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chronique

L'histoire de Victoriaville : tirons-en des leçons

Le Colisée Desjardins, domicile des Tigres de Victoriaville

Le Colisée Desjardins, domicile des Tigres de Victoriaville

Photo : Les Tigres de Victoriaville

Martin Leclerc

BILLET - Au petit matin dimanche dernier, quelque part, un père ou une mère a reçu l'appel qui, rien qu'à y penser, glace le sang de tous les parents du monde : « Ici la Sûreté du Québec, êtes-vous le parent de...? »

Ce père ou cette mère, après avoir senti son coeur cesser de battre, a ensuite appris que son fils, un porte-couleurs des Tigres de Victoriaville âgé de 17 ans, avait été retrouvé à 3 h en bordure de la route 116, endormi au volant d’une voiture appartenant à l’un de ses coéquipiers. Il était en état d’ébriété.

Parlons-nous franchement. Cette histoire est survenue dans le Québec de 2019, où le cannabis est en vente libre, et où la consommation d’alcool est plutôt banalisée. À tort ou à raison, énormément de parents savent et acceptent que leurs adolescents de 17 ans, parfois même de 16 ans, fréquentent les bars.

En même temps, cette histoire est survenue dans l'organisation des Tigres, une organisation dont les standards de comportement, sur papier, sont impeccables. Une organisation qui, par ailleurs, a la responsabilité de faire respecter les lois.

Avant le début de la saison, les joueurs et leurs parents doivent signer le code d’éthique de l’équipe, qui interdit aux joueurs d’âge mineur de se retrouver dans des établissements où l’on vend de l’alcool. Par ailleurs, les joueurs âgés de 18 ans et plus savent qu’ils ne doivent pas toucher à un volant s’ils consomment de l’alcool à l’occasion d’une sortie. Pour les protéger, l’organisation rembourse systématiquement leurs frais de taxi.

Avec des consignes aussi claires, les parents qui confient leur fils à une organisation et à une famille de pension situées à 150 ou 300 kilomètres du domicile familial peuvent dormir en paix.

À condition, toutefois, que lesdites consignes soient appliquées.

***

C’est là que, pour les Tigres de Victoriaville, l’histoire se complique...

Le samedi 12 janvier, cette jeune équipe a mis fin à une séquence de six défaites en battant l’Océanic de Rimouski. Le président de l'équipe, Charles Pellerin, a alors prévenu les entraîneurs qu’il mettait la somme de 500 $ à la disposition des joueurs. M. Pellerin souhaitait ainsi récompenser les jeunes pour leurs efforts.

Parfois, les joueurs utilisent ces récompenses pour organiser une journée de karting ou une partie de quilles. Sauf qu’à 23 h un samedi, cette somme constituait certainement un incitatif à rassembler tout le monde au bar du coin. Exceptionnellement (c’était seulement la troisième fois de la saison, selon l’équipe), les entraîneurs ont aussi reporté le couvre-feu jusqu’à 2 h afin de permettre aux joueurs de profiter du reste de la soirée.

Selon la version de l’équipe, l’entraîneur en chef Louis Robitaille a formulé des recommandations très claires à ses joueurs avant de quitter l’autobus :

« Les mineurs de l’équipe n’ont pas le droit de se retrouver dans un bar. »

« Les joueurs qui sont majeurs et qui consommeront de l’alcool doivent prendre un taxi, puisque les frais sont automatiquement remboursés par l’équipe. »

***

Le reste de l’histoire, par contre, n’est pas aussi limpide.

Selon quelques parents, il était clair dans l’esprit des jeunes que toute l’équipe était invitée au bar L’Évaz. D’ailleurs, quelques minutes après avoir quitté le bus et vidé leur sac d’équipement au vestiaire, au moins 75 % des joueurs se retrouvaient dans l'établissement. Et une majorité des joueurs mineurs de l’équipe étaient présents.

Toujours selon plusieurs sources, l’entraîneur en chef Louis Robitaille était au pub O’Connel, qui est situé sous le même toit que le bar L’Évaz. Un corridor sépare les deux établissements.

