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chronique

Le hockey en Mauricie : une expérience unique, des résultats époustouflants

Des chandails d'Équipe Québec
Des chandails d'Équipe Québec Photo: Hockey Québec
Martin Leclerc

BILLET - Un simple communiqué de Hockey Québec, parfois, peut contenir de véritables trésors d'information.

Jeudi dernier, HQ a dévoilé l’identité des 20 joueurs de moins de 16 ans sélectionnés pour représenter le Québec aux prochains Jeux du Canada. Et ce qui saute particulièrement aux yeux lorsqu’on consulte cette liste, c’est que plus du tiers de la formation, soit sept joueurs, a été formé dans la région de la Mauricie.

Pourtant, parmi les 14 régions administratives chapeautées par Hockey Québec, la Mauricie possède l’un des cinq plus petits bassins de joueurs. L’an dernier, on n’y retrouvait que 243 équipes masculines comparativement, par exemple, à 696 dans la région du Lac-Saint-Louis, à 851 dans Laurentides-Lanaudière ou à 966 dans la région de Québec-Appalaches.

Ce qui rend la sélection de ces sept joueurs encore plus exceptionnelle, c’est que parmi les 60 joueurs sélectionnés pour faire partie d’Équipe Québec lors des trois précédents Jeux du Canada (2015, 2011 et 2007), on ne retrouvait que deux joueurs (3,3 % de l’ensemble du groupe) ayant fait leur apprentissage du hockey en Mauricie.

La question qui tue : que s’est-il passé dans cette région?

Comment un bassin de joueur ne constituant que 4,1 % des effectifs de la fédération peut-il soudainement développer 35 % d’Équipe Québec?

S’agit-il d’un simple hasard ou encore d’une sorte de cuvée exceptionnelle? Ce sont des hypothèses. Mais il y en a aussi une autre...

***

Il y a près de deux ans, j’écrivais dans ces pages que la Mauricie était le plus effervescent laboratoire du hockey québécois. Je soutenais dans cette chronique que cette région, malgré son bassin de joueurs restreint, s’avérait désormais une sorte de nirvana pour les jeunes hockeyeurs désireux de progresser au hockey.

D’abord, dans cette région, le monopole du hockey civil avait été brisé. Les hockeyeurs et leur famille avaient désormais la liberté de faire un choix. La structure civile des Estacades (d’excellente qualité) était désormais en compétition avec le programme du collège privé Marie-de-l’Incarnation (CMI), chapeauté par Denis Francoeur et inspiré des méthodes de développement finlandaises et scandinaves. Le Séminaire Saint-Joseph (SSJ), une autre institution privée dont la structure de hockey était supervisée par Danny Dupont, permettait à un autre groupe de joueurs de profiter d’un encadrement optimal.

En plus d’avoir l’embarras du choix, les jeunes joueurs de la Mauricie avaient l’occasion de participer à l’une des plus audacieuses expériences jamais tentées dans le monde du hockey canadien.

Denis Francoeur est un entraîneur chevronné qui a dirigé des équipes jusque dans la LHJMQ. Il y a une dizaine d’années, en s’inspirant du modèle de développement à long terme de l’athlète (DLTA), il a eu le génie d’imaginer un programme de hockey équilibré (encourageant la pratique d’autres sports) et particulièrement axé sur le développement des habiletés individuelles offensives.

Ce programme était planifié pour accompagner des joueurs nés en 2003 (à l’époque d’âge prénovice) jusqu’à la fin de leurs études secondaires (Nouvelle fenêtre). (Je vous encourage à lire cet hyperlien parce que les jeunes d’âge pee-wee dont il était question dans cet article de 2015 sont les mêmes dont on parle dans cette chronique.)

La fin de l’histoire est fabuleuse : 25 % des joueurs d’Équipe Québec 2019, nés en 2003, ont fait la quasi-totalité de leur apprentissage au sein du programme de hockey scolaire chapeauté par Denis Francoeur!

***

Il y a deux ans, de nombreux sceptiques croyaient qu’une telle répartition de programmes allait signifier la mort du hockey d’excellence en Mauricie. Le quotidien régional Le Nouvelliste en avait même fait une manchette.

Or, les résultats sont stupéfiants et semblent démontrer que la liberté de choix et la saine compétition pour ce qui est de la qualité d’encadrement entre les différents programmes se sont avérées extrêmement bénéfiques pour les athlètes.

