par les contribuables), les soumissionnaires (Québecor et le groupe CH) avaient fait leurs devoirs.

Le groupe CH a demandé qu’une clause semblable à celle de Québec soit insérée dans l’entente. Il a donc été convenu que le Canadien allait payer des taxes foncières sur l’ensemble du domicile de son club-école. Toutefois, en contrepartie, il a été convenu que la Cité de la culture et du sport allait accorder au Bleu-blanc-rouge une aide financière correspondant au montant des taxes foncières « sauf pour les aires et locaux occupés exclusivement par le partenaire, ses sous-locataires ou concessionnaires ».

Bref, l'équipe a obtenu à Laval une entente très semblable à celle que Québecor avait négociée à Québec.

Dans ce cas, pourquoi le CH conteste-t-il l'impôt foncier?

Parce que la Ville de Laval, soudainement, a décidé d’élargir le concept des « lieux occupés exclusivement par son partenaire » bien au-delà des bureaux et boutiques occupés par le Rocket de Laval et au-delà des locaux commerciaux que le Tricolore loue à des tiers.

On parle donc d’une sérieuse mésentente. Mais comme dit l’adage, un contrat est un contrat. Comme il est prévu dans la convention qui les lie, Laval et le Canadien vont donc s’adresser à une tierce partie pour régler leur différend et leur relation d’affaires va reprendre son cours.

La Place Bell à LavalLa Place Bell à Laval Photo : Radio-Canada / Justine Roberge

***

Au bout du compte, toutefois, il est important que, collectivement, nous puissions voir plus loin que ces ridicules intrigues concernant l'impôt foncier du CH à Laval, l'impôt foncier de l’Impact au stade Saputo ou le loyer que Québecor se fait rembourser à Québec. Il faut se rappeler qu’au départ, des politiciens ont consenti à utiliser l’argent des contribuables pour construire ces amphithéâtres au profit d’entreprises milliardaires.

Rien que pour le Centre Vidéotron et la Place Bell, on parle de quelque 520 millions d’argent public versé en cadeau. Les congés de taxes qui s’ajoutent à ces sommes colossales font en quelque sorte figure de cerises sur le sundae.

Tout compte fait, à qui ces ententes profitent-elles?

Il est important de discuter de ces enjeux parce que le Québec risque d’être bientôt replongé dans un autre débat semblable avec l’éventuelle construction d’un nouveau stade pour les futurs Expos.

Il est par ailleurs crucial de savoir et de comprendre ce qui se fait ailleurs parce qu'au Québec, des leaders de la communauté d’affaires tentent souvent de nous faire croire que sans l’argent des contribuables, il est impossible de faire fonctionner une entreprise de sport-spectacle.

On devrait peut-être leur présenter Tim Leiweke, le président du groupe Oak View.

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