Et avant de quitter le pub, l’entraîneur est allé visiter son capitaine pour s’assurer que la soirée se déroulait bien. Des joueurs mineurs de l’équipe étaient sur place. « Il serait utopique de croire qu’il ne les a pas vus », concède le président Charles Pellerin.

Les entraîneurs ont quitté les lieux. La soirée s’est poursuivie.

Et malheureusement, quand le temps de rentrer est venu, deux jeunes ont eux aussi manqué de jugement. « Quand tu as cet âge et que tu es intoxiqué, tu ne prends pas les meilleures décisions », estime Charles Pellerin.

L’un des deux joueurs, propriétaire d’une voiture, s’est dit incapable de conduire compte tenu de sa consommation d’alcool. Son coéquipier s’est cru en mesure de prendre la relève. Une fois à destination, le premier joueur a prêté sa voiture à son coéquipier afin qu’il puisse, lui aussi, rentrer à sa pension avant le couvre-feu.

À 3 h, la police l’a découvert endormi derrière le volant.

Compte tenu du fil de l’histoire, imaginons un instant la catastrophe qui secouerait le monde du hockey si cet adolescent s’était endormi avant de se tasser sur la voie d’accotement.

***

Quand de telles crises surviennent (parce que l’organisation des Tigres est bel et bien en mode gestion crise depuis cet incident), les dirigeants d’organisations adoptent habituellement une mentalité d’assiégés. Ils se cachent, en disent le moins possible et patientent jusqu’à ce que la tempête médiatique s’étiole.

Pour la façon dont il a navigué à travers cette navrante histoire, le président Charles Pellerin m’a vivement impressionné. Un vieux dicton du monde des communications veut que l’on se trompe rarement lorsqu’on choisit de dire la vérité et d’en assumer les conséquences. Et c’est exactement ce que M. Pellerin a fait.

Clairement, l’entraîneur en chef Louis Robitaille n’a pas fait respecter le code d’éthique de l’équipe. Et il aurait été facile pour le président de lui refiler le blâme. Mais Charles Pellerin s’est plutôt attribué une part de responsabilité.

« Je vais continuer à donner des récompenses aux joueurs. J’aime ces jeunes. Ils travaillent fort et je trouve important de leur témoigner des marques d’appréciation. Sauf que dorénavant, les récompenses qui seront faites seront dédiées à des activités d’équipe clairement identifiées et qui n’impliqueront pas une possible consommation d’alcool.

« Il y aura aussi un redressement du côté de notre personnel, et je parle de tous les employés de l’organisation, y compris moi. Je ne veux plus qu’un entraîneur ou un employé des Tigres se retrouve, un soir, dans le même établissement que les joueurs », ajoute-t-il, en promettant aussi de renforcer l’éducation faite aux jeunes.

« On ne peut pas contrôler les jeunes, tous les parents le savent. Mais on peut certainement les éduquer davantage. Cette semaine, ils ont tous appris, à la dure, quelles peuvent être les conséquences d’une soirée comme celle-là. Heureusement, personne n’a été blessé. Nous allons tirer une leçon de ces événements et nous en servir pour devenir meilleurs. J’espère que ça aidera aussi d’autres organisations. Quant au joueur qui a vécu cette mésaventure, nous allons le soutenir. Il ne servira pas de bouc émissaire », promet-il.

***

Durant nos entretiens, il n’y a qu’une question à laquelle Charles Pellerin a eu du mal à répondre.

Si les consignes étaient si claires, et si l’entraîneur avait formulé les recommandations d’usage avant de quitter le bus, comment se fait-il que la plupart des joueurs d’âge mineur de l’équipe se soient retrouvés au bar quelques minutes plus tard? Et que leur présence ait été tolérée par l’entraîneur? On pourrait même se demander pourquoi les leaders et vétérans de l’équipe ne sont pas intervenus en leur demandant de partir.

« C’est une bonne question... », a-t-il rétorqué.

Je n’ai aucun doute. Les Tigres de Victoriaville corrigeront le tir après ces navrants événements. Et souhaitons que leur expérience serve de prétexte à d’autres organisations, tous sports confondus, pour lancer une discussion visant à parfaire l’éducation de leurs athlètes.

Aucun parent ne devrait recevoir, au petit matin, ces appels de la police qui glacent le sang.

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