Parmi les sept joueurs d’Équipe Québec ayant fait leur apprentissage en Mauricie, on retrouve :

  • Tristan Luneau, un exceptionnel défenseur de 14 ans (il est le plus jeune de l’équipe) ayant toujours cheminé au sein de la structure civile.
  • William Rousseau, un gardien dont le parcours entier (depuis le deuxième cycle du primaire) s’est fait au hockey scolaire (au CMI et au SSJ) sous la supervision de Denis Francoeur.
  • Jacob Guévin, un défenseur qui a fait tout son apprentissage au CMI avant de choisir de faire le saut, cette saison, avec les Estacades de la Ligue midget AAA.
  • Guillaume Richard, un arrière originaire de la région de Québec (Cap-Santé), mais qui a fait son apprentissage au CMI. Richard a choisi cette saison de jouer dans la Ligue midget AAA avec le Séminaire Saint-François.
  • Anthony Bédard, un attaquant ayant cheminé au CMI depuis le primaire, et qui s’est joint à la structure des Estacades depuis deux ans.
  • Zachary Bolduc, un attaquant qui a aussi choisi le parcours du CMI et qui s’est joint aux Estacades cette saison.
  • Maxime Pellerin, qui a fait une partie de son apprentissage au Collège Clarétin (une autre école membre de la Ligue de hockey préparatoire scolaire) et qui a décidé de faire le saut avec les Estacades cette saison.

Pour quiconque connaît l’histoire récente de Hockey Québec, cette liste relève presque de la science-fiction. Et c’est tout à l’honneur du nouveau DG de Hockey Québec, Paul Ménard, qui a négocié l’an dernier avec Mathieu Darche la fin de la quasi-guerre religieuse qui existait entre la fédération et le hockey scolaire.

Au sein d’Équipe Québec, on retrouve un joueur évoluant toujours au hockey scolaire et une multitude d’autres qui sont parvenus à passer d’une structure à l’autre par choix, sans pression et sans être reçus comme des chiens dans un jeu de quilles, comme c’était auparavant le cas dans certaines régions, du moins.

***

Lorsqu’on lui demande de commenter la merveilleuse émergence de sa première cohorte de hockeyeurs, Denis Francoeur se place immédiatement en retrait.

« Je n’ai pas la prétention de donner du talent à qui que ce soit. Nous avons eu la chance de nous retrouver en présence d’athlètes talentueux et nous avons tenté de mettre en place des conditions pour les aider à atteindre leur plein potentiel », répond-il.

« Ces jeunes ont été choisis parce qu’ils ont le talent, parce qu’ils sont passionnés et parce qu’ils sont des gagnants. Et quand je dis cela, je parle aussi d’autres sports. Certains ont connu du succès au baseball, au golf ou dans d’autres sports qu’ils ont pratiqués dès leur jeune âge, et ça les a sans doute aidés dans leur développement. »

Au cours des derniers mois, Denis Francoeur avoue avoir ressenti de la déception en voyant cinq élèves-athlètes choisir de quitter le hockey scolaire pour se joindre au programme midget AAA des Estacades, supervisé par Frédéric Lavoie, l’un des plus prometteurs jeunes entraîneurs québécois. En même temps, Francoeur trouve cette liberté de choix tout à fait saine pour les athlètes.

« Au sein de notre programme, les gens peuvent arriver et partir quand ils le veulent. C’est certain que c’était décevant de voir partir des jeunes qui étaient avec nous depuis le début pour tenter l’aventure midget AAA puisque nous prônons depuis le début qu’il n’est pas nécessaire de suivre la route traditionnelle pour gravir les échelons du hockey. Mais cette nouvelle expérience sera bénéfique pour eux, et elle leur permet de connaître autre chose. Aussi, les responsables du midget AAA sont heureux de recevoir des joueurs formés chez nous », dit-il.

« Les succès de nos joueurs nous confirment par ailleurs que nous sommes sur la bonne voie. En plus d’Équipe Québec, nous recevons plusieurs signaux positifs depuis quelques années. Deux de nos joueurs (Frédéryck Janvier et Anthony Allepot) ont percé des alignements du junior majeur à 16 ans en sortant directement de notre école. Et nos joueurs se sont distingués dans plusieurs compétitions de haut niveau, même à l’étranger. »

***

Depuis cette saison, l’organigramme hockey a quelque peu changé en Mauricie.

Assisté de Danny Dupont, Denis Francoeur et son académie chapeautent désormais les programmes des deux institutions privées mentionnées dans ce texte. L’an dernier, le Collège Marie-de-l’Incarnation et le Séminaire Saint-Joseph (qui étaient encore récemment de grands rivaux) ont effectivement décidé de fusionner leurs volets hockey. Le CMI se concentre désormais sur le hockey scolaire des élèves du primaire, tandis que le Séminaire Saint-Joseph les accueille au secondaire.

Peu importe, cette formidable expérience continue. Les jeunes de la Mauricie ont toujours le choix entre deux structures distinctes qui sont gérées par des entraîneurs compétents et qui rivalisent d’imagination pour leur offrir le meilleur encadrement possible.

Et désormais, les structures civile et scolaire travaillent main dans la main et placent les intérêts des athlètes à l’avant-plan. Il y a quelques semaines, Danny Dupont travaillait de concert avec les représentants des Estacades pour composer l’équipe masculine qui représentera la Mauricie aux Jeux du Québec.

Nous avons d’incroyables cerveaux et énormément de gens bien intentionnés au sein de nos structures sportives au Québec. C’est beau à voir lorsqu’on les laisse s’exprimer.

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