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chronique

L'étonnante maturité collective des partisans du CH

Marc Bergevin en conférence de presse à Montréal

Marc Bergevin en conférence de presse à Montréal

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Martin Leclerc

BILLET - Le poste de directeur général d'une équipe de la LNH n'est clairement pas recommandé à ceux qui aspirent au calme et à la « zénitude ». Quand on occupe ces fonctions, il n'y a pour ainsi dire jamais d'accalmie. Encore moins à l'approche de la date limite des échanges.

Récemment, le DG d’une équipe de la LHJMQ me confiait avoir vomi tous les jours durant la semaine précédant la date limite des échanges dans les rangs juniors. Les occasions de championnat ne sont pas légion au cours de la carrière d’un DG. Elles doivent être anticipées. Et, lorsqu’elles surgissent, il n’a pas le droit de se tromper. Durant cette intéressante conversation, je me suis demandé comment cet homme de hockey (très compétent) aurait pu survivre en portant, la saison dernière, les chaussures de Marc Bergevin.

Traqué, honni et vilipendé de toutes parts, le directeur général du Canadien est toutefois parvenu à conserver la confiance de son patron. Et durant l’été 2018, il a réussi à sortir quelques lapins de son chapeau pour remettre son équipe sur les rails. Résultat? Un an plus tard, Bergevin occupe probablement le siège le plus moelleux de la Division atlantique!

***

À Tampa, Julien BriseBois en est à sa toute première saison à titre de DG. Son équipe est favorite pour remporter le Coupe Stanley. Et si le Lightning maintient son rythme de croisière, il bouclera le calendrier au 7e rang des meilleures formations de l’histoire de la LNH!

La fenêtre est toute grande ouverte. Le Lightning n’a pas le droit de laisser filer cette coupe. S’il ne fait rien pour améliorer son club et que le Lightning ne remporte pas le gros trophée, on dira que BriseBois a raté le bateau. Mais son effectif est déjà considéré par certains comme le plus complet jamais assemblé depuis l’instauration du plafond salarial. La question : comment peut-on améliorer une équipe dont la moyenne de succès s’élève à ,760?

À Toronto, Kyle Dubas, 33 ans, en est aussi à sa première saison aux commandes d’une équipe de la LNH. Depuis plusieurs années, toute la stratégie des Maple Leafs repose sur le « Shanaplan », qui consistait au départ à couler au classement, à accumuler les bons choix de repêchage et à récolter de juteux dividendes par la suite.

Or, le temps commence à se contracter et le niveau de pression augmente. Mike Babcock en est à sa quatrième saison derrière le banc et l’équipe n’a jamais remporté un tour des séries. Les jeunes vedettes des Leafs (Matthews et Marner) sont sur le point de commander des salaires faramineux. Malgré les ajouts de John Tavares et de Jake Muzzin (au cours des derniers jours), rien ne garantit que les Leafs sont suffisamment équipés pour sortir de leur division.

À Boston, au cours des dernières saisons, Don Sweeney a profité d’un système de recrutement efficace pour permettre aux Bruins de rapidement redevenir compétitifs. Quelques éléments-clés de sa formation ont toutefois été blessés en première moitié de calendrier, et les Bruins se retrouvent à égalité au classement avec le CH.

Zdeno Chara aura 42 ans en mars. Patrice Bergeron, qui est en quelque sorte l’âme de cette équipe, est âgé de 33 ans. Ce sont deux pièces importantes du puzzle. Les rivaux de division sont jeunes. Pour espérer vaincre le Lightning ou les Leafs (ou les deux) en séries, Sweeney n’a pas vraiment le choix : il doit trouver du renfort.

À Buffalo, Jason Botterill était à la tête d’une équipe de première place (au classement général de la LNH) à la fin de novembre. Ses Sabres se sont depuis écrasés. Leur fiche de 8-12-3 leur vaut le 29e rang de la ligue depuis le 1er décembre. À moins de maintenir une moyenne de succès de ,640 d’ici la fin (ce qui est très improbable) ils joueront au golf dès le début d’avril.

Les Sabres n’ont pas remporté une série en 11 ans. Ils n’ont pris part au tournoi éliminatoire qu’à deux reprises (en 2010 et 2011) durant cette période. Cette équipe est jeune et en reconstruction. Il serait mal avisé de sacrifier des actifs pour aller chercher une aide temporaire qui ne fera probablement pas la différence quant à une participation aux séries. En même temps, les partisans en ont plein leur casque d’attendre.

Botterill n’est pas dans une position facile.

Steven Stamkos, du Lightning de Tampa Bay, célèbre un but contre les Oilers d'Edmonton.

Steven Stamkos a récolté trois points contre les Oilers.

Photo : Associated Press / Jason Behnken

***

Bref, lorsqu’on compare la situation de Marc Bergevin avec celles de ses homologues, le DG du CH se trouve effectivement en pleine dolce vita.

Contre toute attente, le Tricolore a déjà emmagasiné 61 points au classement. Il suffira probablement d’en récolter 36 de plus en 31 matchs pour participer aux séries.

Sur papier, cette formation n’est pas suffisamment relevée pour espérer un long parcours éliminatoire, surtout dans la Division atlantique, et les partisans semblent totalement comprendre et accepter la situation. Depuis le début de cette saison dénuée d’attentes, les hommes de Claude Julien fournissent un effort constant, abandonnent rarement et se maintiennent dans les mêmes eaux que Toronto et Boston. Personne n’en espérait autant.

Lors du dernier Championnat mondial junior, on a vu le centre américain Ryan Poehling remporter le titre de joueur par excellence, le Russe Alexander Romanov être proclamé le meilleur défenseur du tournoi, et le Finlandais Jesse Ylonen (un ailier) jouer un rôle important dans la conquête de son équipe. Nick Suzuki, acquis en échange de Max Pacioretty, fait la pluie et le beau temps dans la Ligue junior de l’Ontario.

Pour la toute première fois en plus de 10 ans, on peut raisonnablement croire que la cavalerie s’en vient à la rescousse et qu’elle ne se présentera pas sur les lieux de la bataille équipée de fusils à l’eau. Et plus important encore, pour la première fois depuis 20 ans, aucun partisan ne se demande si cette organisation parviendra un jour à dénicher un centre numéro un.

Les DG de la LNH ont jusqu’au 25 février pour conclure des échanges. Mais compte tenu de la situation actuelle, si j’en crois les courriels que je reçois quotidiennement, Marc Bergevin pourrait fermer son téléphone jusqu’au 26 et bien peu de gens s’en formaliseraient.

Ildevrait prendre le temps de savourer cette période de sérénité. Au même titre que les occasions de championnat, de tels moments sont très rares dans la vie d’un DG.

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