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chronique

Posté au bon endroit, Kotkaniemi brille de tous ses feux

Jesperi Kotkaniemi

Jesperi Kotkaniemi

Photo : Getty Images / Claus Andersen

Martin Leclerc

Une décision d'apparence anodine peut parfois changer le cours d'une saison de hockey.

Le 23 janvier dernier, alors que le Canadien s’apprêtait à disputer un dernier match avant de profiter d’une longue période de relâche, Claude Julien et ses adjoints ont décidé de remanier la pire unité d’avantage numérique de l’histoire de l’organisation (qui fonctionnait à 12,6 % et occupait le 31e rang de la LNH) en confiant, notamment, de nouveaux rôles à Jonathan Drouin et à Jesperi Kotkaniemi.

Jusqu'à maintenant, les résultats sont spectaculaires.

Comme la quasi-totalité des équipes de la LNH, le CH a recours à une stratégie 1-3-1 (ou formation parapluie) lorsqu’il profite d’une supériorité numérique.

Au sommet de la formation parapluie, au centre de la glace près de la ligne bleue, on retrouve un passeur (le quart-arrière) qui cherche à alimenter ses coéquipiers postés de chaque côté de la patinoire, au sommet des cercles de mise au jeu, de manière à ce que ces derniers puissent décocher des tirs sur réception.

Au centre de l’enclave, on poste un autre attaquant qui force la défense à négliger l’un des deux tireurs situés aux extrémités du parapluie. On demande par ailleurs au cinquième attaquant de se placer devant le gardien pour lui obstruer la vue, dévier des tirs ou récupérer des retours.

***

Depuis le début de la saison 2017-2018, Jonathan Drouin campait le rôle de quart-arrière sur l’extrémité gauche du parapluie. Cela posait problème puisque le meilleur tireur du Tricolore, Shea Weber, doit justement travailler sur le flanc gauche pour utiliser son tir sur réception.

Pour rejoindre le tireur situé à l’extrémité droite du parapluie, Drouin devait par ailleurs tenter de longues passes transversales dans l’enclave, où la rondelle a la fâcheuse habitude de rencontrer les bâtons et patins adverses. Et quand les passes de Drouin finissaient par atteindre leur destinataire, elles trouvaient un coéquipier (Domi, Tatar, entre autres) dont la qualité des tirs est plutôt moyenne.

Résultat, Shea Weber était davantage isolé par les défenses adverses et obtenait moins de tirs (et moins de tirs de qualité) au filet. Quant à Drouin, à défaut de tenter des passes transversales à haut pourcentage de risque, il était condamné à ne collaborer qu’avec ses coéquipiers postés sur le flanc gauche ou à tenter des tirs à très faible pourcentage de réussite.

Fait à noter : entre le début de la saison 2017-2018 et le 23 janvier dernier, Jonathan Drouin avait disputé plus de minutes que tout autre attaquant du CH en avantage numérique (417 minutes de jeu) et il n’avait inscrit que 6 buts. À titre d’exemple, en seulement 200 minutes d’avantage numérique, Andrew Shaw a inscrit 8 buts au cours de la même période.

Les tireurs postés aux extrémités du parapluie sont le pain et le beurre d’une bonne unité d’avantage numérique. À titre de tireur gaucher posté sur le flanc gauche, Drouin ne constituait pas une menace. Le tireur moyen posté sur le flanc droit ne l’était pas non plus.

