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Les embûches des arbitres féminines en Alberta

Cassandra Gregory
Cassandra Gregory Photo: La Presse canadienne / Dave Watling

Le talent de Cassandra Gregory en tant que juge de lignes a été reconnu quand elle a été désignée pour travailler lors de la finale masculine d'un prestigieux tournoi dans la catégorie midget AAA à Calgary le 1er janvier.

La jeune femme de 23 ans, originaire d’Edmonton, a également été choisie par le comité d’arbitres de sa région pour officier dans la Ligue junior de l’Alberta cette saison.

On lui a demandé en août dernier si elle était disponible pour des matchs préparatoires, ce qui lui aurait permis de devenir la première femme à réaliser ce fait d’armes dans l’AJHL.

« Tout le monde était en extase parce que nous avions finalement abattu la barrière des sexes dans la Ligue junior de l’Alberta », dit l’ancien juge de lignes de la Ligue nationale, Mike Cvik, maintenant superviseur bénévole des arbitres dans cette province.

« La Saskatchewan l’a déjà fait, la Colombie-Britannique et le Manitoba aussi », ajoute-t-il.

Gregory a toutefois été informée qu’elle ne travaillerait pas dans ces rencontres présaison.

Elle affirme que c’est l’arbitre en chef de la fédération de hockey de l’Alberta, Craig DeCoursey, qui le lui a appris.

« Tout ça se passait parce que je suis une femme. C’est exactement dans ces mots qu’il me l’a dit et ils n’ont même pas essayé de le cacher », raconte Gregory.

De Coursey nie que ce ne sont pas des considérations au sujet de son sexe qui expliquent le rejet de sa nomination.

« Elle m’en a fait part, explique-t-il. J’ai essayé de lui expliquer que je ne croyais pas que c’était le cas. Je crois qu’elle est partie sans me croire. Ça n’a absolument rien à voir avec son sexe ou quoi que ce soit. »

Un membre d’un comité d’arbitre qui a demandé l’anonymat a déclaré que « la résistance vient du fait qu’elle est une femme et c’est pour cette raison que l’histoire fait autant de bruit ».

Le démenti de l’AJHL

La Ligue junior de l’Alberta désigne les arbitres, mais c’est la Fédération de hockey de l’Alberta qui sélectionne les juges de lignes, selon Charla Flett, porte-parole de l’AJHL.

« Je comprends qu’il en est question parce que nous n’avons pas d’officiels de sexe féminin en ce moment. La ligue ne s’y oppose pas. »

Ni De Coursey ni Curtis Nichols, superviseur des officiels pour l’AJHL et la Fédération de hockey de l’Alberta, ne spécifient les raisons motivant le rejet de la candidature de Cassandra Gregory ni qui a pris cette décision.

DeCoursey, Nichols et George McCorry, vice-président de l’arbitrage de l’AJHL, sont ceux qui ont l’autorité suprême quant aux choix des officiels.

Les six régions de Hockey Alberta choisissent les officiels pour l’AJHL et assigne les juges de lignes aux matchs après qu’ils aient été approuvés.

Selon Nichols, environ une demi-douzaine d’arbitres et 10 juges de lignes qui sont recommandés par les différentes zones chaque année sont laissés de côté.

« Nous cherchons toujours les meilleurs officiels, qu’ils soient hommes ou femmes importe peu. »

Gregory travaille dans des matchs de hockey masculin et féminin, mais elle est surtout assignée aux rencontres masculines du midget AAA, du junior B et de certaines ligues universitaires.

On compte quatre femmes juges de lignes en Saskatchewan et une au Manitoba et en Colombie-Britannique.

Et Meghan Mallette est arbitre dans la Ligue junior du Nouveau-Brunswick.

Les femmes ne peuvent accéder au plus haut niveau

Les certifications de Hockey Canada incluent six niveaux, mais les femmes ne peuvent atteindre que le niveau 5, et ce, depuis 2014 seulement.

Gregory est présentement au niveau 3 et, à l’heure actuelle, il y a deux juges de lignes de niveau 2 au sein de l’AJHL.

George Hart, un arbitre de l’AJHL a déjà travaillé avec Gregory dans le junior B et il considère qu’elle remplit les conditions pour obtenir un essai.

« Ce n’est pas moi qui prends les décisions, mais je pense qu’elle a les qualifications pour officier ces matchs », estime Hart.

« Les attributs d’un bon juge de lignes sont la vigilance et le jugement. Sa vigilance est plutôt décente, elle choisit toujours les bons endroits où se placer après les coups de sifflet et elle agit de façon préventive pour que l’arbitre n’ait pas à décerner beaucoup de pénalités.

« En termes de jugement, elle est souvent en bonne position, poursuit Hart. Elle peut discerner si deux adversaires se cherchent sur la glace. Un joueur qui n’a pas aimé la façon dont il a été mis en échec pourrait tenter de se venger le plus vite possible, même après un arrêt de jeu. »

« Je sais qu’elle communique bien avec les joueurs et qu’elle les décourage de commettre des gestes regrettables. »

Lors de son intronisation au temple de la renommée du hockey des États-Unis, en décembre dernier, l’ancien arbitre de la LNH Paul Stewart a déclaré en qu’il veut aider les femmes à officier dans la LNH.

Mais Gregory craint qu’elle puisse payer un prix politique et se voir ignorer de futures assignations parce qu’elle ose parler de sa situation.

Un autre cas de discrimination?

Erica Holmes prétend pour sa part qu’encore plus d’obstacles ont jalonné son parcours que celui de Gregory et qu’elle ne peut plus progresser.

« Mon expérience est différente de celle de Cassandra parce que je sens que je n’ai pas eu le même soutien qu’elle dans ma zone. Son nom a été mis de l’avant, mais pas le mien.

« J’ai travaillé sur tout ce qu’on m’a demandé de faire. On m’a préféré tellement de mes pairs depuis deux ans et je suis particulièrement frustrée cette année de voir que des gens m’ont dépassé et ont été promus au sein de la ligue. »

Holmes est âgée de 31 ans. Originaire du Manitoba, elle vit à Calgary. Elle est détentrice d’un certificat de niveau 4.

Elle a officié durant des matchs éliminatoires du midget AAA albertain il y a trois ans et a récemment arbitré à ce niveau lors de rencontres de quarts de finale du prestigieux tournoi Mac’s à Calgary.

Mais la femme de 1,70 m et 68 kg veut redevenir juge de lignes parce que c’est la voie logique pour se rendre dans l’AJHL.

« J’aimerais être juge de lignes dans cette ligue, ça me donnerait une très bonne expérience et j’en ai fait part à plusieurs personnes », raconte Holmes.

(Traduction d'un texte de CBC)

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