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Entre la boxe et l'opéra, les princes de la rue découvrent des parallèles

Une rencontre entre la boxe et l'opéra
Radio-Canada

L'Opéra de Montréal présente un opéra jazz intitulé Champion. C'est l'histoire vécue d'un boxeur noir américain qui a dû combattre les préjugés dans les années 60. Malgré les drames qui entourent sa vie, la boxe sera pour lui salvatrice. Une similitude avec ce que vivent certains jeunes du quartier Saint-Michel qui utilisent la boxe pour raccrocher à la vie. Une rencontre pleine d'enseignements.

Un texte de Robert Frosi

L’histoire de l’opéra Champion débute en 1962. Le boxeur noir américain Emile Griffith va devenir champion du monde des poids moyens en battant Benny Paret. À la 13e reprise, une pluie de coups s’abat sur Paret : 17 en moins de 7 secondes. Paret s’effondre devant le regard stupéfait de l’arbitre.

Plongé dans le coma, il est mort quelques jours après le combat.

À la pesée qui précédait le combat, Paret avait insulté Griffith en le traitant de maricón, une allusion directe à son homosexualité. Un sujet tabou à l'époque qui déchaînera la violence de Griffith dans le ring. Durant des années, Griffith devra vivre avec ce décès et les multiples provocations reliées à son orientation sexuelle.

Hanté par son passé, il aura cette phrase célèbre : « Je tue un homme et le monde me pardonne, j’aime un homme et le monde veut me tuer. »

Paret sourit en montrant du doigt le pèse-personne.Benny Paret (en blanc, à gauche) et Emile Griffith à la pesée avant un combat en 1962. Photo : Associated Press / John Lindsay

De l’opéra au gymnase

Le gymnase d’Ali et les Princes de la Rue, dans le quartier Saint-Michel, est considéré comme le dernier refuge pour les jeunes décrocheurs. Ici, la boxe est un prétexte pour canaliser leur violence, souvent facteur déterminant de leurs échecs scolaires et sociaux.

Les tourniquets accédant au gym nous font découvrir une personne, qu’on n’attendrait pas dans un tel lieu. C’est la mezzo-soprano canadienne Catherine Daniel, qui fait partie de la distribution de Champion et qui a décidé d'aller à la rencontre des jeunes de l'école d’Ali Nestor.

Elle est convaincue que l’histoire d’Emile Griffith a des similitudes avec celle vécue par tous ces jeunes. Catherine Daniel observe chacun d’eux. Soudainement, l’entraînement s’interrompt et les jeunes vont se présenter un à un à elle. Ricardo et Yasmina sont un peu leurs porte-parole. Catherine leur demande : « Qu'est-ce que vous avez découvert de plus surprenant dans la boxe?

« Moi la boxe, ça m'aide à me contrôler, quand j'ai beaucoup de colère, je vais me défouler », explique Ricardo.

« La boxe ce n’est pas juste un sport de force, c'est aussi de contrôler ses émotions », précise Yasmina.

« C’est la même chose pour l'opéra, c'est du contrôle. Celui de notre corps et de notre voix », répond Catherine.

La chanteuse, qui entre dans un gymnase de boxe pour la première fois, va en profiter pour prendre quelques conseils d’Ali Nestor. À la toute fin de l’entraînement, elle s’adresse à eux : « Merci beaucoup de m'avoir invité à votre entraînement. Maintenant, je veux vous inviter à venir voir une répétition à l'opéra à la Place des Arts. »

Du gymnase à l'opéra

La réponse des jeunes est unanime et de grands cris d’approbation se font entendre. Les jeunes arrivent à l’opéra sur la pointe des pieds, un contraste avec leur comportement en gymnase.

Catherine, qui a retrouvé son univers familier, les accueille avec un large sourire. Tout est en place et on va répéter quelques scènes, notamment le combat fatal entre les deux pugilistes. Les jeunes assis sagement dans un coin de la salle chuchotent et ont l’air impressionnés par le jeu des comédiens et par leur dextérité pugilistique. Ils rencontreront par la suite la basse Arthur Woodley qui joue Emile vieux, le baryton-basse Aubrey Allicock , Emile jeune, et le ténor Victor Ryan Robertson dans le rôle de Benny Paret.

Les questions fusent comme des directs. Combien de temps vous êtes-vous entraînés? Est-ce que vous devez garder le silence pour conserver votre voix? Comment êtes-vous devenus chanteurs? Ça doit être difficile de chanter et de boxer en même temps? Catherine les accompagne et répond également à leurs nombreuses questions.

« Je voulais parler de l'importance du mentorat. Emile a été entouré et c'est ce qui l'a sauvé. C'est la même chose pour les jeunes, ils ont besoin d'un mentorat, besoin d'être entouré. C'est ça que je retiens de cette rencontre. »

Ricardo était encore un peu secoué après la répétition. La scène où Griffith envoie son adversaire au tapis est venue raviver de douloureux souvenirs. « Ce qui s'est passé avec le monsieur, il s'est battu et a mis un gars à terre. Ça m'a rappelé quand j'ai eu des problèmes. Quand j'ai fait un truc pas correct aussi! »

Yasmina avait encore les yeux pétillants à la fin de la rencontre. « Premièrement, que la chanteuse d'opéra se déplace pour nous rencontrer, c'est quand même quelque chose parce que l'opéra c'est vraiment un art. Et puis l’histoire et ce qu’a vécu ce boxeur, ça ressemble parfois à nos histoires. »

Les jeunes de l’école des Princes de la Rue reprennent le chemin du quartier Saint-Michel, plein d’images dans leur tête et avec le sentiment que le temps s’est arrêté et qu’un autre monde pouvait s’intéresser à eux.

Les thèmes abordés dans l'opéra Champion sont la résilience et la rédemption. L'espace d'une journée, ces jeunes ont peut-être découvert qu'ils n'étaient pas tous seuls dans leur combat quotidien.

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