***

En déplaçant Drouin au centre du parapluie et en insérant le jeune Kotkaniemi sur le flanc droit, le Canadien vient donc de régler plusieurs anomalies:

  • Jonathan Drouin a enfin toute la latitude voulue pour exploiter les deux côtés de la patinoire et pour déterminer les meilleures options de jeu.
  • Shea Weber, qui ne possède pas les qualités d’un quart-arrière, peut enfin se poster sur le flanc gauche et être alimenté de façon constante pour tirer.
  • Si la défense tente d’isoler Weber, la rondelle se retrouve sur le bâton de Kotkaniemi qui, malgré ses 18 ans, possède un tir nettement supérieur à la moyenne. Kotkaniemi étant gaucher, il peut tirer sur réception.
  • Kotkaniemi est aussi doté d’une vision et d’un talent de passeur exceptionnels. Si l’option du tir n’est plus valable pour lui, le jeune Finlandais est en mesure d’alimenter Weber sur le flanc gauche, de renvoyer le disque à Drouin ou de dénicher son coéquipier posté dans l’enclave.

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Bien entendu, l’échantillon est fort mince. Mais lors des trois matchs au cours desquels cette nouvelle formation a été utilisée, l’unité d’avantage numérique du CH a plusieurs fois multiplié ses chances de marquer de qualité, et elle a inscrit 2 buts en 9 tentatives (22,2 %).

Mais surtout, la décision d’utiliser Kotkaniemi au bon endroit a fait exploser à 10,67 la quantité de chances de marquer qu’il obtient par tranche de 60 minutes! C’est remarquable lorsqu’on sait que depuis le début de la saison, Brendan Gallagher et Max Domi ont connu les plus belles périodes de grâce de l’équipe en maintenant (dans des segments de 5 matchs) un rythme hallucinant de 10 chances de marquer/60 minutes de jeu.

Le développement d’un jeune hockeyeur n’est pas linéaire. Mais avant les Fêtes, Kotkaniemi avait montré une telle progression (son nombre de chances de marquer de qualité/60 minutes était passé de 2,6 à 5,7) que notre bilan de la mi-saison prédisait: « Si la tendance se maintient, Kotkaniemi surpassera largement sa production offensive des 40 premiers matchs durant la seconde portion du calendrier ».

Après 40 matchs, le premier choix du CH comptait quatre buts à sa fiche. Or, il vient d’en inscrire quatre autres à ses huit dernières rencontres.

« C’est un jeune joueur et je sens encore le besoin de le protéger en lui évitant des confrontations avec les meilleurs trios adverses. Mais il progresse tellement qu’il me force à lui dénicher davantage de temps de jeu », expliquait Claude Julien dimanche après la victoire des siens sur les Oilers.

Au cours de ce match, pour la première fois de sa carrière, Kotkaniemi a été utilisé pendant plus de 17 minutes.

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Claude Julien ne recevra probablement pas beaucoup d’aide de son patron d’ici la date limite des échanges. Dans de contexte, l’entraîneur du Bleu-blanc-rouge devra parvenir à maximiser le rendement de chacun de ses joueurs.

Il sera donc intéressant de voir si la nouvelle vigueur insufflée à l’unité d’avantage numérique permettra à Jonathan Drouin de retrouver l’étincelle qui lui avait permis de disputer, durant une partie de la première moitié du calendrier, le meilleur hockey de sa carrière.

Jonathan Drouin (à droite), du Canadien de Montréal, marque le but gagnant contre les Oilers d'Edmonton.

Le but gagnant de Jonathan Drouin (à droite) était son troisième de la saison.

Photo : Eric Bolte-USA TODAY Sports

Drouin est en voie de connaître la meilleure saison de sa carrière, tant à l'attaque qu'en défense. Mais comme le talent lui sort par les oreilles, tout le monde s’entend pour dire qu’il est encore loin d’avoir atteint ses limites.

Depuis que ses responsabilités de quart-arrière ont été modifiées, Drouin a inscrit 2 buts et 1 passes en trois matchs et sa moyenne de chances de marquer par tranche de 60 minutes recommence à grimper, alors qu’elle était abyssale depuis le début de décembre.

Si la tendance se poursuit, une simple permutation de joueurs tentée en désespoir de cause, à la fin de janvier, pourrait effectivement s’avérer l’une des meilleures décisions prises par Claude Julien cette saison.

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