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« On a affaire à des adolescents », rappellent des familles d'accueil de la LHJMQ

Joueurs de hockey avec gardien de but.
De jeunes joueurs de hockey Photo: iStock

Depuis le début de la saison dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), près d'un quart des joueurs ont changé d'adresse. Pour ces joueurs de 16 à 20 ans, cela signifie des changements importants à leur quotidien qui ne sont pas sans conséquence, selon les familles qui les accueillent dans leur nouvelle ville.

Un texte de Xavier Savard-Fournier

Traités comme des professionnels, ces 105 joueurs ont d’abord été échangés dans l’intérêt de leur équipe. Et cette situation n’est pas près de changer, selon le commissaire Gilles Courteau.

Il estime d’ailleurs que les joueurs de son circuit ne sont pas à la merci d'un système qui leur est défavorable. Pourtant, certaines familles d’accueil qui acceptent d’héberger ces jeunes joueurs, elles, pensent différemment.

« Oui, c’est stressant, ils ne savent jamais ce qui peut arriver. Ils ne sont pas outillés du tout. N’oubliez pas, ces jeunes partent de chez papa, maman. Ils les prennent, les parachutent », explique Sonia Arsenault qui a hébergé des joueurs des Remparts de Québec de 2006 à 2016.

Selon son expérience, la période des échanges avant les Fêtes est souvent un moment stressant pour les joueurs. Leur attitude change, ils sont plus souvent dans leur bulle, deviennent parfois plus agressifs au quotidien ou cessent de bien s’alimenter.

Quand arrive le temps des échanges, [on] les laisse tranquilles et on les laisse à eux-mêmes.

Sonia Arsenault

Comme chez les professionnels, il n’y a rien d’acquis, surtout pour les 19-20 ans qui se doutent qu’il y aura parfois une vente de feu pour rebâtir leur équipe, rappelle Claude Naubert qui a accueilli six joueurs des Olympiques de Gatineau entre 2010 et 2014.

« Je peux me mettre dans la peau de ce jeune qui va s’adapter à une nouvelle famille d’accueil, à un nouveau système scolaire, etc. Pour lui, c’est dur », reconnaît-il.

Les joueurs de la LHJMQ n’ont cependant pas le salaire des professionnels.

Des adolescents dans la cour des grands

Bien évidemment, Sonia Arsenault sait que plusieurs sont conscients de leur situation, que certains joueurs demandent même à être échangés. Mais pour elle, il s’agit tout de même de moments difficiles, de promesses brisées, de mésententes avec des entraîneurs, et qu’on a affaire à des jeunes, à des adolescents.

Mme Arsenault se souvient d’ailleurs d’un de ses pensionnaires qui n’allait pas bien du tout. Elle le sentait sur la « corde raide », que si son quotidien était un peu trop chamboulé, c’était dangereux pour son avenir personnel.

Elle n’a donc pas hésité, elle a appelé les Remparts de Québec.

« Je me souviens d’avoir dit à l'entraîneur : "Regardez, si vous en avez deux à échanger, qualité égale, pouvez-vous ne pas l’échanger? Parce que ça risque d’atteindre sa vie personnelle et, plus tard, [il va] se ramasser avec des problèmes" », raconte-t-elle.

L'entraîneur de la formation lui avait alors répondu que son équipe n’était pas une garderie, qu’il n’était pas ici pour ça et qu’il ne pouvait pas gérer avec son cœur.

Le joueur en question a donc tout de même changé d'équipe.

Est-ce que ça aurait changé quelque chose s’il était resté, je ne sais pas. Mais il venait de trouver un certain équilibre, des amis. On le sentait heureux le petit gars. »

Sonia Arsenault

Apprendre un départ par Facebook

Le cas de Sonia Arsenault n’est pas unique. Ces familles, il y en a aux quatre coins de la ligue.

Yves Beauchamp, un résident de Rouyn-Noranda, a lui aussi hébergé des joueurs de la LHJMQ. Il en a accueilli pendant quatre ans jusqu’en 2016.

Si son expérience a été positive dans l’ensemble, il se souvient du premier joueur échangé sous son toit et de l’effet que cela a eu sur sa famille.

« On ne l’a pas appris directement par lui ni par l’équipe comme telle, c’est plus par les médias sociaux qu’on l’avait appris », se rappelle-t-il.

Le reste s’est déroulé très vite.

Échangé après un match à l’extérieur des Huskies, le jeune joueur n’avait eu que quelques jours pour retourner en Abitibi récupérer ses effets personnels et sa voiture avant de se diriger vers sa nouvelle équipe dans les Maritimes, près de 1500 km plus loin.

« Ils ont beau te le dire au début de la saison. Mais quand ça arrive, c’est comme une tonne de briques. Ça fait mal. Parce que veut, veut pas, on s’attache à ces jeunes-là et eux aussi s’attachent à nous. On devient comme leur deuxième famille », relate-t-il avec émotion.

M. Beauchamp avait lui aussi fait des commentaires à l’organisation. Il n’avait pas aimé la manière dont l’échange s’était déroulé. Il aurait aimé être averti qu’un échange se préparait. Pas que pour sa famille, mais pour mieux aider le jeune joueur.

« On ne veut pas être dans le secret des dieux. Mais [apprendre l’échange] pas longtemps avant le jeune, ça serait l’fun pour voir venir le coup et pour appuyer le jeune dans cette épreuve », avait-il dit à la direction des Huskies de Rouyn-Noranda.

Contrairement à Mme Arsenault, l’appel de M. Beauchamp a permis de changer les choses. Selon ce qu’il entend des familles qui hébergent toujours des joueurs à Rouyn-Noranda, il semblerait que l’équipe appelle maintenant les familles avant les échanges pour faciliter la transition pour les joueurs, preuve qu’il est parfois possible d’avoir un peu d’humanisme envers ces jeunes.

Même s’ils sont traités comme des professionnels, ils restent des joueurs qui n’ont que de 16 à 20 ans.

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